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Le colloque des morts-vivants


Par Pierre-Etienne Caza

Le campus de l'UQAM accueillera cet été des chercheurs d’une espèce bien particulière : des chasseurs de zombies! Du 5 au 7 juillet prochains, le premier colloque international sur les zombies se tiendra à l'Amphithéâtre du Cœur des sciences. Invasion Montréal réunira des spécialistes canadiens, français, américains, suédois, autrichiens et sud-coréens afin de disséquer le phénomène «zombie», que plusieurs croyaient mort (sans jeu de mots!) dans les années 1990, mais qui est réapparu en force au tournant du millénaire.

«Le zombie est l'un des seuls monstres qui ne provient pas de la littérature, nous apprend l'un des organisateurs du colloque, le professeur Samuel Archibald, du Département d'études littéraires. Il provient du folklore oral des Caraïbes et n'a rien à voir avec l'image développée plus tard par le cinéma américain. À l'origine, il s'agit d'un esclave absolu, condamné à travailler pour l'éternité pour son maître. C'est le cinéma américain qui en a fait un personnage méchant.»

Les spécialistes s'entendent sur le fait que les zombies, ou morts-vivants, ont fait leur entrée au cinéma avec le film Night of the Living Dead de George A. Romero, sorti en 1968. «C'est Romero qui a défini les balises des histoires de zombies, à savoir : des morts-vivants s'en prennent aux vivants et on ne peut les tuer qu'avec une balle dans la tête», résume Samuel Archibald.

Cela dit, la trentaine de conférenciers attendus à l'UQAM analyseront beaucoup plus en détails le personnage qui, au-delà de son aspect gore – certains réalisateurs s'en donnent à cœur joie –, constitue plus souvent qu'autrement une critique sociale ou politique. «Le zombie a toujours été un prétexte à la métaphore, explique le chercheur. Dans les années 60, il s'agissait d'une métaphore de la révolte sociale et du racisme. Dans les années 70, avec le deuxième volet de Romero, Dawn of the Dead, on riait de la société de consommation. Au tournant du millénaire, on a vu l'apparition du zombie infecté, dans le sillage du SRAS et d'autres paniques liées à d'éventuelles pandémies. Bref, le zombie revit d'une époque à l'autre et trouve toujours un second souffle», dit-il en riant.

Souvent, les vrais méchants ne sont pas ceux que l'on croit dans les films de zombies, poursuit le professeur. «Les scénarios tournent autour de la survivance. Une fois barricadés pour échapper aux morts-vivants, les humains doivent s'entendre entre eux et venir à bout de leurs différends. D'où les nombreuses métaphores possibles pour critiquer nos sociétés.»

Un retour tous azimuts!

Après une disparition du grand écran pendant près de deux décennies (à quelques exceptions près), les morts-vivants ont effectué un retour en force dans les jeux vidéo, notamment The House of the Dead et Resident Evil, note Samuel Archibald. De là, le zombie est apparu dans les bandes dessinées, dont The Walking Dead, de Robert Kirkman, adaptée pour la télévision sous forme de série. Cette renaissance a de nouveau contaminé le grand écran – la Zombie Movie Database (ZMDB) dénombre plus d’une centaine de films entre 2002 et 2009, et plus d’une vingtaine de productions sont prévues pour la seule année 2012. Les morts-vivants se sont même immiscés en littérature, avec des titres sérieux comme The Zombie Survival Guide de Max Brooks (2003) ou pas du tout sérieux comme le best-seller de S. Grahame-Smith, Pride and Prejudice and Zombies (2009), une réécriture déjantée de l'œuvre de Jane Austen!

Le premier colloque international sur les zombies, subventionné par le CRSH et organisé en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Montréal, espère attirer une centaine de participants. «Une traduction simultanée français-anglais sera disponible et trois grandes conférences marqueront le début de chaque journée», précise Samuel Archibald. Kyle William Bishop, professeur à la Southern Utah University, aux États-Unis, prononcera une conférence intitulée The Rise of Zombie Studies. How the Walking Dead Invaded the Academy ? And Why It Matters;  Ernest Mathijs, professeur associé en études cinématographiques à l’University of British Columbia, prononcera une conférence intitulée Wasted, Out of Time, and Useless: the Zombie Impulse in Contemporary Popular Culture; tandis que le chercheur indépendant Jean-Baptiste Thoret, directeur de l’anthologie Politique des zombies, l’Amérique selon Romero, prononcera une conférence intitulée L’image-zombie (Diary of the Dead et après).

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Source : Service des communications, UQAM

Catégories : Arts, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 13 juin 2012