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Design festif

Le Centre de design célèbre 25 ans d'expositions consacrées au design sous toutes ses formes.


Par Marie-Claude Bourdon

Aujourd'hui, tout est — ou n'est pas — design.
On parle du design des vêtements, des objets, des meubles, mais aussi d'aménagement urbain design, de décoration, d'architecture, d'environnement, presque d'un style de vie design. C'était loin d'être le cas en 1981, quand quelques enthousiastes, professeurs et étudiants de l'École de design, ont mis sur pied ce qui allait devenir le Centre de design de l'UQAM. «Le design ne jouissait absolument pas de la même reconnaissance qu'aujourd'hui, dit sa première directrice, la professeure d'histoire de l'architecture France Vanlaethem. Pour nous, le Centre était une façon de nous faire connaître et de faire connaître le design.»

Au début, le Centre «squattait» un simple corridor, à l'arrière de l'ancienne École technique, où se trouve maintenant la Faculté des sciences, mais c'est dans la grande salle donnant sur la rue Sherbrooke qu'il commencera à s'affirmer comme le plus important centre de diffusion du design au Canada.

De l'exposition sur le designer italien Enzo Mari, en 1983, à Vodka/Tequila, présentée en février dernier, l'histoire du Centre de design, c'est une série d'événements marquants, à forte teneur festive et abondamment couverts par les médias. En moyenne, 300 à 400 personnes assistent aux vernissages. Lors des expositions des finissants, la participation est encore plus importante : 700 à 800 amateurs de design viennent prendre le pouls des nouveaux créateurs.

Un club social

En plus de constituer un véritable centre de formation continue à travers les expositions, conférences et colloques qu'il présente régulièrement, le Centre a toujours eu une fonction de club social. «C'est comme si on organisait une fête tous les deux mois et qu'on invitait les professeurs, les diplômés et les étudiants à venir voir du design, à parler de design et à développer leurs réseaux», dit Georges Labrecque (B.A. design de l'environnement, 92), le chargé de projets qui pose sa signature sur plusieurs des mises en espace élégantes et audacieuses qui ont contribué à la réputation du Centre.

Le Centre a donné aux Montréalais la chance de découvrir du design de partout sur la planète, note son directeur actuel, Marc Choko, mais «les expositions qu'il a conçues ont aussi permis de faire connaître le design d'ici à l'étranger.» Une cinquantaine d'expositions ont voyagé à travers le monde, de la France à la Chine, en passant par l'Argentine et les États-Unis. En 1997, Montréal 5, une exposition consacrée à des designers montréalais en vue, dont Jean-Pierre Viau (B.A. design de l'environnement, 81), Nathalie Morin (89), Serge Tardif (90), Jean-François Jacques (82), Jean-Guy Chabauty (92) et Christian Bélanger (design graphique, 03), tous diplômés de l'École de design, a ainsi été montrée à Paris, Marseille, Saint-Étienne et Lyon, ainsi qu'à Barcelone.

Initialement nommé «Centre de diffusion et de création en design», le Centre a aussi le mandat de susciter la création. Au début, chaque exposition donnait lieu à la création d'une affiche et d'un carton. Cette tradition, interrompue pendant plusieurs années, a repris lors du déménagement de l'École dans le superbe pavillon — oeuvre de l'architecte Dan Hanganu — de la rue Sanguinet. «Plusieurs graphistes, étudiants et diplômés de l'École, dont Tomasz Walenta (B.A. design graphique, 96), Lino et Alexandre Renzo, ont eu la chance de réaliser des projets d'affiches grâce aux commandes du Centre de design», souligne Marc Choko.

Audace et expérimentation

À travers les années, de nombreux étudiants ont également eu l'occasion de se faire la main en collaborant au montage des expositions. Francis Rollin, du collectif de designers Rita, et l'architecte René-Luc Desjardins (B.A. design de l'environnement, 91) ont tous les deux gardé du Centre l'image d'un lieu à l'affût de toutes les tendances, où régnaient l'expérimentation, la liberté et l'audace créative.

«Ce qu'on fait chez Rita s'apparente à ce que l'on faisait au Centre, affirme Francis Rollin : on s'amuse à réinventer la roue à chaque projet!» René-Luc Desjardins a appris à quel point, grâce à une bonne dose d'inventivité, on pouvait faire des choses extraordinaires avec des moyens très restreints. «Au Centre, chaque élément est exploité au maximum pour en arriver, à chaque exposition, à quelque chose d'entièrement nouveau.»

Dans les annales du Centre, il y a eu plusieurs expositions remarquables, mais pour Marc Choko et Georges Labrecque, l'événement le plus mémorable est incontestablement une exposition qui n'a jamais eu lieu. Le matin du 11 septembre 2001, ils s'apprêtaient à mettre la dernière main à l'exposition Le Nouveau Montréal, consacrée aux projets architecturaux réalisés dans le cadre du renouveau du Vieux-Montréal, quand le monde s'est arrêté. L'exposition, présentée dans le cadre de l'événement Québec New York 2001, devait être inaugurée deux jours plus tard, à 100 mètres des tours du World Trade Centre. Tout le matériel a dû être abandonné dans la zone sinistrée et n'a pu être récupéré que trois mois plus tard.

Un livre anniversaire

Lancé en octobre dernier lors d'une grande fête organisée pour célébrer le 25e anniversaire du Centre, le livre 25 ans de design retrace l'épopée du Centre. Les cinq directeurs qui se sont succédé à sa tête, France Vanlaethem, Jean-Louis Robillard (retraité), Frédéric Metz, Georges Adamcyk (maintenant directeur de l'École d'architecture de l'Université de Montréal) et Marc Choko, ainsi que quelques proches collaborateurs ont mis en commun leurs souvenirs et leurs réflexions. Les textes du livre, dont le design graphique est de Stéphane Huot (B.A. design graphique, 93), s'accompagnent de photographies révélant la richesse et la qualité du design présenté au cours des années.

«À l'origine, l'idée du design était d'utiliser les nouveaux moyens technologiques de production en série pour faire de beaux produits accessibles à tous, rappelle Marc Choko. Aujourd'hui, le design est plus souvent perçu comme un luxe... Mais, en même temps, c'est le design qui explique le succès d'IKEA. » Si l'idée du design s'est démocratisée depuis 25 ans, la mission fondamentale du Centre reste la même : faire découvrir le design d'ici et d'ailleurs à un public de fidèles qui contribuent à faire de Montréal une ville indéniablement... pro-design.

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Source : Magazine Inter, Automne 2006 - Volume 04 - Numéro 02

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 13 décembre 2006