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Janie Houle
Photo: Nathalie St-Pierre

Suicide : pour des actions mieux ciblées


Par Claude Gauvreau

Les taux de suicide et les caractéristiques des personnes qui se sont enlevé la vie varient beaucoup d'un territoire à l'autre dans la région de Montréal. Le territoire couvert par le  Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance, par exemple, présente le plus haut taux de suicide – 17,4 pour 100 000 habitants –, alors que celui du CSSS de l'Ouest-de-l'Île affiche un taux de 5,1, révèle une étude dirigée par la professeure Janie Houle, du Département de psychologie.  

Cette recherche exploratoire, la plus exhaustive effectuée jusqu'à présent dans la métropole, tente d'établir le profil des personnes décédées par suicide sur chacun des 12 territoires couverts par les CSSS, entre 2007 et 2009. Au cours de ces années, plus de 500 personnes se sont suicidées à Montréal, région qui compte le plus grand nombre de décès par suicide au Québec.

«Nous disposons de données générales qui sont peu utiles pour guider les interventions, surtout dans une ville multiculturelle comme Montréal, composée d'une mosaïque de quartiers avec des populations très différentes, souligne la chercheuse. En collaboration avec leurs partenaires du milieu communautaire, les CSSS ont la responsabilité de mettre en œuvre des stratégies efficaces de prévention du suicide. Le hic est qu'ils disposent de peu d'information sur les particularités des personnes ayant commis un suicide.»

Des dossiers incomplets

Membre du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE), Janie Houle a dépouillé les dossiers du Bureau du coroner en chef du Québec, chargé de centraliser les informations sur tous les décès reliés à des circonstances violentes et à des causes médicales inconnues. À partir de ces sources, elle a constitué une grille d'extraction de données portant sur le profil sociodémographique des personnes suicidées, leur état de santé mentale et physique, l'examen toxicologique, les circonstances de la mort, les manifestations suicidaires et le recours à des ressources d'aide avant le décès. «Les rapports d'investigation et les collectes de données varient beaucoup d'un coroner à l'autre, lesquels sont une centaine au Québec, note la professeure. Certains dossiers sont détaillés, d'autres beaucoup moins. Dans 40 % des cas, une donnée aussi essentielle que les tentatives de suicide avant le décès était absente. L'appartenance ethnoculturelle des individus et le fait que plusieurs personnes, des hommes en particulier, se suicident après une séparation ou après avoir perdu un emploi sont aussi des informations importantes, souvent manquantes, qui permettraient d'identifier des groupes à risque et de guider les interventions.»

L'étude montre que le territoire du CSSS Jeanne-Mance, qui comprend les quartiers Saint-Louis, Mile End, Plateau-Est et Plateau-Ouest, Saint-Jacques, Faubourg Saint-Laurent et Vieux-Montréal, se caractérise par une grande mixité sociale, alors que les plus pauvres côtoient les plus riches. «La population desservie par le CLSC des Faubourgs, au cœur du centre-ville, est la plus touchée avec un taux de suicide de 25,2, contre 12,9 sur le plateau Mont-Royal, observe Janie Houle. Plusieurs des personnes décédées étaient de jeunes adultes, isolés socialement et aux prises avec des problèmes de toxicomanie.» Par contre, sur le territoire du CSSS  de l'Ouest de l'île (Pierrefonds, Sainte-Anne-de Bellevue, Beaconsfield, Kirkland, Pointe-Claire), on trouve davantage de personnes âgées, bien intégrées et sans problème de consommation de drogue ou d'alcool.

Créer un observatoire

Janie Houle croit que les coroners pourraient contribuer à faire avancer les connaissances en se dotant d’une procédure uniforme et systématique de collecte d’informations, au moyen d'une grille détaillée. «Un tel savoir pourrait se traduire ensuite par des actions mieux ciblées et donc plus efficaces auprès des populations à risque», dit-elle.

La chercheuse appuie l'organisme Suicide Action Montréal qui souhaite créer un Observatoire sur le suicide dans la métropole auquel participeraient le Bureau du Coroner du Québec, les CSSS, les centres hospitaliers, la Régie de l’assurance maladie du Québec, Urgences Santé et des chercheurs universitaires, dont certains de l'UQAM. «Cela permettrait de rassembler les expertises nécessaires dans le domaine, ainsi que toutes les données concernant les tentatives de suicide et les décès, de dresser des portraits locaux exhaustifs et de formuler des recommandations plus précises pour chacun des territoires.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 2 (17 septembre 2012)

Catégories : Sciences humaines, Santé, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 17 septembre 2012