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Entre la vie et la mort


Mélanie Vachon. Photo: Nathalie St-Pierre

Par Claude Gauvreau

Les patients en fin de vie, leurs proches et le personnel soignant qui les accompagne sont confrontés quotidiennement à la mort. Comment vivent-ils cette expérience des plus éprouvantes? Cette question, peu étudiée jusqu'à maintenant, est au cœur des recherches de Mélanie Vachon, professeure au Département de psychologie.

Membre du Centre de recherche sur le suicide et l’euthanasie (CRISE) et psychologue clinicienne à l’unité de soins palliatifs de l’Hôpital général de Montréal depuis 2009, cette jeune chercheuse a été embauchée en décembre 2010, quelques mois à peine après avoir soutenu sa thèse de doctorat à l’Université de Montréal. «Je voulais venir à l’UQAM en raison de l’importance accordée ici au travail clinique, dit-elle. Pour moi, la recherche universitaire et le travail de terrain se nourrissent mutuellement.» 

Intéressée par les questions du deuil, de la souffrance traumatique et des soins palliatifs, Mélanie Vachon déplore que la mort fasse l’objet d’un déni dans notre société. «La maladie, la vieillesse et l’état de dépendance qui en découle nous apparaissent dépourvus de sens. La médecine moderne cherche à prolonger la vie en développant sans cesse de nouvelles approches thérapeutiques, parfois au détriment de la qualité de vie des malades. La mort est même perçue comme un échec médical, alors qu’elle est un phénomène naturel et inéluctable.»

À l’écoute de la souffrance

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, la psychologue s’est penchée sur l’expérience de confrontation à la mort que vivent les infirmières en oncologie. Au moyen d’entrevues individuelles et de rencontres de groupe, elle a abordé avec elles les thèmes de la souffrance, de la finitude et du sens qui peut leur être donné. «Plusieurs infirmières vivent un condensé d’émotions paradoxales qui oscillent entre la souffrance psychologique et la volonté de réinvestir dans la vie, observe Mélanie Vachon. Exposées quotidiennement à la détresse des patients et de leurs familles, elles éprouvent un stress émotionnel et des sentiments d’angoisse et d’impuissance». Cette expérience, qui les renvoie à la fragilité de la vie et à leur propre finitude, s’avère par ailleurs enrichissante, poursuit la chercheuse. «Elle leur permet d’avoir des échanges authentiques avec des personnes vivant des émotions extrêmes, de développer leur sens de l’entraide, de l’empathie et de la compassion, et d’apprécier pleinement la valeur de la vie.»

Selon Mélanie Vachon, les membres du personnel soignant devraient disposer d’espaces de réflexion et d’échanges pour que leurs sentiments légitimes de peur et d’anxiété soient entendus, compris et respectés. «Cela aurait des effets bénéfiques sur leur propre bien-être et, indirectement, sur la qualité des soins prodigués aux patients.»

Faire une place à la mort

La professeure travaille actuellement à deux nouveaux projets de recherche. Le premier porte sur la possibilité d’implanter une approche palliative dans les unités de soins intensifs. «La sensibilisation aux soins palliatifs doit s’étendre à d’autres unités, soins intensifs et urgence, dans les établissements de santé», souligne Mélanie Vachon. L’autre projet concerne la transition des soins curatifs aux soins palliatifs. «Plusieurs malades éprouvent un choc douloureux quand on leur annonce qu’il n’y a plus de traitement curatif possible et qu’il faut désormais recourir aux soins palliatifs. Des oncologues ayant suivi leurs patients pendant trois ou cinq ans n’ont souvent plus de liens  avec eux à partir du moment où ils entrent en soins palliatifs. Plusieurs malades vivent cela comme une forme d’abandon.»      

Dans un système de santé où la médecine se consacre essentiellement au maintien et au prolongement de la vie, il est difficile de faire une place aux patients en fin de vie. «Les ressources étant limitées, il est normal que l’on investisse d’abord pour sauver des vies, note la psychologue. Cela dit, alors que les besoins en soins palliatifs sont grands et appelés à croître dans notre société vieillissante, seule une minorité d’hôpitaux au Québec possède une unité de soins spécialisés en la matière.»

Mélanie Vachon croit en une approche globale, et plus humaine, des soins palliatifs. «On doit non seulement soulager la douleur physique des patients, mais aussi apaiser leur souffrance psychologique, s’intéresser à leurs problèmes financiers, à la garde des enfants pendant l’hospitalisation et même aux blessures du passé mal soignées. Il faut leur permettre de vivre dans le plus grand confort possible jusqu’à leur mort.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 10 (6 février 2012)

Série thématique : Visages de la relève

Catégories : Sciences humaines, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 6 février 2012