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Paul Bélanger
Photo: Nathalie St-Pierre

Se former au 21e siècle


Par Valérie Martin

Le professeur et sociologue Paul Bélanger, du Département d'éducation et formation spécialisées, observe depuis plus de 30 ans l'évolution de l'éducation des adultes et s'intéresse à toutes les formes d'apprentissage «postscolaire».

En mai dernier, le professeur a reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Montréal pour l'ensemble de sa carrière. Embauché à l'UQAM en 2000 après avoir été directeur général de l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation tout au long de la vie, en Allemagne, il a créé le Centre interdisciplinaire de recherche/développement sur l'éducation permanente (CIRDEP) et l'Observatoire compétences-emplois sur la formation continue et le développement des compétences. Les recherches de l'Observatoire portent notamment sur les politiques de l'éducation des adultes, sur le rôle des cégeps dans l'éducation tout au long de la vie, et, plus récemment, sur la formation de base en entreprise.

Un monde en transformation

Le savoir et la technologie jouent un rôle de premier plan au sein de notre économie. Pour rester compétitives au sein de cette économie de la connaissance, les entreprises canadiennes et québécoises doivent composer avec de nouvelles méthodes de travail et l'apport des nouvelles technologies. De nombreux travailleurs sont ainsi obligés de modifier ou d'adapter leurs tâches quotidiennes. Ils doivent maintenant rédiger des courriels, remplir des formulaires ou produire des rapports écrits (de qualité, d'accident, etc.). «Pour accomplir de nouvelles tâches, certains travailleurs auront besoin de rafraîchir leurs connaissances de base en français et en mathématiques. Ils ont appris à lire, à écrire et à compter, certes, mais il y a 25 ans!, souligne Paul Bélanger. Certains doivent suivre une formation en entreprise afin de pouvoir utiliser un poste de travail informatisé.»

Selon le chercheur, la formation de base en entreprise est un enjeu majeur. «Environ 40 % de la main-d'œuvre actuelle a besoin d'une formation, surtout chez les plus de 45 ans», note-t-il. L'époque où les employeurs pouvaient pallier le manque de connaissances ou d'aptitudes du personnel vieillissant en embauchant de jeunes recrues est révolue, affirme Paul Bélanger. «Il y a de moins en moins de jeunes sur le marché du travail, d'où la nécessité de former les employés déjà en poste.»

Développement professionnel continu

Ces employés ne sont pas les seuls à bénéficier d'une formation continue. Les médecins, les ingénieurs et les avocats doivent allouer chaque année de 25 à 35 heures à une formation continue obligatoire, et ce, en plus des autres formations complémentaires auxquelles ils peuvent s’inscrire. «Durant sa carrière professionnelle, un médecin aura passé plus de temps à se former dans le cadre d'une formation continue que sur les bancs de l'université», remarque Paul Bélanger.

La majorité des employés sera tôt ou tard contrainte à suivre une formation pour parfaire ses connaissances ou se perfectionner. «On parle davantage d'un développement continu de la capacité d'action, plutôt que d'une formation continue. Ce dernier terme est associé à tort au moyen d'obtenir une deuxième chance», dit Paul Bélanger.

Des formateurs nouveaux genres

Pour Paul Bélanger, une véritable réingénierie du travail axée sur le développement continu nécessitera de former des moniteurs en entreprise. Ces ingénieurs en développement des compétences du monde adulte, comme il les appelle, «auront pour mandat de fournir aux employés tous les outils nécessaires pour se former par eux-mêmes, en utilisant des méthodes comme le coaching, le monitoring ou la formation structurée en petits groupes.» Des moniteurs pourront aussi aider des adultes ou des personnes âgées à devenir plus autonomes et à prendre leur santé en charge, par exemple. «Il y a beaucoup de patients qui ne comprennent pas bien ce que leur médecin leur dit. Des formateurs pourront leur montrer comment faire de la recherche sur Internet afin de mieux comprendre un diagnostic ou de faire un meilleur usage de leurs médicaments», explique le professeur.

Les patrons devront implanter une série de mesures pour favoriser les apprentissages et motiver les employés. «Il y a un monde entre une entreprise qui congédie sur-le-champ une employée pour une erreur et une autre qui décide de lui laisser la chance de se corriger», fait remarquer Paul Bélanger.

Le professeur et ses collègues planchent actuellement sur un projet de profil en éducation des adultes à la maîtrise en éducation, qui serait offert afin de former des moniteurs en entreprise. «L'UQAM souhaite devenir la référence dans le domaine de l'ingénierie de formation», conclut Paul Bélanger.

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Source : Journal L'UQAM, XXXIX, no 2 (17 septembre 2012)

Catégories : Éducation, Professeurs

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