Claude Corbo
Photo : Michel Giroux
L'ex-recteur Claude Corbo (1986-1996) est totalement fidèle à lui-même, révèle-t-il avec conviction en entrevue. «Je n'aurais pas pu m'en tenir à regarder les choses aller sans m'impliquer », les choses étant bien entendu la crise financière dans laquelle se trouve plongée l'UQAM à la suite d'aventures immobilières inconsidérées qui «mettent en péril la capacité même de l'Université de poursuivre sa mission essentielle».
M. Corbo ne craint pas de soumettre sa candidature de nouveau au vote de la communauté. «J'ai compté le nombre de fois où j'ai fait l'objet d'une consultation à l'UQAM et celleci sera la septième - une fois à titre de doyen de la gestion des ressources, deux fois comme vice-recteur à l'enseignement et à la recherche et trois fois à titre de recteur!»
Pourquoi quitter l'enseignement qu'il adore pour replonger au centre de l'action? «J'ai été attristé par la situation de notre Université, par ses problèmes financiers, ses problèmes d'image, par l'idée que l'excellence de ses réalisations en recherche et création soit occultée; mais aussi par l'incertitude, l'inquiétude qui consolident leur emprise sur son personnel.»
«Au début de septembre j'ai écrit un texte publié dans le journal Le Devoir, qui a suscité beaucoup de courriels de collègues et amis me disant qu'ils étaient très reconnaissants que je remette les pendules à l'heure en ce qui concerne la mission de l'UQAM. Ils me confiaient aussi que je leur avais fait du bien, remonté le moral. Plusieurs m'ont dit que je devrais songer à me présenter à nouveau au rectorat et m'ont poussé à y réfléchir très sérieusement.»
«En janvier 1996 quand j'ai quitté le rectorat, je n'ai jamais imaginé que je pourrais reprendre cette fonction. Mon retour à l'enseignement me comblait, j'avais l'impression d'avoir fait ma part et, de toute façon, le monde avait changé et je devais m'interroger sur la pertinence de ma contribution.»
La longue expérience universitaire de M. Corbo le rend plus sensible au transfert de mémoire, à l'héritage à léguer aux jeunes professeurs que l'UQAM a recrutés ces dernières années. «Prenez ceux du Département de science politique, par exemple, qui sont très bien formés, qui ont une carrière de 25-30 années devant eux. Je ne souhaite pas leur laisser une université dans un état de déliquescence. Ils doivent pouvoir reprendre à leur propre compte le rêve de l'UQAM, sachant qu'elle est minimalement maître de son destin».
Depuis son retour au Département de science politique il exerce avec beaucoup de plaisir, confie-t-il, le métier de professeur. «J'ai demandé à enseigner au premier cycle, aux étudiants qui commencent leur programme. J'enseigne donc à des grands groupes des cours de première année, notamment Pensée politique classique et Système politique des États-Unis.»
La cadence de ses publications académiques a connu une véritable explosion en dix ans. Une douzaine de titres ont paru depuis 1996. Claude Corbo se dit prêt à mettre tout ça de côté pour s'immerger à nouveau dans le changement, car celui-ci est inévitable, à ses yeux.
«Le Conseil d'administration est en train de mettre au point un plan de redressement. Je prendrai le train là où nous en serons. J'ai un ensemble de propositions à faire dans les jours qui viennent pour repenser nos façons de faire, mieux utiliser nos fonds, envisager des changements. Personne n'aime le changement, mais il faudra en faire, à coup sûr. Je me suis tenu loin des affaires institutionnelles depuis dix ans, mais je devrai m'y remettre rapidement. On trouvera sur le site Web du Secrétariat des instances des documents à cet effet notamment "Ma vision de l'UQAM" et "Un plan d'action pour l'UQAM"».
Le problème qu'entrevoit M. Corbo à être seul candidat en lice pour la consultation, est qu'un candidat unique «est toujours comparé au candidat idéal, excellent en tous points, mais qui n'existe pas». Il compte avant tout établir un dialogue avec les gens de la communauté de l'UQAM et expliquer pourquoi il se porte à nouveau candidat.
«J'ai trois objectifs précis à défendre : préserver du mieux possible nos acquis, et ceci, sur trois plans - le spectre disciplinaire, la formation aux trois cycles et les activités internes de recherche et de création; ramener le plus tôt possible la santé financière pour permettre à l'UQAM de maîtriser son développement (on est moins libre de son avenir quand on a une grosse dette à éponger); saisir l'occasion qui nous est donnée de redonner sens à notre mission, nous recentrer sur nos priorités, nous interroger sur ce qu'est l'accessibilité en 2008.»
«En 1986, au cours de mon premier mandat comme recteur, le sous-financement des universités était déjà à l'ordre du jour et celui de l'UQAM en particulier. Je me rappelle être allé défendre le dossier de l'UQAM en Commission parlementaire devant le ministre Claude Ryan. Le gouvernement avait consenti un premier effort de refinancement à l'époque et l'UQAM avait connu une correction imparfaite de son mode de financement, à laquelle elle ne s'est jamais résignée.»
Aujourd'hui, c'est autour de 400 millions $ annuellement que les universités réclament du gouvernement pour combler le sous-financement des universités québécoises et se mettre à niveau par rapport aux universités canadiennes. Claude Corbo pense-t-il avoir une meilleure écoute de Québec en 2008?
«Si j'ai une bonne écoute de la communauté, j'aurai une bonne écoute du gouvernement.» Le candidat réclame donc un «appui fort» de la communauté de l'UQAM, un appui sans équivoque, laisse-t-il entendre.
M. Corbo répond sans hésitation que ceux qui sont conviés à gérer les biens collectifs sont tenus à la plus grande transparence. Ils doivent non seulement fournir l'ensemble des données mais rendre l'information intelligible. Il précise qu'il faut user de discernement, évidemment, comme dans tout, mais la vérité finit toujours par émerger...
Dans le système universitaire depuis 43 ans, comme étudiant puis comme professeur, M. Corbo semble vouloir y rester encore quelques années. «J'ai tellement aimé ça la vie universitaire que je n'en suis jamais sorti. L'université est centrale dans la société. Le savoir libère les êtres humains.»
![]()
Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIV, no 5 (29 octobre 2007)