
André Marchand
Photo: Nathalie St-Pierre

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La nature même de leur métier étant source d’événements potentiellement violents et/ou traumatiques, on serait porté à croire que les policiers sont plus à risque de développer un état de stress post-traumatique (ÉSPT). Ce n’est pourtant pas le cas. «La prévalence de l’ÉSPT chez les policiers n’est pas plus grande que dans la population en général», affirme André Marchand. Le professeur du Département de psychologie est l’auteur principal d’une étude intitulée «Facteurs prévisionnels du développement de l’état de stress post-traumatique à la suite d’un événement traumatique chez les policiers», publiée par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.
L’étude comportait deux volets. Le premier, rétrospectif, portait sur l’analyse d’événements traumatiques auprès de 130 policiers à la retraite du Service de police de la Ville de Montréal et d’autres corps policiers du Québec. Le deuxième volet, prospectif, a fait appel à 83 policiers, 63 hommes et 20 femmes, qui ont été impliqués dans un événement traumatique entre mai 2006 et mai 2010 et qui ont accepté de participer à l’étude sur une base volontaire. «Ces derniers ont été évalués en moyenne entre 5 et 15 jours, 1 mois, 3 mois et 12 mois après l’événement, avec les mêmes instruments de mesure que ceux du premier volet, c’est-à-dire des entrevues et des questionnaires visant à déterminer la présence ou non d’un ÉSPT et à évaluer les facteurs prévisionnels associés au développement de ce trouble», note André Marchand.
Dans le volet rétrospectif, les chercheurs ont observé que 7,6 % des policiers de leur échantillon avaient souffert d’un ÉSPT clinique, alors que 6,8 % avaient éprouvé un ÉSPT partiel. Dans l’étude prospective, 3 % des policiers ont souffert d’un ÉSPT clinique, alors que 9 % ont vécu un ÉSPT partiel. «Dans la population, entre 7 et 8 % des personnes qui vivent un événement traumatique développent un ÉSPT, précise André Marchand. Le fait que la prévalence soit à peu près la même chez les policiers démontre à quel point ils sont bien sélectionnés au départ pour effectuer leur boulot, qu’ils reçoivent de bonnes formations pour gérer le stress de certaines situations et qu’ils bénéficient d’un programme d’aide aux employés bien structuré.» Aujourd’hui, ajoute-t-il, les policiers n’hésitent pas à consulter un psychologue au besoin.
En conclusion de leur étude, les chercheurs émettent quelques recommandations afin d’affiner les stratégies de prévention et d’intervention liées aux facteurs de risque que l’on peut atténuer ou prévenir, comme la dissociation, les réactions émotionnelles et physiques, l’état de stress aigu et les symptômes dépressifs; et aux facteurs de protection que l’on peut développer ou améliorer, comme les stratégies de gestion des émotions, le soutien de la part de l’entourage, les programmes de dépistage précoce et les services d’aide psychologique. «Il s’agit de la première étude du genre au Québec, et même au Canada, et nos recommandations peuvent être utiles non seulement aux policiers, mais aussi aux pompiers, aux ambulanciers ou aux secouristes», conclut André Marchand.
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Qu’est-ce qu’un état de stress post-traumatique?
L’État de stress post-traumatique (ÉSPT) est un trouble anxieux se caractérisant principalement par le développement de symptômes spécifiques faisant suite à l'exposition à un événement particulièrement stressant ou à un événement traumatique extrême qui a impliqué la mort, une menace de mort, des blessures graves et/ou une menace à l’intégrité physique de la personne et/ou à celle d’autrui.
La personne éprouve généralement, dans les premiers instants, une peur intense, un sentiment d'être sans espoir ou d'horreur. Par la suite, un ensemble de symptômes et de comportements spécifiques peuvent apparaître tels que :
• Une diminution de la réactivité au monde extérieur;
• Des souvenirs et/ou des rêves répétitifs reliés à l’événement traumatique qui sont envahissants, persistants et qui provoquent chez la personne une souffrance importante;
• Un évitement de certains objets, situations et/ou personnes liées de près ou de loin à l’événement traumatisant;
• Une apparition de symptômes anxieux persistants (hyperéveil) et de forte intensité;
«Un fort pourcentage de gens qui souffrent d’ÉSPT récupère après quelques jours ou quelques semaines», note André Marchand. Certaines personnes peuvent toutefois éprouver le besoin de consulter un psychologue pour se débarrasser de leurs symptômes. «Cela peut devenir chronique et durer toute une vie, met en garde le chercheur. Une thérapie est alors conseillée.»
Source : site Web du Centre hospitalier de soins psychiatriques Louis-H. Lafontaine.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 9 (23 janvier 2012)
Catégories : Sciences humaines, Recherche et création, Professeurs
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