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Données inquiétantes sur le trouble envahissant du développement


Par Claude Gauvreau

Des études récentes révèlent que le nombre d'enfants atteints d'un trouble envahissant du développement (TED) a augmenté de façon substantielle dans certains pays industrialisés, dont les États-Unis et l'Angleterre. Au Québec, les données du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport indiquent que la prévalence du TED double tous les quatre ans. En Montérégie, par exemple, un enfant sur 106 souffre aujourd'hui d'un trouble envahissant du développement, une hausse de près de 700 % depuis 2000-2001.

Le TED, dont les causes n'ont pas été identifiées avec certitude, regroupe plusieurs syndromes liés à des déficiences plus ou moins sévères touchant les relations sociales, les communications verbales et non verbales et les comportements, souvent stéréotypés et répétitifs. Les troubles envahissants du développement les plus connus sont l'autisme et le syndrome d'Asperger. «En milieu scolaire, le TED est aujourd'hui le handicap le plus prévalent, devançant la déficience langagière et la déficience intellectuelle», souligne la professeure Catherine des Rivières-Pigeon, du Département de sociologie. Le printemps dernier, cette spécialiste des déterminants sociaux de la santé a publié dans le magazine L'express, de la Fédération québécoise de l'autisme, un article sur l'augmentation de la prévalence du TED, écrit en collaboration avec Manon Noiseux, épidémiologiste à l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, et Nathalie Poirier, professeure au Département de psychologie.

Hypothèses discutables

Quelques hypothèses sont avancées pour expliquer l'augmentation statistique du TED. Selon l'hypothèse dite de la «substitution diagnostique», les enfants ayant reçu auparavant un diagnostic autre, comme celui de déficience intellectuelle, recevraient aujourd'hui un diagnostic de TED. Cette tendance serait liée à l'utilisation de meilleurs outils diagnostics et à la propension des professionnels de la santé à préférer, en cas de doute, le diagnostic de TED pour permettre aux enfants d'accéder plus rapidement à des services spécialisés. «Si cette hypothèse était fondée, la courbe des enfants ayant une déficience intellectuelle aurait dû, normalement, baisser au cours des dix dernières années, note la chercheuse. Or, les données montrent que ce n'est pas le cas. Tous les autres troubles, comme celui du langage et l'hyperactivité, ont aussi tendance à augmenter, et l'autisme plus que les autres.»

Une autre hypothèse, l'«omission diagnostique», suggère que la prévalence a toujours été élevée, les enfants atteints d'un TED au cours des années antérieures n'ayant tout simplement jamais été diagnostiqués. Des enfants atteints plus légèrement recevraient ainsi un diagnostic de TED en raison d'un élargissement des critères et d'une vigilance accrue des professionnels et des parents. «Si le nombre accru de diagnostics chez des enfants atteints plus légèrement apparaît plausible, il est peu probable qu'il explique la totalité de l'augmentation constatée, souligne Catherine des Rivières-Pigeon. L'augmentation du nombre d'enfants ayant un TED s'observe dans toutes les catégories : atteinte sévère, moyenne et légère.»

Renforcer les services adaptés

La croissance de la prévalence du TED est-elle réelle? Bien que les données disponibles ne permettent pas de répondre définitivement à cette question, la professeure croit que l'hypothèse d'une augmentation réelle du TED doit faire l'objet d'analyses plus poussées, même si elle demeure difficile à expliquer. «La plupart des études, note-t-elle, soutiennent que le TED comporte à la fois des composantes génétiques et environnementales, une piste à explorer.»

Si l'omission diagnostique et l'élargissement des critères expliquent en partie l'augmentation observée, il est important de ne pas en déduire que la plupart des enfants ayant aujourd'hui un diagnostic de TED présentent une atteinte légère et pourront évoluer facilement dans le milieu scolaire, poursuit Catherine des Rivières-Pigeon. «Les parents d'enfants autistes vivent une grande détresse. Certains enfants sont incapables de communiquer, d'autres éprouvent des problèmes alimentaires et de sommeil, d'autres encore s'automutilent. Les professionnels de la santé et de l'éducation doivent être attentifs à l'augmentation du TED afin de guider les familles vers des services adaptés.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 1 (5 septembre 2012)

Catégories : Sciences humaines, Santé, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 5 septembre 2012