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Hommage à Paul Gérin-Lajoie
L'Université du Québec à Montréal s'honore de rendre
hommage à un éminent Québécois, un juriste renommé, l'un des
artisans de la Révolution tranquille, de la réforme de l'éducation et du
rétablissement des relations franco-québécoises et à un des grands
administrateurs de l'aide canadienne au développement international, monsieur Paul
Gérin-Lajoie.
Au risque d'écorcher sa modestie, il faut dire que le milieu familial de
M. Gérin-Lajoie ne fut pas sans exercer des influences profondes sur son avenir. Ses
exigences quant à la qualité de l'écriture et à la profondeur des
analyses qu'il demanda à ses collaborateurs lui viennent sûrement, pour un peu, de ses
liens de parenté avec Étienne Parent, Antoine Gérin-Lajoie et Léon
Gérin qui ont enrichi les lettres québécoises. Son souci de la justice sociale,
sa combativité et sa ténacité sont des traits qui se sont manifestés
clairement chez sa grand-mère, Marie Lacoste-Gérin, et chez sa tante Marie, qui
consacrèrent beaucoup d'énergie à la promotion de la cause des femmes et
à leur éducation. Son orientation professionnelle prolonge les trois
générations qui le précédèrent dans la profession d'avocat. Ses
talents de communicateur furent, de son propre aveu, accentués par les soins de sa
mère. Ses professeurs, au Collège Jean-de-Brébeuf, contribuèrent
sûrement aussi à sa formation. Mais il n'en reste pas moins qu'il faut lui
reconnaître quelques mérites. En 1938, à 18 ans, il est déjà
boursier Rhodes. Cette bourse lui permit, après la fin de la guerre, de poursuivre, de
1945 à 1948, des études de doctorat en droit constitutionnel à
l'Université d'Oxford et de se familiariser avec les réalités internationales.
Avant de partir en Angleterre, M. Gérin-Lajoie avait obtenu sa licence en droit de
l'Université de Montréal, avait été admis au Barreau et avait
exercé la profession d'avocat pendant deux ans.
De 1948 à 1960, M. Paul Gérin-Lajoie est associé du cabinet
Lajoie, Gélinas et Associés. Il y exerce le droit en matière commerciale et
dans les affaires de caractère institutionnel. Il s'engage pleinement dans sa nouvelle
pratique professionnelle et dans les affaires de sa profession. C'est ainsi, par exemple, qu'il
est devenu président du Jeune Barreau du Canada en 1952. De cette période de sa vie,
il est facile, après coup, de souligner qu'elle le prépara bien au rôle
éminent qu'il allait avoir sur la scène politique québécoise. De toute
évidence, M. Gérin-Lajoie a eu l'occasion de se familiariser avec le fonctionnement
gouvernemental et le pays réel. C'est ainsi qu'il participe, au cours de cette
période, à la Commission fédérale d'enquête sur le cabotage,
à la Commission fédérale sur les pratiques restrictives du commerce, à
la Commission fédérale des prix et des revenus et qu'il est conseiller pour la Ville
de Montréal. C'est par ailleurs une époque durant laquelle il a l'occasion
d'approfondir diverses dimensions des problèmes du système d'éducation
québécois. Il collabore, en effet, avec la Fédération des
collèges classiques, avec la Fédération des collèges de jeunes filles
et avec la Fédération des commissions scolaires, à l'établissement de
diagnostics sérieux de leurs problèmes, diagnostics qui paraissent sous forme de
livre en 1954. Parallèlement à ses activités professionnelles, M.
Gérin-Lajoie est actif à la Chambre de Commerce de Montréal dont il
préside le comité permanent des relations fédérales-provinciales,
domaine où sa compétence avait déjà été reconnue par le
Grand Prix de la Province de Québec en Sciences politiques (Prix David) pour son volume
Constitutional Amendment in Canada. A ce titre, il se fait le promoteur de la mise sur pied
d'une commission d'enquête sur les problèmes constitutionnels et fiscaux. Ce sera la
Commission Tremblay qui permettra à de multiples intervenants de manifester leurs
désirs de changement, particulièrement dans le domaine de l'éducation. Aux
audiences publiques de cette Commission, M. Paul Gérin-Lajoie sera porte-parole des
collèges classiques et des collèges de jeunes filles et il participera à
l'élaboration du mémoire de la Ville de Montréal. Enfin, le respect qu'il
porte aux libertés démocratiques et la conviction qu'il a de l'impérieuse
nécessité d'une réforme en profondeur du système d'éducation
l'amènent à s'engager de plus en plus dans le Parti libéral du Québec
et à oeuvrer à la définition de ses orientations. C'est ainsi qu'il devint
secrétaire de la commission politique du parti et qu'il se porta candidat aux
élections de 1956 dans Vaudreuil-Soulanges. Il est défait. Un an plus tard, dans une
élection complémentaire, toujours dans Vaudeuil-Soulanges, il est défait
à nouveau. Cela ne le décourage pas. L'année suivante, il sera pourtant
candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec.
Les activités de M. Gérin-Lajoie, au cours des années
1960 à 1969, sont sans doute mieux connues du grand public. Paul Gérin-Lajoie est,
avec Jean Lesage, Georges-Emile Lapalme et René Lévesque, l'une des grandes figures
de la Révolution tranquille. Il est pleinement justifié d'évoquer les
principales étapes de la réforme de l'éducation qu'il entreprit et de
souligner ainsi l'importance des efforts de planification, d'information et de conviction
qu'elle exigea.
En 1960, élu député de Vaudreuil-Soulanges, monsieur
Gérin-Lajoie est nommé Ministre de la Jeunesse. Les responsabilités de ce
Ministère sont modifiées à sa demande et le Département de
l'instruction publique relève désormais du Ministre de la jeunesse. L'année
1961 voit la création de la Commission Parent, l'adoption de la Grande Charte de
l'éducation instaurant la gratuité scolaire et identifiant diverses mesures pour
faciliter l'accessibilité aux études. C'est aussi l'année de la fameuse
campagne en faveur de l'éducation avec le slogan "Qui s'instruit s'enrichit". En 1962, le
Ministre de la Jeunesse forme deux comités, l'un sur l'éducation des adultes et
l'autre sur l'éducation physique, les sports et les loisirs. La mise en oeuvre de leurs
recommandations se fera dans le cadre d'une Direction générale de l'éducation
permanente et d'un Bureau des sports et loisirs. L'année 1962 est une année
d'élections qui, au terme d'une campagne menée sous le slogan de "Maîtres chez
nous", reportent les Libéraux au pouvoir. En 1963, M. Gérin-Lajoie s'engage dans le
complexe processus de création du ministère de l'Éducation et de la Jeunesse
et d'un Conseil supérieur de l'éducation, suite à la remise de la
première tranche du rapport Parent. Sa campagne prend, d'une part, la forme d'une
tournée populaire de l'ensemble du Québec qui s'étend sur près de trois
mois et qui donne lieu au livre Pourquoi le Bill 60. Elle prend aussi la forme
d'échanges suivis avec l'épiscopat. En 1964, l'événement majeur est
évidemment l'adoption du Bill 60 par l'Assemblée législative et le Conseil
législatif créant le ministère de l'Éducation. C'est aussi la mise en
route de l'Opération 55 qui vise à compléter la régionalisation scolaire
et à établir les plans d'équipement et de financement de chacune des commissions
scolaires régionales. Cette opération exige une nouvelle tournée du
Québec de près de trois mois. C'est, enfin, le démarrage de la
coopération franco-québécoise avec la signature d'ententes avec l'Association
pour les stages techniques, en France et avec l'Ecole nationale d'administration, et le début
des négociations d'une entente entre les ministres de l'Éducation du Québec et
de la France. En 1965, l'entente France-Québec est signée. Le ministre
Gérin-Lajoie soumet au Conseil des ministres le Règlement no.1 qui donne suite aux
recommandations du rapport Parent et établit un cours élémentaire de six ans et
un cours secondaire polyvalent. En 1966, le ministre propose au Conseil des ministres un
énoncé de politique sur le statut et le financement de l'enseignement privé,
les règlements relatifs à l'enseignement pré-universitaire et professionnel et
à l'amélioration du niveau de formation des maîtres et aussi une révision
de la politique des prêts et bourses. Par l'inscription au budget du ministère d'une
somme de 300 000 $, la coopération est étendue aux pays en voie de
développement. Sur la scène québécoise, les "combats d'un
révolutionnaire tranquille" sont alors terminés. L'Honorable Paul Gérin-Lajoie
assistera comme député de l'opposition à la fin de l'implantation des
cégeps, à la création de l'Université du Québec et à
l'intégration des écoles normales aux universités.
En 1969, M. Paul Gérin-Lajo1e quitte la politique québécoise
et accède à la présidence de l' Agence canadienne de développement
international (ACDI). Il sera en poste jusqu'en 1977. L'aide internationale connaît, au Canada
comme à l'étranger, au cours de cette période une remise en cause à la
suite de changements dans la situation mondiale et dans les attitudes des pays donneurs et
récipiendaires d'assistance au développement. Le budget de l'Agence, sous sa
présidence, triple. De plus, l'efficacité de l'utilisation des fonds en termes
d'impact local et social s'accroît. L'Agence précise le rôle du Canada en
coopération, rend plus efficace sa réponse aux situations de secours d'urgence,
étend à l'Afrique francophone et à l' Amérique latine ses programmes,
supporte mieux les organisations non gouvernementales d'aide au développement et favorise de
nouvelles formes de coopération industrielle. Au cours de ces années, plusieurs
milliers de projets de coopération internationale du Canada, avec plus de 75 pays et une
soixantaine d'organisations internationales, sont élaborés, négociés et
réalisés. Des professeurs de l'UQAM furent d'ailleurs associés à
plusieurs de ces projets. La défense du droit au développement amena M.
Gérin-Lajoie à intervenir comme membre du Conseil des gouverneurs de la Banque
mondiale, de la Banque interaméricaine de développement, de la Banque asiatique de
développement, de la Banque de développement des Caraïbes, du Fonds africain de
développement, du Centre de recherche pour le développement international, de la
Société pour l'expansion des exportations, de la Société pour le
développement international.
En 1978, M. Gérin-Lajoie revient au secteur privé comme
président de PROJECTO International Inc. où il conçoit et coordonne de nombreux
projets de développement de la firme. Avocat international, il reçoit divers mandats de
négociation d'affaires commerciales ou politiques dans plusieurs pays. Il est aussi
appelé à agir comme conseiller des Nations-Unies. De 1981 à 1985, à
titre de président-directeur général de la Société du Vieux-Port,
il ouvre aux Montréalais une fenêtre sur le fleuve. Depuis 1986, il préside la
Fondation Paul Gérin-Lajoie pour la coopération internationale dont les
objectifs sont la formation des jeunes d'Afrique et la sensibilisation du public aux
activités de développement en Afrique. La dernière dictée PGL laisse
entrevoir une nouvelle préoccupation de son président. Non seulement s'y
préoccupe-t-on de qualité de la langue et d'ouverture au monde, mais on y traite aussi
d'environnement. Déployant une énergie sans cesse renouvelée, M. Paul
Gérin-Lajoie, le révolutionnaire tranquille, ouvre le combat sur un nouveau front.
A maintes reprises, au cours de toutes ces années, les grands
mérites de M. Gérin-Lajoie ont été publiquement reconnus. C'est ainsi
qu'il est déjà Officier de l'Ordre national du Québec, Compagnon de l'Ordre du
Canada, Grand officier de l'Ordre national du Lion au Sénégal, Commandeur de l'Ordre
du mérite de l'Ordre Saint-Jean de Jérusalem et de Malte, qu'il a reçu plusieurs
prix nationaux et internationaux et qu'il est détenteur de pas moins de onze doctorats
d'universités québécoises, canadiennes et d'autres pays.
L'Université du Québec à Montréal, issue de la
réforme du système d'éducation initiée par M. Gérin-Lajoie, est
fière et honorée d'ajouter à ces témoignages en lui décernant
son premier doctorat honorifique. Par ce geste, l'UQAM honore l'ensemble de la carrière et
de la contribution de M. Gérin-Lajoie en signalant en particulier son engagement
résolu au service de la coopération entre les peuples.
![[Vers le haut]](http://www.uqam.ca/img/liste/flechehaut.gif)
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