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Pleins feux sur l'académique


Par Marie-Claude Bourdon

Représenter son université, tant sur le plan local, national qu'international : c'est l'une des tâches prioritaires de tout recteur, souligne le candidat au rectorat Robert Proulx, vice-recteur à la Vie académique. «Cela implique de bien la connaître. Un recteur doit se tenir au courant de ce qui se passe à l'intérieur de son établissement pour ensuite le valoriser à l'extérieur. Cela implique aussi de s'insérer dans des réseaux, qu'ils soient politiques ou sociaux, pour faire valoir la pertinence de ce que fait l'Université et sa capacité à résoudre des problèmes à partir de ses travaux de recherche et de son enseignement.»

Représenter son université, c'est aussi défendre sa spécificité quand des décisions sont à prendre en matière de financement ou d'orientations que le gouvernement veut donner à la recherche. «L'identité de l'UQAM est basée sur ses origines, qui l'ont amenée à s'occuper de l'ensemble de la population et particulièrement des gens qui, autrefois, n'avaient pas accès à l'université. Cela donne des mandats différents de ceux des autres universités. Il faut les faire valoir.»

Un projet d'avenir

Une université doit avoir un projet d'avenir et celui de Robert Proulx, s'il est désigné au poste de recteur, pourrait se résumer par les mots d'ordre suivants : «pleins feux sur l'académique» et «rayonnement international». Il faut consolider la recherche et les cycles supérieurs, déclare-t-il. «Je dis consolider parce que nous faisons déjà beaucoup de choses extraordinaires et que nous avons intérêt à augmenter nos masses critiques dans ce que nous faisons de différent et de mieux plutôt que de nous éparpiller.»

L'UQAM est encore jeune et n'a pas encore fait le plein aux cycles supérieurs, observe le candidat. «Nous vivons dans un monde où les besoins sont diversifiés et ce qui est recherché, c'est d'être à la fine pointe du développement. Pour cela, il faut intensifier nos activités aux cycles supérieurs, de façon à développer et à maintenir une expertise de pointe.»

Cela exige de poursuivre le développement du corps professoral. «L'UQAM manque de professeurs, dit Robert Proulx. Nous pouvons en faire la démonstration clairement. Nous n'avons pas les ratios étudiants/professeurs qu'ont les autres universités.» Cela exige également de trouver les moyens de mieux financer les étudiants aux cycles supérieurs et de leur fournir un environnement intellectuel riche pour qu'ils puissent se consacrer à leurs études et appuyer leurs professeurs. «Ensemble, ces étudiants au doctorat et leurs professeurs nous permettront d'être à la fine pointe et de rayonner.»

En ce qui concerne la question du développement international, Robert Proulx croit qu'elle ne doit pas être traitée à part du Vice-rectorat à la vie académique. «Nous faisons des échanges professoraux, nous faisons de la recherche en collaboration avec des gens partout dans le monde, nous avons des cotutelles avec d'autres universités dans plusieurs pays, rappelle-t-il. Il faut que l'international soit intimement associé au développement des études et de la recherche, et non aux relations publiques de l'Université ou à quoi que ce soit d'autre, de façon que ce soit nos activités académiques qui soient mises à la disposition du monde entier. Donc, il y a un effort à faire pour affirmer le caractère international de l'Université avec tout ce que cela comporte en termes d'adaptations.»

Faire cela à l'international n'empêchera pas l'UQAM de continuer à s'engager dans son milieu, dit le candidat. «C'est l'interaction avec le milieu qui permet à l'UQAM de se redéfinir, qui lui permet de rendre des services à des communautés.» Pour Robert Proulx, l'engagement de l'UQAM dans son milieu, cela signifie aussi contribuer au développement régional dans la couronne de Montréal. «Il y a une demande de la part des régions qui sont en croissance et qui veulent développer la culture localement. L'UQAM doit participer à ce développement, en installant des activités de formation et de recherche (et quand je parle de recherche, je parle aussi de création) dans les régions. Cela doit se faire en intégrant les activités de l'Université avec celles des cégeps et peut-être aussi en association avec d'autres universités pour assurer le meilleur développement de ces communautés.»

L'académique au centre

À l'interne, Robert Proulx souhaiterait adapter la structure organisationnelle de l'UQAM pour que le Vice-rectorat à la vie académique devienne le pôle central de la direction. «Les autres Vice-rectorats agiraient en soutien aux activités qui seraient d'abord et avant tout décidées par les instances académiques normales, de façon démocratique. C'est un changement que je voudrais mettre en œuvre le plus rapidement possible.»

Le recteur étant en lien direct avec la Fondation, Robert Proulx est d'avis qu'un effort devrait être consenti pour se rapprocher des diplômés. «Ces gens-là deviennent des acteurs sociaux, dit-il. Il ne faut pas les perdre de vue. Il faut s'en rapprocher, de façon à permettre le développement de nouveaux partenariats.»

Autonomie universitaire et financement

On ne sait pas encore quel sera l'agenda du Sommet sur les universités ni à quel moment il se tiendra, note Robert Proulx, «mais on sait qu'il aura lieu et s'il y a un endroit où l'on peut défendre et valoriser la mission universitaire, c'est bien dans ce type de rencontre où la question de l'université est posée.» Selon le candidat, l'UQAM devra défendre deux choses fondamentales lors de ce sommet : l'autonomie universitaire et le financement des universités. «L'université doit conserver son autonomie en ce sens qu'elle doit avoir la capacité d'accomplir sa mission dans un contexte de liberté académique. Ses experts doivent pouvoir réfléchir à ce qu'il faut développer comme savoirs sans être influencés par toutes sortes d'intérêts corporatistes. Il est important que cela soit réaffirmé clairement de façon qu'il n'y ait pas méprise sur le rôle de l'université.»

Sur la question du financement, Robert Proulx souligne que le budget de l'UQAM dépend de deux choses: le budget global dévolu à l'enseignement universitaire, d'une part, et, d'autre part, la grille de financement  qui dicte la façon de partager ce budget entre les différents établissements. «On comprendra que nous devons intervenir sur les deux plans, dit le candidat. Il y a tout un travail à faire avec la CREPUQ et les autres universités pour nous assurer que le partage des montants globaux soit équitable pour l'ensemble des établissements.» Demander une révision de la grille de financement des universités n'est pas rien, convient le candidat, mais le Sommet est une occasion de le faire.

Quant au budget global des universités, «il faut que le gouvernement se rende compte qu'il a besoin de ses universités, dit Robert Proulx. Il faut que l'éducation devienne une priorité nationale et cela doit se traduire par un financement adéquat, de façon à éviter que les établissements soient constamment en compétition les uns avec les autres et cherchent à s'arracher des morceaux.»

Printemps étudiant

Le candidat trouve malheureux que la question des droits de scolarité ait mené à une remise en question de la nécessité d'améliorer le financement des universités québécoises. Selon lui, ces questions devraient être traitées séparément. «Une société peut décider que l'éducation est une nécessité, comme la santé, et qu'il faut mettre en œuvre les moyens pour que tous y aient accès, dit-il. C'est un projet social qu'il faut défendre.»

Loin d'être critique à l'égard du printemps étudiant, Robert Proulx affirme se réjouir d'avoir vu les étudiants se joindre à d'autres mouvements sociaux pour «réclamer qu'on s'occupe des gens ordinaires.» Selon lui, «l'expression de mécontentement face à l'évolution sociale qu'on connaît est une bonne chose parce qu'elle prouve que la relève est là et qu'elle tient à prendre sa place.»

Plan stratégique

En ce qui concerne la poursuite des objectifs du Plan stratégique 2009-2014, Robert Proulx croit qu'il faudra en faire une évaluation. «Nous allons regarder où cela nous a menés et nous nous demanderons ce que nous ferons à partir de là, dit-il. Un plan stratégique est un exercice qui doit être adapté en cours de route, c'est un processus dynamique.» Selon lui, il en va autrement du Plan de retour à l'équilibre budgétaire. «Ce plan est une entente formelle, signée entre l'Université et le gouvernement. Nous nous sommes engagés à faire certaines choses, en échange de quoi nous obtenions des provisions pour pouvoir développer l'Université. Cela étant dit, si la situation change, rien ne nous empêche de nous entendre avec le gouvernement pour modifier le plan. Mais nous devrons toujours respecter nos engagements, il en va de notre crédibilité.»

Tourner la page

Le plus grand défi de Robert Proulx? «Pour toutes sortes de raisons, l'UQAM s'est retrouvée dans des situations difficiles au cours des dernières années et mon plus grand souhait, c'est que l'on tourne la page définitivement. Le défi sera de miser sur le plan que je propose et de travailler ensemble, en mode coopératif, pour mettre l'académique de l'avant et enfin prendre la place qui nous revient. Nous avons un passé glorieux – nous avons bâti à partir de rien une université complète –, il faut tabler sur nos réalisations et sur notre héritage pour montrer au monde entier qui nous sommes et ce que nous pouvons faire.»

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Source : Journal L'UQAM, 22 octobre 2012

Catégorie : Direction

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