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Hommage à Monsieur Mikis Theodorakis

L’Université du Québec à Montréal rend hommage à monsieur Mikis Theodorakis en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son Conseil d’administration, sur recommandation de son Département de musique. Par ce geste, l’Université reconnaît l’importance de l’ensemble de son œuvre musicale et souligne son engagement constant en faveur de la liberté et de la paix.

Le nom de Mikis Theodorakis est évocateur de liberté, liberté qu’il a si souvent chantée, liberté qu’il a chèrement acquise après la clandestinité, les emprisonnements, les tortures et les exils. Liberté d’expression reconquise aussi après que ses créations eurent été interdites, à plusieurs reprises, parce qu’elles symbolisaient la lutte contre tous les avilissements des êtres humains, contre toutes les atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Ce chantre du combat contre les pouvoirs autoritaires est, à travers le monde, et pour plusieurs générations, un mythe vivant, une source d’inspiration qui personnalise le rayonnement de l’artiste dans la société.

Mikis Theodorakis, c’est l’heureuse rencontre, chez un même individu, de l’artiste et du citoyen, du compositeur accompli et de l’être politique engagé. Il laissera donc son empreinte sur ce siècle autant par son histoire personnelle que par son œuvre musicale. Il a en effet été de toutes les luttes menées en Grèce depuis la Seconde Guerre mondiale. Il a résisté à l’occupation nazie et fasciste, s’est rebellé contre la présence anglaise et américaine, a milité, au péril de sa vie, pendant la guerre civile et s’est opposé à la dictature des colonels. Affirmant que la politique est avant tout un mouvement de l’être entier, une passion du possible que la culture et la création doivent nourrir, il fut tour à tour leader d’organisations politiques de l’opposition et membre élu de plusieurs gouvernements.

Né le 29 juillet 1925 sur l’île de Chios, Mikis Theodorakis verra très tôt son double destin prendre forme: la création musicale et l’implication politique ponctueront toutes les étapes de sa vie. Il écrit ses premières compositions dès l’âge de treize ans et, quatre ans plus tard, il est arrêté, emprisonné et torturé pour la première fois. Au début des années cinquante, il obtient son diplôme en harmonie du Conservatoire d’Athènes et va compléter ses études au Conservatoire de Paris, ville qui l’accueillera au cours de ses différents exils. C’est à cette époque qu’il entre dans le cercle des jeunes compositeurs mondialement reconnus, avant de retourner dans son pays en 1961, pour y redécouvrir la musique populaire qui marquera son œuvre pour toujours.

Dès lors, ses créations contribueront à la renaissance de la musique grecque. Il remet à l’honneur le bouzouki et s’inspire des chansons populaires et de la liturgie byzantine, boudées par l’élite culturelle. Cette plongée dans la tradition populaire non seulement nourrit son œuvre, mais détermine certains de ses gestes politiques, telle l’instauration de maisons de la culture à travers tout le pays. Mikis Theodorakis contribuera à alimenter la quête d’identité du peuple grec – quête qui donnera naissance à un hellénisme renouvelé –, révélant à ce peuple sa nature profonde, et même sa destinée. La mélodie Epitaphios, écrite sur un poème de Yannis Ritsos, consacre le début de la révolution culturelle dans son pays, alors que l’oratorio Axion Esti confirme que la musique de Theodorakis n’est pas seulement une œuvre d’art, mais aussi une riposte à l’oppression. Le grand compositeur dira d’ailleurs aux colonels : "Vous avez vos tanks, j’ai mes chansons. "

Par ses compositions musicales nombreuses et variées, chansons, musiques symphoniques, cantates, oratorios, musiques de ballet, de théâtre et de films – comme celle de Zorba le Grec – , Mikis Theodorakis fait découvrir au monde la profonde beauté des mélodies grecques. Il contribue aussi à développer la conscience politique des citoyens de toute la planète en composant la trame sonore de films comme Z, État de siège et Serpico, qui révèlent la tragédie des dictatures militaires ou la violence des forces policières.

Tout au long de sa vie, il a su nous montrer que l’authenticité et l’affirmation de soi sur son propre territoire permettaient souvent de partager des préoccupations universelles, notamment avec des artistes d’ailleurs. C’est ce dont témoignait déjà une de ses compositions les plus connues, le Canto general, sur un poème de Pablo Neruda. C’est ce que dit encore aujourd’hui sa collaboration avec le musicien Zülfü Livaneli, qui milite à ses côtés en faveur d’un rapprochement entre les peuples grec et turc.

Nous remercions ce grand artiste pour la paix de sa simplicité géniale et prolifique. Il a su mieux que tout autre nous offrir une musique bouleversante, inspirée des racines culturelles de son peuple, et nous donner l’exemple que l’engagement et l’art peuvent s’enrichir mutuellement. Son œuvre et sa vie sont donc dignes des plus grands hommages.

L’Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer monsieur Mikis Theodorakis, docteur honoris causa.

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