
Lucie K. Morisset
Photo: Nathalie St-Pierre

Photo: Yannis Guillon
Mondialisation oblige, les métropoles se trouvent au cœur d’une dynamique globale de compétition, cherchant à se distinguer, symboliquement et culturellement, pour attirer investisseurs et touristes. Professeure au Département d’études urbaines et touristiques, Lucie K. Morisset est la responsable scientifique du colloque international [S’]Approprier la ville. Du patrimoine urbain aux paysages culturels, qui se tiendra au Complexe des sciences Pierre-Dansereau et au Musée des beaux-arts de Montréal, du 16 au 18 avril prochains. L’événement réunira une trentaine de chercheurs, de décideurs et de professionnels de l’urbanisme et des milieux culturels, provenant du Québec, du Canada, des États-Unis et d’Europe. Quatre grandes thématiques sont au menu : la représentation culturelle des métropoles, les impacts du patrimoine sur le devenir-ensemble, la cohabitation des cultures et les projets d’identités urbaines.
«Les conférenciers examineront les rapports entre les images des villes projetées sur la scène mondiale et l’imaginaire d’appartenance des populations locales, souligne Lucie K. Morisset. Un nombre croissant de chercheurs en urbanisme et en architecture s’intéressent dorénavant aux enjeux liés aux représentations culturelles des grandes métropoles, et à leurs transformations, dans le contexte de la mondialisation.»
Le colloque est organisé par la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, dont le titulaire est le professeur Luc Noppen, du Département d’études urbaines et touristiques, en collaboration avec PARVI, le Groupe interuniversitaire de recherche sur les paysages de la représentation, la ville et les identités urbaines, et avec le Forum canadien de recherche publique sur le patrimoine et l’Institut du patrimoine de l’UQAM.
«Le nouveau positionnement identitaire des villes, note la professeure, s’accompagne de la production d’images de marque, de la publication de palmarès des meilleures villes, d’un discours sur les villes créatives et sur les villes spectacles.»
À Montréal, par exemple, le Quartier international et le Quartier des spectacles visent à mettre en valeur la vocation internationale de la métropole. «Mais en quoi ces nouveaux espaces urbains sont-ils plus montréalais que des quartiers similaires à Paris ou à Rio? Comment projeter une image de marque internationale, semblable à celle que l’on retrouve dans d’autres grandes villes, tout en préservant une identité locale originale?, se demande Lucie K. Morisset. Chose certaine, la culture est devenue un outil de valorisation à la fois identitaire et foncière, d’où les nombreux projets de revitalisation des centres-villes qui misent sur une vie culturelle dynamique.»
Pendant que les villes se positionnent sur la scène mondiale, les cadres de référence et les territoires d’appartenance des individus et des communautés qui y habitent s’atomisent et se rétrécissent, affirme la chercheuse. «Les gens se reconnaissent dans leur quartier, ou dans leur rue. C’est ce que l’on appelle le patrimoine de proximité», dit-elle.
Aujourd’hui, l’identité urbaine et architecturale de Montréal, la montréalité, a peu à voir avec le patrimoine urbain traditionnel, poursuit Lucie K. Morisset. «Cette identité a tendance à éclater, notamment sous la pression du choc des cultures, lui-même attribuable à une mobilité et à une mixité accrues des populations. La notion de patrimoine urbain a ainsi fait place, peu à peu, aux paysages dits culturels, porteurs d’autant d’imaginaires d’appartenance que la ville peut rassembler.»
À l’occasion du colloque S’approprier la ville, l’UQAM, sur recommandation de sa Faculté des arts et de son École des sciences de la gestion, remettra un doctorat honorifique à l’architecte et urbaniste québécois Jean-Claude Marsan.
Ce professeur émérite a joué un rôle de premier plan dans le développement de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, d’abord comme directeur de l’École d’architecture, puis comme doyen de la faculté. Il fut aussi à l’origine de la maîtrise en aménagement, un programme unique au Canada qui porte sur la conservation de l’environnement bâti.
Jean-Claude Marsan est l’auteur de Montréal en évolution. Historique du développement de l’architecture et de l’environnement urbain montréalais, un ouvrage phare, paru en 1974, qui a éveillé les Québécois à l’importance de préserver le patrimoine architectural et urbain. Il a publié plus de 200 articles, dont certains lui ont valu le prix Paul-Henri Lapointe de l’Ordre des architectes du Québec. Citoyen engagé, il a œuvré pendant 40 ans à titre d’expert-conseil, notamment auprès du Service d’urbanisme de la Ville de Montréal, et a été membre fondateur de l’Association Espaces Verts, des Amis de la gare Windsor, de Sauvons Montréal et de la Fondation Héritage Montréal. Au cours de sa carrière, Jean-Claude Marsan a reçu d’importantes distinctions honorifiques. Il est membre de la Société royale du Canada depuis 1987 et officier de l’Ordre du Canada depuis 1995, en plus d’avoir obtenu le prix du Québec Gérard-Morisset en 1992.
Les organisateurs du colloque S’approprier la ville procéderont au lancement d’une anthologie des écrits de Jean-Claude Marsan, Montréal et son aménagement. Vivre la ville, publiée aux Presses de l'Université du Québec (collection Patrimoine urbain).
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 15 (16 avril 2012)
Catégories : Gestion, Développement durable, Recherche et création, Professeurs
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