[Site de l'UQAM] [Bibliothèques de l'UQAM] [Bottins téléphoniques de l'UQAM] [Recherche dans le site de l'UQAM] [Calendrier d‘événements] [Plan du site de l'UQAM] [Informations et commentaires]
 
 
En bref
Étudiants
Facultés
Recherche
International
Services
Partenaires
Presse
       
Hommage à l'honorable Louise Arbour

L’Université du Québec à Montréal rend hommage à la juge Louise Arbour en lui attribuant le titre de docteure honoris causa, par décision de son Conseil d’administration et sur recommandation de sa Faculté de science politique et de droit. Par ce geste, l’Université veut souligner sa brillante carrière de juriste au Canada et dans le monde.

Cette distinction honorifique lui permet aujourd’hui de renouer avec un milieu qu'elle a aimé et dans lequel elle a excellé: celui de l'université. Elle y a passé les premières années de sa carrière, d'abord comme étudiante en droit à l'Université de Montréal, ensuite comme professeure agrégée, puis vice-doyenne à la Osgoode Hall Law School de l'Université York.

Ses fonctions dans le monde universitaire sont allées de pair avec son engagement dans la défense des droits et libertés, ce dont témoignent d'abord les dossiers, comme celui du droit de vote des détenus, qu’elle a menés à titre de vice-présidente de l'Association canadienne des libertés civiles. Par la suite, ses prises de position en matière de droits de la personne, notamment sur l'égalité des sexes et sur l'intégration des handicapés à l'école régulière montrent une détermination constante à défendre les droits de tous et toutes indépendamment de leur condition sociale. C'est en 1987 que cette spécialiste du droit pénal, doublée d’une humaniste convaincante, quitte l’université pour confronter son savoir au système judiciaire en se consacrant à la pratique du droit.

L'entrée de madame Arbour dans la magistrature, d'abord à la Cour suprême de l'Ontario, puis à la Cour d'appel de cette province, a marqué l'ensemble de la justice canadienne: on la cite aujourd’hui pour sa grande capacité d’écoute et pour ses jugements équitables. Ces derniers n’ont pas laissé indifférents, puisque certains d'entre eux ont suscité le débat, voire les oppositions, ou encore l'admiration pour leur rigueur et pour le respect du droit des accusés dont ils témoignent. Madame Arbour a également laissé sa marque comme présidente de la Commission d'enquête sur certains événements survenus à la Prison des femmes de Kingston : le rapport qu'elle a signé a secoué le système pénitentiaire canadien. Patiemment, systématiquement, et dans les délais et le budget impartis, elle a dénoncé le traitement cruel et dégradant qu’ont subi les détenues, lors de l'émeute de 1994, et mis en relief les lacunes d’un tel système carcéral. L’honnêteté et le courage dont elle a fait preuve dans sa dénonciation ont eu suffisamment d'impact pour que des correctifs majeurs soient apportés au système pénitentiaire canadien et que la prison de Kingston ferme progressivement ses portes.

Dès lors, la carrière de la juge Arbour, déjà bien lancée sur la scène nationale, a pris une dimension internationale, ce qui fait d'elle aujourd'hui une figure respectée tant des milieux politiques que juridiques. En assumant pleinement le mandat de procureur des Tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda que lui avait confié le Conseil de sécurité de l'ONU en 1996, elle a démontré à nouveau sa volonté d'agir, sa patience et sa détermination. Malgré de nombreux obstacles, elle a su constituer des preuves irréfutables contre des criminels de guerre dans le but d'entamer des poursuites contre eux. Madame Arbour a ainsi redonné espoir aux victimes de guerres intraétatiques et contribué à l'émergence d'un nouveau droit, un droit international et humanitaire, un droit où la responsabilité pénale est personnelle et non collective, où les criminels de guerre ne peuvent plus négocier leur impunité, fussent-ils des chefs d'État, de surcroît en exercice. La manière dont elle a joué son rôle de procureur au Tribunal pénal international a largement contribué à faire accepter, par la communauté internationale, la création d'un poste de procureur indépendant à la nouvelle Cour pénale internationale. La carrière sans faille de la juge Arbour a encore été reconnue comme en témoigne sa nomination à la Cour suprême du Canada où elle œuvre depuis septembre 1999.

Nous retiendrons de cette juriste remarquable qu’elle est un modèle à suivre, tant pour ceux et celles qui sont en pratique que pour les universitaires. D'abord, l'engagement social de madame Arbour nous a montré qu’une détermination à toute épreuve, alliée à une compétence irréprochable, peuvent changer le cours des choses. Si on la connaît pour ses positions tranchées et courageuses, on peut néanmoins affirmer que celles-ci ne sont jamais dogmatiques; chez elle, l'analyse de la réalité des faits prime sur l’application de principes. On sait en outre que la fréquentation des chefs d'État et des dirigeants d'organisations internationales n'a en rien entamé sa simplicité et sa disponibilité à l’égard des gens qui la côtoient quotidiennement. Il faut aussi faire grand cas de son intégrité, car elle a su demeurer au-dessus des contingences des formations politiques. Mentionnons, pour conclure, que madame Arbour est entière dans tout ce qu'elle entreprend : elle s'investit totalement dans son travail, comme elle le fait par ailleurs dans sa vie de famille.

Pour tout ce qu'elle a accompli au cours de sa brillante carrière de juriste, pour ce qu’elle est et ce qu’elle représente pour un établissement comme le nôtre, l’Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer la juge Louise Arbour, docteure honoris causa.

[Vers le haut]