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États-Unis : une démocratie complexe


Par Claude Gauvreau

«La démocratie américaine est-elle malade?» Cette question était au centre des discussions lors d'une soirée qui a réuni une soixantaine de personnes à la librairie Le Port de Tête, à Montréal, le 25 septembre dernier. Organisée par la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et animée par François Lemay, chroniqueur à la radio de Radio-Canada, cette rencontre fut aussi l'occasion de lancer deux nouveaux ouvrages – Comprendre les élections américaines et Les secrets de la Maison-Blanche – parus aux éditions du Septentrion et aux Presses de l'Université du Québec sous les plumes d'Élisabeth Vallet et de Karine Prémont, chercheuses à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.  

Aux États-Unis, la course pour accéder au pouvoir présidentiel est longue et ardue, souligne Élisabeth Vallet, qui est aussi professeure associée au Département de géographie. «Quatre années de préparation sont nécessaires pour rassembler une équipe de campagne, des fonds et des appuis, rappelle-t-elle. Le processus électoral lui-même dure plus d'une année, si bien que certains observateurs prétendent qu'un président sortant, comme Barack Obama, ne se consacre vraiment à l'exercice du pouvoir que lors d'un second mandat… s'il l'obtient!»

Le système politique américain est particulièrement complexe. La Constitution, plusieurs fois amendée, est fondée sur l'équilibre des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire qui se contrôlent les uns les autres. Son article premier attribue au Congrès des pouvoirs importants, notamment au chapitre des affaires étrangères et de la politique monétaire, limitant ainsi ceux du président. «À l'origine, le peuple craignait la tyrannie du pouvoir central, explique la chercheuse. Aujourd'hui, nombreux sont les Américains qui continuent de se méfier du gouvernement fédéral. Bien que la Constitution et les lois s'appliquent aux États fédérés, ceux-ci disposent de très larges prérogatives. Chaque État américain est un État en soi. On observe même des mouvements indépendantistes au Texas, au Minnesota et en Alaska.»

Des fuites nombreuses

Dans son livre sur les secrets de la Maison-Blanche, Karine Prémont, titulaire d'un doctorat en science politique de l'UQAM et professeure au Collège André-Grasset de Montréal, s'intéresse à l'impact des fuites d'informations confidentielles sur la politique étrangère des États-Unis. À l'aide d'études de cas, depuis l'administration de John F. Kennedy jusqu'à celle de George W. Bush, elle montre sous quelles conditions ces fuites peuvent influencer la politique étrangère et comment elles aident à comprendre le processus décisionnel entourant sa formulation.

«Les fuites sont légion et largement couvertes par les médias, mais ont généralement peu d'influence sur la politique étrangère, note la chercheuse.  Elles permettent cependant de mieux saisir les dissensions au sein de l'équipe dirigeante, comme ce fut le cas sous Kennedy avec le projet d'invasion de la Baie de cochons. Des désaccords avaient entraîné des fuites. Parfois, les fuites sont voulues et contrôlées, servant ainsi de ballon d'essai pour tester un projet politique auprès de l'opinion publique. Chose certaine, plus le pouvoir se replie sur lui-même, plus les fuites sont nombreuses. La présidence de Nixon et le scandale du Watergate l'ont bien démontré.»

Avis aux intéressés, la Bibliothèque des sciences juridiques présente, jusqu'au 21 décembre, une exposition de livres sur les élections présidentielles américaines. On peut également consulter le site Internet de la Chaire Raoul-Dandurand qui leur est consacré.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 3 (1er octobre 2012)

Catégories : Politique et droit, Sciences humaines, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 1 octobre 2012