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De quelques mythes autour de la science


Vincent Larivière

Vincent Larivière, chercheur à l'Observatoire des sciences et technologies (OST). L'Observatoire est rattaché au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).
Photo : Michel Giroux


Par Claude Gauvreau

S'il faut en croire un certain discours largement répandu les connaissances scientifiques tendraient à devenir rapidement désuètes et leur volume de production ne cesserait d'augmenter. C'est un mythe, affirme Vincent Larivière de l'Observatoire des sciences et des technologies de l'UQAM qui a réalisé une étude portant sur l'évolution de la production de la littérature scientifique mondiale, de 1900 à 2004.

Il est vrai que la science a connu une période de croissance exponentielle entre 1945 et 1975. À cette époque, les universités et les activités de recherche sont en pleine expansion dans la plupart des pays industrialisés. «Mais si on examine l'ensemble des articles scientifiques publiés à l'échelle mondiale depuis la fin des années 70, toutes disciplines confondues, on observe que leur volume de production a plutôt tendance à se stabiliser», souligne le chercheur. Pourquoi alors parle-t-on constamment de l'explosion des connaissances? «Peut-être à cause des progrès réels et rapides dans le champ des technologies, en particulier celles de l'information et de la communication, que l'on extrapole à l'ensemble des domaines de connaissances», explique M. Larivière.

Les chercheurs de l'Observatoire se sont aussi intéressés au vieillissement soi-disant accéléré des connaissances. En se basant sur l'année de parution des documents auxquels se réfèrent les articles scientifiques publiés dans différentes revues, ils constatent une augmentation, depuis le milieu des années 70, de l'âge moyen des documents cités. Cela ne signifie pas que la science actuelle se contente de recycler de vieilles connaissances, mais «on ajoute des briques sur des fondations déjà établies», précise M. Larivière.

Un gage de prestige

Publier dans les revues Science ou Nature constitue une forme de reconnaissance, voire de consécration, pour tout chercheur, qu'il soit américain, français, chinois ou canadien.

En raison du nombre d'articles qu'ils ont publié dans ces revues, les chercheurs américains trônaient, en 2004, au sommet de l'échelle du prestige scientifique international. Les chercheurs canadiens, pour leur part, se classaient au sixième rang, derrière le Japon, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Ces résultats sont tirés d'une autre recherche effectuée par l'Observatoire sur la présence, depuis 25 ans, des chercheurs universitaires de différents pays dans Science et Nature.

Les deux revues, l'une américaine (Science), l'autre britannique (Nature), ont été créées au XIXe siècle, à une époque où la science était très peu spécialisée, rappelle M. Larivière. «Aujourd'hui, elles continuent de couvrir l'ensemble des disciplines scientifiques, tout en faisant état des découvertes et des meilleurs travaux à travers le monde, jouissant ainsi d'une forte notoriété et donnant aux chercheurs une visibilité incomparable.»

Impact soutenu

Même si le nombre d'articles parus dans Science et Nature n'a pas sensiblement augmenté depuis 1980, l'impact des deux revues dans la communauté scientifique mondiale n'a pas diminué pour autant, affirme le chercheur. On mesure l'impact d'une revue en calculant le nombre de fois que ses articles et leurs auteurs sont cités dans d'autres publications scientifiques. Dans le cas de Science et Nature, on constate une croissance soutenue du nombre de citations reçues entre 1980 et 2004.

Les chercheurs américains occupent une place prépondérante dans les pages des deux revues. En 2004, ces derniers avaient signé ou co-signé 1 240 articles – 70 % du nombre total des contributions – loin devant les chercheurs du Royaume-Uni (283), de l'Allemagne (228), de la France (140), du Japon (136) et du Canada (104).

Le Québec, troisième au Canada

À l'échelle canadienne, les chercheurs de l'Ontario sont ceux qui publient le plus dans les deux revues – de 35 à 65 articles chaque année, entre 1980 et 2004 – tout juste devant leurs collègues de la Colombie-Britannique. Les chercheurs québécois, quant à eux, occupent le troisième rang, produisant bon an mal an une vingtaine d'articles.

Qu'en est-il de l'UQAM? «Malgré l'absence de facultés de médecine et de génie, ainsi que d'un département de physique, les chercheurs de l'UQAM ont publié, au cours des 25 dernières années, 18 articles dans Science et Nature, se situant au 26e rang au Canada, constate M. Larivière. Les forces de l'UQAM se manifestent notamment dans les domaines de la santé (sciences biologiques et biochimie) et des sciences de l'environnement (sciences de la Terre et de l'atmosphère).»

Fait à signaler, conclut le chercheur de l'OST, les activités de recherche scientifique de certains petits pays, comme la Suisse, le Danemark et les Pays-Bas, ont connu une croissance remarquable entre 1980 et 2004. Mais le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine. Ses chercheurs occupaient, en 2006, le deuxième rang pour la quantité d'articles scientifiques publiés dans le monde et ont accru, de manière exponentielle, leur présence dans Science et Nature. «La Chine a énormément investi dans la recherche scientifique et accorde même des primes aux chercheurs qui publient le plus.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIII, no 12 (5 mars 2007)

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 5 mars 2007