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Hommage à Monsieur Bronislaw Geremek

L'Université du Québec à Montréal rend hommage aujourd'hui à Bronislaw Geremek en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son Conseil d'administration et sur recommandation de sa Faculté de Science politique et de droit. Par ce geste, l'Université veut souligner l'importante contribution de monsieur Geremek à la défense des droits de la personne et à l'avancement des sciences sociales comme historien.

Le fait marquant de la vie et de la carrière du lauréat tant comme historien que comme homme politique est son engagement personnel et sa solidarité envers la citoyenneté polonaise et européenne. Monsieur Geremek est un homme de conviction qui a vécu au quotidien et de l'intérieur, ce qu'a dit un jour l'un de ses maîtres à penser, Henri Pirenne, et historien médiéviste comme lui : "Un historien digne de ce nom doit comprendre son temps."

Spécialiste du Moyen-ge, mais se définissant comme un "historien social" parce que sa vision de l'histoire inclut une réflexion sur le politique et le culturel, Bronislaw Geremek a fouillé des sujets auxquels très peu d'historiens s'intéressaient il y a quarante ans, c'est-à-dire la marginalité sociale, la délinquance, la pauvreté, la crimina-lité, l'exclusion. Il a consacré six ouvrages majeurs et des dizaines d'articles passionnants aux minorités, castes et autres groupes "maudits" des sociétés médiévales européennes.

Ses recherches l'ont convaincu que pour comprendre intimement une société, "il est essentiel de déterminer comment y fonctionne l'exclusion et comment y fonctionne la solidarité", les deux constantes de sa vie d'universitaire polonais. Ce thème est d'ailleurs celui qu'il a abordé devant un auditoire suspendu à ses lèvres, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France en janvier 1993, car, il faut le souligner, Bronislaw Geremek n'est pas seulement un historien réputé, un intellectuel engagé et un politicien intègre, mais un fervent francophile, dont un des écrits a été primé par l'Académie française, et dont la France a souligné l'éminente contribution en le faisant, en 1990, Officier de la Légion d'Honneur.

Bronislaw Geremek a cru pendant un certain temps que le marxisme pouvait être réformé et montrer un visage humain. C'est l'agitation étudiante à Varsovie, en 1968, la violente campagne d'anti-sémitisme en Pologne, la même année, et l'écrasement du Printemps de Prague par les forces soviétiques qui ont emporté ses dernières convictions. À partir de ce moment, le citoyen Geremek a joint les rangs de la "dissidence" et s'est rangé dans le camp des marginaux et des contestataires qui allaient fonder, en 1980, le syndicat libre Solidarité.

Universitaire proche des milieux ouvriers, proche également de l'Église polonaise même s'il n'était pas de confession catholique, Bronislaw Geremek a préparé son rôle de conseiller privilégié de Lech Walesa grâce notamment à sa contribution à l'Université volante qui organisait des séminaires de sociologie, philosophie, histoire ou science politique, dans des appartements privés, pour tenter d'analyser des questions passées sous silence par l'enseignement officiel. Monsieur Geremek a payé son audace d'universitaire "révolutionnaire" et son implication dans la fondation du syndicat Solidarité par un an de prison, après le coup d'état militaire de 1981, suivi de sept années d'exclusion de l'Université de Varsovie.

Bronislaw Geremek a été l'un des principaux acteurs de la négociation dite de la Table Ronde, en 1989, qui a mené à la relégalisation du syndicat Solidarité et aux premières élections multipartites en Pologne, depuis la Seconde guerre mondiale. Ses talents de négociateur, son leadership, son respect des valeurs démocratiques, son jugement éclairé, son érudition, l'ont par la suite conduit à assumer de très hautes responsabilités politiques, dont celle de ministre des Affaires étrangères de la République de Pologne et président de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Monsieur Geremek est toujours député du Parlement polonais et président de la Commision du droit européen à Varsovie, qui doit préparer l'entrée de la Pologne dans l'Union Européenne.

Pour ses travaux remarquables sur l'histoire de l'exclusion et de la pauvreté en Europe, pour sa défense indéfectible de la libre pensée, pour sa contribution à la restauration de la société civile et des valeurs démocratiques en Pologne et en Europe centrale, l'Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer Bronislaw Geremek, docteur honoris causa.

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