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Un congrès sur l'évolution de la Terre


Par Pierre-Etienne Caza

Le plus important événement mondial en matière de géochimie, le Congrès Goldschmidt, se déroulera pour la première fois à Montréal, du 24 au 29 juin prochains. «Nous attendons près de 3 000 participants, ce qui en fera la plus grande édition jamais tenue en Amérique du Nord», note fièrement Ross Stevenson. Le professeur du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère est le président du comité organisateur de l’événement, dont les hôtes sont l’UQAM et le Geotop, en collaboration avec la Geochemical Society et l’European Association of Geochemistry. 

Ce congrès réputé, nommé ainsi en l’honneur de Victor Goldschmidt, l’un des «fondateurs» de la géochimie, se tient en alternance sur les continents européen et américain. «Nous recevrons des océanographes, des géologues, des biologistes, des archéologues, des ingénieurs en génie civil, des spécialistes en sciences de l’environnement et plusieurs autres chercheurs intéressés par la géochimie», précise Ross Stevenson.

La thématique de cette 22e édition est la Terre en évolution (Earth in Evolution). Il y aura deux séances plénières, «Isotope fingerprints for the formation and the composition of the Earth», animée par Bernard Bourdon, président du Laboratoire de géologie de Lyon, et «Tight coupling of life and metals throughout evolution», par Rosalyn Rickaby, du Département des sciences de la Terre de l’Université d’Oxford. «Nous proposerons également aux participants deux forums, l’un sur les gaz de schiste et l’autre sur les réserves de ressources naturelles de la planète, poursuit le chercheur. Ce sera l’occasion de débattre de nos visions respectives sur ces enjeux d’actualité.»

La programmation comporte évidemment son lot de communications scientifiques. Les présentations orales ont été regroupées en une vingtaine de thématiques, de l’évolution du système solaire à celle de la surface terrestre, en passant par l’évolution du climat, la géochimie des océans et les impacts anthropogéniques sur l’environnement. De plus, entre 700 et 800 affiches seront exposées durant la durée du congrès.

«Un comité étudiant, distinct du comité organisateur et du comité scientifique, a organisé plusieurs activités destinées aux jeunes chercheurs, qui compteront pour le quart des participants au congrès, ajoute le professeur. Outre les nombreuses activités sociales, les étudiants pourront notamment suivre trois cours intensifs donnés par des conférenciers invités.»

De l’utilité de la géochimie

«La géochimie applique les outils et concepts de la chimie à l'étude de la Terre», explique Ross Stevenson. Les chercheurs en géochimie s’intéressent, par exemple, à la  composition des différentes enveloppes terrestres et à leur évolution, à la quantification des transferts de matière et d'énergie au sein de la Terre, à la caractérisation des processus chimiques, mécaniques et minéralogiques qui modifient les compositions chimiques des géomatériaux, à l'étude des conditions environnementales passées et à la détermination de l'âge des roches et des événements ayant affecté la Terre.

Le professeur Stevenson a découvert il y a quelques années avec un groupe de chercheurs québécois et américains les plus anciens vestiges de la croûte terrestre. Les roches en question, trouvées autour de la baie d'Hudson, dans une région appelée la ceinture de roches vertes de Nuvvuagittuq, sont vieilles de 4,28 milliards d'années.

La géochimie… des fromages!

La géochimie peut également servir à déterminer la provenance… des fromages! C’est le défi qu’a relevé la candidate à la maîtrise en sciences de la Terre Stéphanie L. Desrochers, codirigée par les professeurs Ross Stevenson et Jean-François Hélie. «Les aliments ingérés par les vaches portent une signature isotopique qui se retrouve dans le lait utilisé pour fabriquer les fromages, explique la jeune chercheuse, qui présentera une affiche lors du congrès Goldschmidt. Le climat d’une région influence les isotopes d’oxygène et d’hydrogène de l’eau, tandis que le type d’alimentation – foin ou maïs – influence la signature du carbone. On peut même retracer le type de fertilisant par les isotopes d’azote, ou le type de roche sous-jacent à l’endroit où mange l’animal grâce à un isotope radiogénique appelé strontium.»

Les fromages industriels, produits en majorité à Montréal avec des mélanges de lait de la Montérégie, ne présentent pas les mêmes caractéristiques géochimiques que les fromages artisanaux confectionnés ailleurs au Québec, a-t-elle constaté. «Cela dit, je peux déterminer le secteur d’où provient le fromage, par exemple les Îles de la Madeleine ou la région de Charlevoix, mais je ne pourrais pas départager la provenance exacte de deux fromages produits dans la même région», conclut-elle.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 17 (14 mai 2012)

Catégories : Sciences, Recherche et création, Étudiants, Professeurs

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