
Antonio Dominguez Leiva
Photo: Nathalie St-Pierre

Pop-en-Stock s’intéressera à des symboles de la culture populaire comme Lady Gaga, les Simpsons et Bob l’éponge.
Céline Dion, Lady Gaga et Bob l’éponge font partie des icônes de la culture populaire. Peut-on les aborder sans les porter aux nues et sans les mépriser? C’est le pari que fait Pop-en-Stock, une nouvelle revue numérique entièrement consacrée à l’étude de la culture populaire contemporaine sous toutes ses formes : musique, romans, cinéma, téléséries, bédés.
«La culture populaire occupe une place unique dans notre imaginaire collectif. Il est donc important d’en comprendre le sens et la portée», souligne Antonio Dominguez Leiva, professeur au Département d’études littéraires et co-responsable de Pop-en-Stock avec son collègue Samuel Archibald.
Soutenue par le Centre de recherche Figura sur le texte et l’imaginaire et le Laboratoire de recherche NT2 sur les œuvres hypermédiatiques, Pop-en-Stock se veut une revue savante, mais accessible, capable de parler aussi bien de Star académie que de Madonna. «Nous proposons une réflexion critique sur les dimensions sociologique, artistique et esthétique des produits de la culture populaire, sans tabous ni interdits, qui se situe dans le prolongement des travaux de Roland Barthes, d’Edgar Morin, d’Umberto Eco et de ceux rattachés au courant anglo-saxon des Cultural Studies», précise le jeune chercheur.
Pop-en-Stock ne vise pas à célébrer les différentes manifestations de la culture populaire, comme le font déjà des milliers de blogues et de sites Internet. Mais la revue ne les traitera pas non plus avec dédain, contrairement à une certaine tradition universitaire.
Antonio Dominguez Leiva n’est pas de ceux qui opposent culture populaire et culture savante en soulignant, par exemple, qu’une bande dessinée ne vaut pas un roman de Paul Auster, ou qu’une chanson de Madonna ne vaut pas une mélodie de Duke Ellington. «On ne peut pas juger tous les objets culturels de la même façon, car les critères sont différents d’un cas à l’autre, dit-il. En outre, les frontières sont de plus en plus brouillées, comme si les deux cultures s’emboîtaient l’une dans l’autre. Des auteurs identifiés à la culture savante s’intéressent à des aspects de la culture populaire et celle-ci intègre plusieurs éléments de la culture savante. L’écrivain Paul Auster a réalisé des films pour le cinéma et a été adapté en bande dessinée. Cela dit, il y aura toujours des artistes qui se réclameront d’une avant-garde, refusant tout compromis avec l’industrie culturelle.»
Marquée par le mélange des formes, des genres et des supports, la culture populaire est hybride et réflexive, note le professeur. «Une télésérie culte comme Les Sopranos est à la fois une peinture du monde de la mafia, une sitcom et un drame psychologique. Plusieurs produits se retrouvent sur de multiples plateformes médiatiques – télévision, jeux vidéo, Web – et sont diffusées partout sur la planète.»
Certaines productions ont aussi un caractère autoréflexif, poursuit Antonio Dominguez Leiva. «La populaire série Les Simpsons contient plusieurs références critiques, traitées sur le mode de l’humour, à des œuvres télévisuelles ou cinématographiques appartenant à un passé plus ou moins récent. Les Sopranos, pour reprendre cet exemple, proposent une réflexion sur la figure du mafioso, tout en revisitant la tradition des films de gangsters.»
La culture populaire évolue si rapidement qu’il est difficile de l’appréhender avec les moyens de l’édition traditionnelle. C’est pourquoi Pop-en-Stock entend profiter des avantages du Web. La revue propose ainsi un blogue permettant de réagir à chaud à certains phénomènes ou événements culturels, comme le spectacle de Madonna au dernier Super Bowl. «Les visiteurs auront toutefois accès à des dossiers thématiques, plus mûris, ouverts aux contributions extérieures, notamment à celles des étudiants. Une façon de mettre en œuvre une forme d’intelligence collective», souligne le chercheur. Pop-en-Stock a déjà mis en ligne un dossier sur l’érotique du vampire contemporain au cinéma et dans les téléséries. Les prochains traiteront, entre autres, du crépuscule des super héros, en prévision de la sortie en salles du prochain Batman, de Céline Dion et de Lady Gaga.
L’actualité culturelle montréalaise servira à alimenter la revue. «Montréal constitue un formidable poste d’observation de la culture populaire, un creuset où se côtoient les cultures américaine et européenne, française en particulier, sans compter l’apport des cultures hispanique, asiatique et arabe. Pop-en-Stock sera donc, en quelque sorte, un observatoire dans un observatoire», conclut Antonio Dominguez Leiva.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 11 (20 février 2012)
Catégories : Arts, Recherche et création, Professeurs
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