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Passionné par les idées


Par Claude Gauvreau

Vous croyez que la prostitution est le plus vieux métier du monde, que nous utilisons à peine 10% de notre cerveau, que la mondialisation est un phénomène nouveau, que le conflit israélo-palestinien est insoluble? Sachez que ces affirmations, souvent présentées comme des vérités incontestables, sont erronées. Pourquoi? Vous le saurez en lisant C'est faux! 50 idées déconstruites par des spécialistes (Septentrion), un ouvrage qui paraîtra à la fin octobre sous la direction de Guillaume Lamy, étudiant à la maîtrise en sociologie.

Ce dernier s'est fait connaître en animant Les publications universitaires sur les ondes du Canal Savoir. Cette série de 12 émissions présente, sous forme d'entrevues, des essais signés par des chercheurs universitaires. «La série existe depuis 2007 et a d'abord été diffusée à la radio sur les ondes de CHOQ-FM, puis de CIBL, rappelle l'étudiant. Il est rare que du temps d'antenne soit consacré exclusivement aux essais. Un essai, ça contient des idées et c'est parfois costaud. Grâce à ce genre littéraire, plus ancien que le roman, on peut parcourir l'histoire de la pensée.»   

Les publications universitaires ont amorcé leur troisième saison sur Canal Savoir le 25 septembre dernier et présenteront, du 6 novembre au 14 décembre, des ouvrages de professeurs de l'UQAM. Anik Meunier (didactique) parlera de  l'école au Québec avant 1960, Maria Nengeh Mensah (travail social) décrira l'exploitation des travailleuses du sexe et Marcelo Otero (sociologie) expliquera comment la dépression est devenue le cancer du XXIe siècle. Enfin, André Mondoux (communication) traitera de notre rapport aux réseaux sociaux et Pierre Fortin (sciences économiques) rappellera les transformations économiques au Québec pendant la Révolution tranquille. La série est diffusée le mardi (20 h 30) et rediffusée les mercredi (17 h 30), jeudi (14 h 30) et vendredi (11 h). 

Trois ingrédients

Guillaume Lamy a réalisé environ 150 entrevues depuis que l'émission existe. «Je consacre 20 heures de travail à préparer une entrevue, dit-il. Mon rôle ne consiste pas à commenter les essais de mes invités, mais à les faire parler des points forts de leurs ouvrages, que je lis de la première à la dernière page.» Le jeune animateur doit aussi coordonner le travail de son équipe de huit personnes. «Pour faire une bonne entrevue à la télé, il faut trois ingrédients : un montage dynamique, une direction photo de qualité et de bons invités. Certains chercheurs refusent d'accorder des entrevues à la télévision parce qu'ils considèrent que ça va trop vite et que les journalistes ne sont pas toujours bien préparés. Personnellement, je n'ai jamais essuyé de refus.»

Certaines émissions ont davantage cartonné que d'autres, note Guillaume Lamy, comme celles sur les droits de scolarité (12 000 visiteurs sur le Web), les gaz de schiste et l'extrême-droite québécoise. «J''ai carte blanche sur le choix des sujets et jamais je  ne m'interdis d'inviter un auteur sous prétexte que je ne partage pas ses idées», souligne-t-il.

Déconstruire les idées reçues

Dans l'ouvrage intitulé C'est Faux! 50 idées déconstruites par des spécialistes, l'étudiant a demandé à des chercheurs, intéressés notamment par la démographie, l'économie, l'intelligence humaine, la mondialisation et  le terrorisme, de réfuter des idées reçues pour en éradiquer la contagion. Parmi les chercheurs de l'UQAM ayant contribué à l'ouvrage, on trouve Pierre Fortin, Joan Deas et Pierre-Alain Clément, de la Chaire Raoul-Dandurand, ainsi que Benoît Dubreuil, chargé de cours et chercheur en philosophie. «L'important est de départager le vrai du faux et de bien informer le public, explique Guillaume Lamy. Beaucoup de gens pensent, par exemple, que la pauvreté ne cesse d'augmenter dans le monde. Or, elle a diminué dans certaines régions, comme en Amérique du Sud, en Chine et en Inde.»

Celui qui a fondé la maison de production EBICO, soit l'Initiative pour la diffusion des Essais, Biographies et Collectifs du Québec, et qui prépare un documentaire sur le conflit étudiant du printemps dernier, se passionne pour les débats d'idées. Son mémoire de maîtrise porte d'ailleurs sur la controverse entourant les accommodements raisonnables qui a conduit à la tenue de la Commission Bouchard-Taylor. «Les débats d'idées n'amènent pas toujours les gens à changer d'opinion, mais ils servent à faire évoluer la pensée pour qu'elle gagne en richesse et en nuances», affirme Guillaume Lamy. L'animateur croit qu'il faut valoriser la connaissance pour elle-même et pas seulement pour son caractère utilitaire. «La connaissance a une portée libératrice, davantage que n'importe quelle idéologie politique», conclut-il.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 4 (15 octobre 2012)

Catégories : Sciences humaines, Étudiants

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 15 octobre 2012