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Hommage à madame Françoise Sullivan
L'Université du Québec à Montréal rend
hommage aujourd'hui à Françoise Sullivan en lui
attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de
son conseil d'administration et sur recommandation de sa
Faculté des arts. Par ce geste, l'Université veut
souligner le parcours exceptionnel de madame Sullivan comme artiste
au Québec et à l'étranger.
Françoise Sullivan est une artiste complète, dont le
talent créateur s'est exprimé aussi bien à
travers la danse, la peinture et la sculpture, que la photographie et
la vidéo. Dès 1948, elle énonçait des
idées très novatrices et "libératrices" sur
l'art chorégraphique dans une conférence
célèbre, intitulée La danse et l'espoir, que
Paul-Émile Borduas décida d'annexer
intégralement au manifeste du Refus Global. Françoise
Sullivan a appliqué la philosophie des Automatistes à
sa démarche créatrice, caractérisée par
un retour à une essence et à des formes primordiales,
à une impulsion vitale, à une intériorité
et à une liberté du geste.
Formée à l'École des Beaux-Arts de
Montréal où elle remportait déjà un prix
en peinture avant d'avoir terminé ses études, madame
Sullivan fait par la suite plusieurs séjours à New York
pour s'initier aux techniques de la danse moderne. Pour celle qui
avait touché à la danse classique très jeune,
cette rencontre avec des expressions chorégraphiques nouvelles
sera déterminante. À New York, dans le studio de
Franziska Boas (fille du célèbre anthropologue Franz
Boas), elle croise aussi des ethnologues et des musiciens qui
marqueront son parcours créateur.
Avec Jeanne Renaud, une autre pionnière de la danse moderne
au Québec, Françoise Sullivan monte à la fin des
années 40 plusieurs spectacles très avant-gardistes,
qui changeront pour toujours le paysage chorégraphique
montréalais et dont sont redevables tous ceux qui
s'identifient aujourd'hui à la "nouvelle" danse au
Québec. Madame Sullivan n'a pas seulement contribué
à l'émergence de formes et de sensibilités
artistiques nouvelles, mais laisse un répertoire vivant
d'uvres que ses héritiers montent et remontent avec
succès. Dualité par exemple, une chorégraphie
qu'elle a créée en 1947 à New York, a
été reprise encore à Toronto, il y a deux ans
à peine.
En arts visuels, sa carrière est également
marquée par le risque et l'audace. Elle apprend à
manier le ciseau et la torche et crée des sculptures
monumentales en acier, ou alors des formes délicates en
plexiglass. Le cercle et la spirale sont ses formes de
prédilection, formes universelles symboliques
d'énergie, de concentration, reliées à la vie et
au sacré, qu'elle ne cesse de réinventer, tant en
peinture et en sculpture qu'en danse. Elle crée des
"installations" bien avant l'heure, monte des "performances" et fut
parmi les premières à proposer le
décloisonnement des genres, une avenue qui s'est
avérée des plus fécondes en art. Elle
décloisonne non seulement les disciplines mais les lieux de
diffusion, dansant dans la neige, dans des jardins gazonnés,
sur l'asphalte ou sur les vieilles pierres du temple de Delphes, en
Grèce.
Des séjours prolongés à l'étranger, en
Italie et en Grèce, notamment, nourissent la
créativité de cette chercheuse insatiable. Les
uvres de Françoise Sullivan ont été
exposées dans des galeries et centres d'art importants dans de
nombreux pays, entre autres aux États-Unis, en France, en
Italie, en Belgique, en Allemagne, au Danemark et au Japon. Le
Musée d'art contemporain de Montréal et le Musée
du Québec lui ont également dédié des
rétrospectives majeures. Cette artiste émérite a
reçu de nombreuses distinctions au cours de sa
carrière, dont le Prix du Québec en sculpture en 1963
et le Prix Paul-Émile Borduas en 1987.
Françoise Sullivan a laissé sa marque à
l'UQAM à plus d'un titre : sa vie et son uvre ont
inspiré de nombreux chercheurs de la Faculté des arts
qui lui ont consacré des études significatives, aussi
bien en histoire de l'art qu'en histoire de la danse. Michèle
Febvre, professeure au Département de danse, a notamment
recréé et enregistré sur vidéo, en 1988,
plusieurs pièces maîtresses de son répertoire
pour le bénéfice des générations futures.
Madame Sullivan a réalisé en 1997, grâce
à une subvention du gouvernement du Québec, une
uvre magistrale installée à l'entrée du
pavillon des Sciences de l'UQAM, rue Président-Kennedy.
Intitulée Montagnes et composée de onze
variétés de granit, cette uvre symbolise une
paroi rocheuse traversée de strates et de coulées de
magma, éléments tectoniques avec lesquels l'artiste,
qui, à sa façon, a déplacé quelques
montagnes, est parfaitement à l'aise.
Pour la richesse et la diversité de son uvre
créatrice, pour sa contribution à l'ouverture du
Québec aux valeurs artistiques, pour ses qualités
d'humaniste et pour l'engagement personnel dont elle a fait preuve au
cours de sa longue et fructueuse carrière, l'Université
du Québec à Montréal veut honorer et saluer
Françoise Sullivan, docteur honoris causa.
![[Vers le haut]](http://www.uqam.ca/img/liste/flechehaut.gif)
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