Le 31 juillet dernier, Adriana Chamorro, une résidante de Montréal, a livré un témoignage par vidéoconférence lors d'un procès intenté contre de hauts responsables de l'armée argentine impliqués dans des exactions commises contre des prisonniers politiques entre 1976 et 1983. Dans le cadre de ce procès qui se tient à La Plata, près de Buenos Aire, plus de 20 individus sont poursuivis pour avoir commis des délits dans 6 camps de détention du «Circuit Camps» pendant la dictature militaire.
Adriana Chamorro a relaté les souffrances, les privations et les actes de torture qu'elle a subis pendant son emprisonnement, en 1978. «C'était un témoignage difficile à entendre», dit Dario Perinetti, professeur au Département de philosophie, par l'entremise duquel le Conseil de la magistrature argentin a pu organiser le témoignage par vidéoconférence de Mme Chamorro. «Il n'est pas facile pour les victimes, qui craignent pour leur sécurité, de retourner en Argentine pour témoigner», explique le professeur. Dans des procès précédents, des témoins ont été intimidés, d'autres ont été tués ou sont portés disparus. Le Conseil de la magistrature et le juge ont remercié l'UQAM pour sa collaboration.
Adriana Chamorro a notamment témoigné contre un médecin de la police, Jorge Bergés, qui assistait aux séances de torture. Son témoignage a aussi porté sur l'accouchement d'une autre prisonnière, Maria Asuncion Artigas de Moyano, qu'elle a assistée et dont l'enfant, Victoria Moyano, a été donné en adoption à des militaires. L'organisation Grands-Mères de la Place de Mai estime qu'environ 500 bébés ont été volés à des prisonnières politiques puis adoptés sous de fausses identités durant la dictature. Quelque 30 000 opposants du régime militaire ont été tués ou sont portés disparus.
Dario Perinetti s'intéresse entre autres, dans ses recherches, à la mémoire historique. «Le devoir de mémoire que les témoins accomplissent, je le remplis un peu à ma manière en soulignant l'importance de l'histoire et de la réflexion sur le passé pour guider nos actions politiques et savoir ce qu'il faut éviter», dit-il.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 1 (5 septembre 2012)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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