
Joanne Burgess
Photo: Nathalie St-Pierre

Winnie Frohn
Photo: Nathalie St-Pierre

Photo: Nathalie St-Pierre
En octobre dernier, rue Saint-André à Montréal, 17 locataires étaient évincés par le propriétaire d’une maison de chambres privées. Le Comité logement Ville-Marie et le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) ont tenté, sans succès, d’empêcher la conversion de cette maison de chambres en édifice à condos. Un seul locataire a pu être relocalisé.
Selon un rapport de la ville de Montréal sur l’itinérance, près de 40 % des maisons de chambres auraient disparu entre 1977 et 1987. En 2007, il restait un peu moins de 3 000 chambres privées, réparties dans quelque 180 maisons. Depuis, leur nombre aurait continué de diminuer, alors que les besoins pour ce type de logement n’ont cessé de croître.
Les professeures Joanne Burgess (histoire) et Winnie Frohn, (études urbaines et touristiques) veulent retracer l’histoire, inconnue à ce jour, des maisons de chambres à Montréal, tout en dressant leur portrait actuel. Leur projet de recherche, mené en partenariat avec le Service aux collectivités de l’UQAM, la Table de concertation du faubourg Saint-Laurent et le RAPSIM, est né en 2010, dans la foulée des travaux de la Commission populaire sur la sauvegarde des maisons de chambres à Montréal, dont faisait partie Winnie Frohn. «Aujourd’hui, aucun recensement ne permet d’établir le nombre exact de maisons de chambres sur le territoire montréalais, observe Joanne Burgess. Nous voulons comprendre comment a évolué le parc de maisons de chambres, notamment depuis les années 70, époque où apparaissent les premières mobilisations en faveur des droits des chambreurs.»
Les maisons de chambres sont apparues à Montréal vers la fin du XIXe siècle, à la faveur de l’industrialisation et de l’exode vers les villes d’une partie de la population rurale. «À cette époque, les maisons de chambres faisaient partie du paysage urbain et accueillaient des personnes dites respectables et distinguées, rappelle l’historienne. À partir de la crise des années 30, leur nombre augmente et leur clientèle, faite de chômeurs et de travailleurs immigrés, devient plus fragile.»
Les chercheuses s’intéressent particulièrement aux initiatives prises vers le milieu des années 70 pour défendre les droits des chambreurs à des logements décents et pour assurer une meilleure réglementation des maisons de chambres privées. «Au moyen d’entrevues avec les acteurs de cette période, nous établirons la filiation entre les interventions d’Action Maisons de chambres, en 1973, celles de la Table de concertation sur les maisons de chambres, créée en 1981, et les gestes posés par le RAPSIM et le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)», souligne Joanne Burgess.
Les maisons de chambres situées dans les quartiers centraux de Montréal ne cessent de disparaître au profit des condos et de l’industrie hôtelière. Leur clientèle se compose essentiellement de personnes seules, des hommes pour la plupart, à la recherche d’un emploi ou ayant de faibles revenus : petits salariés, bénéficiaires de l’aide sociale, immigrants. «Les maisons de chambres sont essentielles pour contrer l’itinérance, affirme Winnie Frohn. Pour plusieurs personnes, elles sont le dernier rempart avant la rue. Pour d’autres, elles constituent un tremplin leur permettant de sortir de la rue.»
Émanant des témoignages d'une centaine de chambreurs et d’ex-chambreurs, ainsi que d'intervenants communautaires concernés, le rapport Maisons de chambres en péril : la nécessité d’agir, publié en 2010 par la Commission populaire sur la sauvegarde des maisons de chambres à Montréal, soumettait plusieurs recommandations qui sont toujours à l’ordre du jour : brosser un portrait complet des maisons de chambres existantes sur le territoire, appliquer la réglementation sur la salubrité et la sécurité des logements, transformer chaque année 100 chambres privées en logements sociaux, pendant dix ans. «Actuellement, dit Winnie Frohn, de nombreux chambreurs paient de 400 à 500 $ par mois pour des chambres souvent insalubres, tandis que le loyer d’une chambre gérée par un organisme sans but lucratif en habitation oscille entre 200 et 250 $ par mois.»
Pour le président de la Table de concertation du faubourg Saint-Laurent, Rosario Demers, «les maisons de chambres font partie de l’ADN du centre ville de Montréal.» Celui-ci invite les membres de la communauté uqamienne à participer au Solidari-Show, qui réunira Stefie Shock, Chris Velan et le Wesli Band au Club Soda, le 19 avril prochain. Ce spectacle s’inscrit dans la campagne de financement Un toit pour toi de l’organisme d’insertion sociale et économique Le Sac à Dos. Ce dernier est impliqué dans la construction d’une maison de chambres sur la rue de Bullion, à Montréal, qui offrira quinze nouveaux logements sociaux à des personnes démunies.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 15 (16 avril 2012)
Catégories : Gestion, Sciences humaines, Recherche et création, Professeurs
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