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L'université, un patrimoine collectif


Par Marie-Claude Bourdon

Le candidat au rectorat Gérald Larose, professeur à l'École de travail social, l'a dit et répété : ce sont les événements du printemps dernier qui lui ont donné l'idée de se lancer dans la course au rectorat. «Le printemps étudiant a donné lieu à un véritable mouvement social, rappelle Gérald Larose. Pour la première fois depuis des années – j'allais dire depuis le rapport Parent –, la question de l'université dans la société s'est posée. Une fenêtre s'est ouverte. Il faut absolument s'organiser pour récolter les fruits de ce mouvement en participant au débat public sur la nature, la place et le rôle de l'université dans notre société.»

Des positions claires

L'UQAM est un établissement phare dans le débat social et il est primordial que son recteur non seulement prenne la parole, mais avance des positions claires et porteuses, croit le candidat. «L'université n'est pas qu'un grand centre de formation, dit-il. C'est aussi un grand centre de recherche et, ce qui est plus particulier à l'UQAM, une dynamo de la société civile. La nature de l'université et la nature de l'UQAM doivent être affirmées.»

Il faut aussi rappeler que l'université est un bien public, un investissement et non une dépense, mentionne Gérald Larose. «L'argent qu'on investit dans l'université nous revient, et même davantage, car l'université est un élément de développement économique, en plus d'être un outil de développement social et culturel.»

Sur ce même sujet, souligne le candidat, il faut réaffirmer que l'université constitue un patrimoine collectif et non une marchandise qui ne serait accessible qu'à quelques bourses. S'il est désigné, l'une de ses priorités en tant que recteur sera donc de participer à ce débat qui se poursuit dans la société québécoise depuis le printemps.

Une structure de financement injuste

Une autre priorité, pour Gérald Larose, sera de faire valoir que l'UQAM, tout en étant un établissement formidablement riche à plusieurs points de vue, manque de moyens pour réaliser sa mission, et notamment pour rendre accessible à une partie encore plus grande de la population la formation universitaire et la recherche. «La composition démographique de sa population étudiante, d'une grande variété, est une richesse pour l'UQAM, de même que ses professeurs, chargés de cours et maîtres de langues, sa localisation au centre-ville, au cœur de l'action, ses créneaux de recherche et de création, qui favorisent l'innovation, et sa pratique collégiale et participative. L'UQAM a acquis en peu de temps une notoriété extraordinaire et possède des atouts pour rayonner et répondre aux nouveaux besoins de notre société, mais nous sommes victimes d'une structure de financement injuste qui nous paralyse.»

Cette structure injuste, essentiellement basée sur la pratique des universités plus anciennes qui, à titre d'exemples, ont des facultés de médecine curative, alors que l'UQAM est surtout active dans la prévention, et une population d'étudiants majoritairement à temps plein plutôt qu'une importante population à temps partiel, doit être modifiée, croit le candidat. «Pour obtenir cela, il nous faut monter un dossier imparable et faire la démonstration de l'inadéquation de la structure de financement actuelle», dit-il. Sa stratégie : «Faire un débat interne pour construire la cohésion de toute l'organisation dans ce dossier. Ensuite, faire le débat public. Si on ne fait pas de débat public, il n'y a pas un décideur qui nous donnera raison. Il faut d'abord aller chercher une légitimité dans l'opinion publique et, ensuite, on se présente chez le décideur.» Gérald Larose se donne trois ans pour atteindre cet objectif.

Une offre irrésistible

En ce qui concerne le développement de l'UQAM, le candidat veut participer au développement d'une offre de recherche, de création et d'enseignement qui soit séduisante, qui réponde aux besoins et aspirations des jeunes du Québec. «Je veux que nous soyons irrésistibles. Je veux qu'une personne qui pense à se former davantage ait envie de venir à l'UQAM. Je veux mobiliser toute la communauté pour que l'UQAM soit une université du 21e siècle.»

Démocratisation, professionnalisation et leadership

Sur le plan de la gouvernance interne, il voit l'UQAM comme une organisation complexe, avec sa première ligne – «étudiants, professeurs, chargés de cours, maîtres de langues, chercheurs, qui portent le sens de l'Université et qui, tous, doivent se sentir investis de sa mission» –, sa deuxième ligne – «le personnel de soutien, qui est là pour appuyer la première ligne» – et sa troisième ligne – «la direction, responsable de la cohérence et de la cohésion, responsable aussi de mettre de l'huile dans les rouages et de propulser la machine pour qu'elle remplisse sa mission». Or, les organisations complexes sont victimes de tendances lourdes à la bureaucratisation et à la centralisation, note-t-il. «Les antidotes à cela sont la démocratisation, la professionnalisation et le leadership, selon que l'on se place sur la première, la deuxième ou la troisième ligne.» Démocratisation, cela veut dire préserver la dimension participative et collégiale de l'université, «autrement dit que l'académique doit être entre les mains des académiques.» La professionnalisation, qui  permet de lutter contre la bureaucratisation, signifie que la deuxième ligne doit évoluer au même rythme que la première. «Sur le plan des nouvelles technologies, par exemple, on doit améliorer les procédures de manière à permettre à la première ligne de multiplier ses capacités.» Quant à la troisième ligne, Gérald Larose répète que «la direction ne doit pas avoir peur de prendre la parole, de participer aux débats, à l'interne comme à l'externe, et de faire des questions de la recherche, de la création et de l'enseignement supérieur des enjeux de société. C'est cela, pour moi, le leadership.»

Une occasion à saisir

Le Sommet sur l'enseignement supérieur que le gouvernement s'est engagé à tenir constitue pour lui une occasion à saisir. «Il faut occuper le plus d'espace possible, car il s'agit d'un enjeu non seulement pour l'université, mais aussi pour la société. Il faut faire de l'enseignement, de la recherche et de la création une priorité nationale.»

En ce qui concerne la question des droits de scolarité, Gérald Larose s'oppose au discours de ceux qui prônent une augmentation de la part des étudiants pour améliorer le financement universitaire. «Il ne faut pas se nourrir  d'illusions, dit-il. Au Canada, on a connu des hausses systématiques des droits de scolarité au cours des dernières années, soi-disant pour améliorer le financement universitaire. En réalité, alors que la part des étudiants dans ce financement est passée de 10% en moyenne en 1999 à 21 % en moyenne en 2009, la part du gouvernement, elle, est passée de 70 % à 55 % au cours de la même période. Autrement dit, on a tout simplement déplacé les sources de revenus. Ce projet, ce n'est pas de mieux financer les universités, c'est de les privatiser. Pour moi, la solution n'est pas de ce côté.»

Un plan à changer

Pour ce qui est du Plan de retour à l'équilibre budgétaire de l'UQAM, Gérald Larose affirme qu'il sera respecté… tant qu'il ne pourra pas être changé. «Comme recteur, je ne jouerai jamais à l'apprenti-sorcier, dit-il. Dans toutes les organisations que j'ai dirigées, je me suis d'abord assuré que l'intendance était bien organisée. Le Plan de retour à l'équilibre budgétaire, selon moi, est de l'ordre de l'intendance et le problème principal ne se situe pas là, mais dans la structure de financement qui défavorise l'UQAM. Il y a d'ailleurs un paragraphe dans ce plan, comme dans le Plan stratégique 2009-2014, qui dit que ce qui est consigné là est valable jusqu'à ce que ce soit changé. J'ai l'intention de travailler pour que cela soit changé en négociant avec l'État.»

Un gros défi

Évidemment, la négociation ne sera pas facile. Gérald Larose ne nie pas que de s'attaquer à la structure de financement des universités constitue un gros défi. «Mais je n'ai pas peur du débat public», dit-il. Les opinions sont polarisées sur la question du financement des universités? «C'est vrai, répond-il,  mais elles l'étaient tout autant en 1968. Il faut faire la démonstration que nous ne sommes pas là pour gaspiller les fonds publics, mais pour en faire un usage le plus productif et le plus rentable possible. Sur la question de la structure de financement, il faut documenter, quantifier le dossier de l'UQAM et montrer que si l'on veut innover et enseigner avec les créneaux de recherche et la population étudiante que nous avons, cela prend des ressources.»

L'écoute et la discussion

À ceux qui lui reprochent son passé de syndicaliste, Gérald Larose répond qu'il a été la plupart de son temps non dans des batailles, mais dans la négociation, dans l'écoute et la discussion, qu'il est un homme qui sait proposer des solutions constructives et qui aime participer au débat public. Quant à ses allégeances politiques, il souligne qu'il a traité pendant sa carrière avec cinq premiers ministres du Canada et six premiers ministres du Québec, de différents partis. «Les problèmes de l'UQAM ne tiennent pas à la nature du gouvernement en place, dit-il. Et le recteur doit sa fidélité uniquement à son organisation. Il doit la défendre et la promouvoir en toute circonstance.»

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Source : Service des communications, UQAM , 22 octobre 2012

Catégories : Direction, Professeurs

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