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Hommage à Monsieur Federico Mayor
LUniversité du Québec à Montréal désire
rendre hommage à M. Federico Mayor. Nous voulons honorer à la fois le scientifique, le
politicien et le diplomate, ainsi que lauteur dun plaidoyer magistral en faveur de la
culture de la paix.
M. Mayor dirige actuellement lune des plus grandes organisations
internationales : lOrganisation des Nations unies pour léducation, la science et
la culture, lUNESCO. Dans ses discours comme dans ses actions, il est lincarnation
même de la fusion des deux verbes " être " en espagnol : ser et
estar. Le premier désigne " lessence ", le fait dêtre
catalan, alors que lautre renvoie à " laccident " dans lacception
philosophique du terme.
Cest à partir de son " essence " et, sans aucun doute,
grâce à elle, que M. Mayor, depuis son doctorat en pharmacie en 1958, a parcouru un
itinéraire jalonné " daccidents " heureux: professeur
duniversité; titulaire de chaires prestigieuses à Oxford et à Madrid;
recteur; député au Parlement et conseiller du premier ministre dEspagne; ministre
de lÉducation à Madrid; membre du Parlement européen à Strasbourg;
enfin, directeur général adjoint puis directeur général de lUNESCO
et ce, pour deux mandats consécutifs. En relevant de nombreux et difficiles défis, M.
Mayor a apporté un nouveau souffle à cette organisation immense et complexe, forum de
rencontres et de discussions mais aussi lieu de confrontations entre les cultures et les
États. Ce puissant souffle a consolidé lUNESCO et lui a permis dessuyer les
tempêtes de critiques et de réformes qui ont agité et agitent toujours les
institutions de lONU.
Seul un habile capitaine doublé dun grand visionnaire pouvait
réussir à débattre publiquement les mandats et la gestion de cette organisation
en marge des idéologies héritées de la guerre froide. Un visionnaire qui allait
mettre sa rationalité, sa discipline personnelle et sa passion de scientifique au service
dune pédagogie universelle et dune diplomatie sans frontières.
Dabord auteur de plus de quatre-vingts articles scientifiques en biochimie
périnatale, en pathologie moléculaire du nouveau-né et en pathologie des
récepteurs, M. Mayor consacra la suite de sa carrière à dautres types de
pathologies, lesquelles se situent aux confins de lindividuel et de luniversel, de
lhumain et du social. Cest dans le mémorable préambule de lacte
constitutif de lUNESCO quil puise désormais sa vision de la planète et
construit avec acharnement un réquisitoire pour une " culture de la paix ".
Partout où il va dans le monde, il clame haut et fort ce préambule : " Les guerres
prenant naissance dans lesprit des hommes, cest dans lesprit des hommes que
doivent être élevées les défenses de la paix. " Ce rêve
à longue portée, Federico Mayor en fait son quotidien. Il profère sa foi en une
culture de la paix fondée sur les enjeux du développement et de la démocratie.
Il sollicite avec conviction lengagement des citoyens et des citoyennes du monde et des
États-nations à participer à cette oeuvre universelle.
Rappelons brièvement son parcours à lUNESCO. Dès 1989,
au début de son premier mandat, M. Mayor obtient un vote consensuel sur la liberté
dexpression et la libre circulation de linformation, sur la coexistence des médias
publics et privés, sur le pluralisme médiatique et sur lurgence de
développer des infrastructures communicationnelles. Cette résolution a pour effet de
rendre à lUNESCO son indépendance de pensée et daction, de la
libérer des luttes stériles de la décennie précédente. Au
début des années quatre-vingt-dix, M. Mayor établit deux commissions
indépendantes: lune sur léducation, présidée par Jacques
Delors, et lautre sur la culture et le développement, présidée par Javier
Pérez de Cuéllar. Les rapports de travail de ces deux commissions servent depuis de
canevas de réflexion pour les intellectuels et les militants dune pédagogie de
la solidarité humaine, active et diversifiée.
Habité par son rêve, Federico Mayor poursuit sans cesse son action,
soucieux de ne rien perdre de la mémoire des peuples et curieux de toute innovation
témoignant de la pensée créatrice moderne. En plaçant lUNESCO
devant ce défi, il interpelle la communauté humaine et les décideurs
politiques. Des uns et des autres, il réclame que les fonds affectés à la guerre
et aux conflits régionaux soient transférés à lobjectif de
reconstruction des rapports sociaux grâce aux technologies modernes porteuses de nouvelles
communautés virtuelles, instruments de solidarité et de diffusion des savoirs.
À titre dillustration de la vision du monde qui est celle de M.
Mayor, rappelons cette métaphore quil suggérait à loccasion
dune récente allocution prononcée dans un institut de défense nationale.
Reprenant lidée de Léonard de Vinci qui comparait le destin de
lhumanité à celui dun navire pris dans la tempête, Federico Mayor
exhortait tous et chacun à mettre en commun leurs savoirs, leurs compétences et leur
imagination pour sauver la planète. Et pour lui, ce destin solidaire est obligatoirement
lié à la prise en considération de deux paramètres, la complexité
et la globalité, comme en fait état la citation suivante:
"La globalité est patente, de plus en plus évidente à
mesure du développement des communications, et nous ne devons jamais le perdre de vue,
même sagissant délaborer des solutions " locales ". La
complexité va de pair; sur un plan scientifique, simplifier les complexités est
inimaginable. Nous devons accepter la complexité telle quelle est et savoir la
présenter telle quelle est. "
Linspirant et ardent plaidoyer en faveur de la culture de la paix de M.
Mayor, lensemble de son remarquable itinéraire et léclat de toutes les
fonctions quil a assumées, sont dignes des plus grands hommages.
LUniversité du Québec à Montréal salue lensemble de sa
carrière, et en particulier ses brillantes interventions sur le plan tant local
quinternational. Nous sommes heureux et honorés de décerner à M. Federico
Mayor un doctorat honoris causa.
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