UQAM - Université du Québec à Montréal
Entrevues
UQAM › Entrevues › Les mérites du libre accès
Micro

Les mérites du libre accès


Par Pierre-Etienne Caza

Depuis quelques années, on assiste à une levée de boucliers devant les politiques restrictives des revues savantes et l'explosion de leurs coûts d'abonnement. Les éditeurs commerciaux exigent en effet couramment que les auteurs cèdent leurs droits lors de la publication, ce qui rend impossible la diffusion de leurs recherches sur d'autres plateformes. Le résultat immédiat de cette pratique relève du non-sens : des recherches bien souvent financées par des fonds publics doivent être rachetées au prix fort par les bibliothèques universitaires pour en faire profiter le plus grand nombre! L'un des moyens de contourner ce problème consiste à développer des sites d'archives de publications électroniques universitaires en libre accès, comme Archipel, qui existe à l'UQAM depuis cinq ans.

Créé par le Comité institutionnel sur l'auto-archivage, présidé à l'époque par la professeure Magda Fusaro, du Département de management et technologie, Archipel devait servir en premier lieu aux professeurs afin que ceux-ci puissent y déposer leurs publications scientifiques. Or, le site compte aujourd'hui un peu plus de 4 000 documents, dont environ 3 000 mémoires et 650 thèses – numérisés dès leur dépôt officiel à la bibliothèque – et «uniquement» 450 articles scientifiques. «Le site est clairement sous-utilisé à ce chapitre», note Lynda Gadoury, directrice générale du Service des bibliothèques, qui est désormais en charge de l'opérationnalisation et de l'évolution d'Archipel.

Les bénéfices du libre accès

«Les professeurs auraient tout intérêt à utiliser Archipel, car plusieurs études couvrant diverses disciplines ont démontré que les publications en libre accès ont plus de chance d'être citées que celles qui sont payantes, explique Pierre Roberge, directeur des technologies de l'information du Service des bibliothèques. L’augmentation du nombre de citations peut varier entre 50 % et 600 %!»

Et contrairement aux revues savantes, lues par un nombre restreint d'universitaires qui gravitent dans un même champ de recherche, les archives en libre accès sont virtuellement accessibles à la planète entière. Les publications déposées dans Archipel peuvent apparaître dans les résultats des principaux moteurs de recherche, comme Google, ou encore dans certains sites comme Érudit, la plus importante plateforme de revues francophones révisées par les pairs en Amérique du Nord, ou Thèses Canada. «Avec les réseaux sociaux, la diffusion devient exponentielle», note Lynda Gadoury.

Pourquoi les professeurs ne déposent-ils pas davantage leurs publications dans Archipel? «La principale raison est le manque de temps», poursuit la directrice générale. Il est vrai que le formulaire à remplir pour déposer un article dans Archipel est long et parfois complexe, avoue Pierre Roberge. «Voilà pourquoi nous avons développé un outil de dépôt en lots. Les professeurs n'ont qu'à nous fournir des métadonnées en format Bib TeX et nous sommes en mesure d'effectuer le chargement de toutes leurs publications scientifiques, des plus anciennes aux plus récentes.» D'autres formats de métadonnées seront ajoutés bientôt à ce protocole.

Semaine du libre accès

L'autre raison expliquant la faible participation des professeurs est la croyance, souvent erronée, que les éditeurs des revues dans lesquelles ils publient ne le permettent pas, souligne Lynda Gadoury. «Pourtant, de plus en plus d'éditeurs permettent aux chercheurs de déposer leurs articles dans un dépôt institutionnel en libre accès, note-t-elle. Pour connaître les règles et les politiques de chacun, il suffit d'utiliser un site comme SHERPA/RoMEO

Ce site fera partie des nombreuses références sur le libre accès qui seront regroupées sur une page web publiée lors de la Semaine du libre accès, du 22 au 28 octobre prochains. «Bien sûr, les chercheurs peuvent aussi contacter le Service des bibliothèques pour vérifier les politiques de leurs éditeurs. Nous nous ferons un plaisir de les aider», précise Lynda Gadoury.

Le comité conseil de la Direction des bibliothèques a résolu de donner accès à Archipel aux chargés de cours (l’annonce sera faite lors de la semaine thématique), et il se penche sur la possibilité de permettre aux étudiants d'y déposer d'autres types de documents, comme les rapports de stage. On peut déjà y déposer des rapports de recherche qui constituent des documents menant à l’obtention du diplôme.

L'UQAM, rappelle fièrement Lynda Gadoury, fut la première université francophone en Amérique du Nord à signer la Déclaration de Berlin sur le libre accès à la connaissance en sciences exactes, sciences de la vie, sciences humaines et sociales, en 2005. Le sous-comité des bibliothèques de la CREPUQ, que préside Lynda Gadoury, a fait adopter la semaine dernière une résolution conjointe des universités québécoises en soutien au libre accès.

Séparateur

Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 4 (15 octobre 2012)

Catégories : Recherche et création, Employés

Séparateur

Flèche Haut

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 15 octobre 2012