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Jean-Paul Castaigne

Angiochem à la conquête du cerveau


La barrière hémato-encéphalique bloque la plupart des molécules et des médicaments, y compris les traitements de chimiothérapie. Photo: Ben Brahim Mohammed

Par Claude Gauvreau

En septembre dernier, FierceBiotech, une publication américaine reconnue internationalement et diffusée auprès de 100 000 professionnels du monde biotechnologique et pharmaceutique, a classé la société Angiochem parmi les 15 compagnies privées de biotechnologie les plus prometteuses au monde. «Angiochem se distingue par ses recherches sur des médicaments capables de traverser la barrière hémato-encéphalique afin de traiter des maladies du cerveau, ce qui n'est possible que pour une minorité de traitements existants», souligne son président, le Dr Jean-Paul Castaigne.

Angiochem a été fondée en 2003 par l'UQAM et Gestion Valeo, une société visant la valorisation et le transfert des résultats de la recherche universitaire  par le développement d'outils et de produits pouvant être commercialisés. Ce sont les recherches dirigées par Richard Béliveau, professeur au Département de chimie et titulaire de la Chaire en prévention et traitement du cancer, qui ont conduit à la création d'Angiochem, dont les laboratoires sont logés au pavillon des Sciences biologiques de l'UQAM.  

Découvrir le «foulard rouge»

«L'équipe de Richard Béliveau s'est intéressée à la barrière hémato-encéphalique qui laisse pénétrer ce qui est strictement nécessaire au cerveau – oxygène, sucre, hormones de croissance –, mais bloque farouchement tout ce que les vaisseaux sanguins identifient comme étranger : la plupart des molécules et des médicaments, y compris les traitements de chimiothérapie», rappelle le président d'Angiochem.

Pourquoi les hormones de croissance peuvent-elles pénétrer le cerveau? On sait que des récepteurs présents dans les vaisseaux repèrent, grâce à un signal, l'hormone qui circule dans le sang, la captent et la transportent dans le cerveau. «Les chercheurs de l'UQAM ont analysé un récepteur et découvert quel était le signal chimique que devait porter une molécule pour être reconnue par le récepteur, activer celui-ci et ainsi franchir la barrière hémato-encéphalique, explique Jean-Paul Castaigne. Ce signal se compare à un foulard rouge qu'une personne porterait pour être reconnue par quelqu'un qu'elle ne connaît pas et avec qui elle a rendez-vous. L'étape suivante consistait à incorporer le signal, baptisé Angiopep, à une molécule.»

Depuis, Angiochem a développé des technologies permettant de créer des molécules qui, porteuses du foulard rouge, pourront traverser la fameuse barrière afin de traiter des maladies du cerveau comme les tumeurs cérébrales, l'Alzheimer et la maladie de Parkinson.

À l'automne 2007, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a autorisé le démarrage d'études cliniques sur une molécule conjuguant l'Angiopep et le Taxol, un anticancéreux puissant. Puis, à la fin de 2010, une entente de plus 35 millions de dollars a été conclue avec la compagnie américaine Geron, accordant à cette dernière une licence permettant la commercialisation d'un futur médicament pour traiter des patients atteints de métastases au cerveau, provenant de cancers du poumon ou du sein.

De nouveaux domaines de recherche

Le processus conduisant aux études cliniques et à la commercialisation d'un médicament est particulièrement long. D'abord, il faut compter un an pour soumettre un dossier afin d'avoir l'autorisation d'entreprendre des études cliniques visant à mesurer la toxicité potentielle du médicament, la dose maximale tolérée et à établir les indices d'efficacité. Ces études, qui se déroulent en trois phases, s'étalent sur une période de sept ans environ. Une fois qu'elles sont complétées et validées, il faut attendre une autre année avant que le médicament ne soit sur le marché. «Le conjugué Angiopep-Taxol, le produit le plus avancé d'Angiochem, fait présentement l'objet d'une étude clinique de phase 2 et Geron a annoncé qu'elle en publierait des résultats en décembre prochain», précise le dirigeant d'Angiochem.

La société a développé deux autres domaines de recherche concernant la création d'enzymes pour le traitement de maladies génétiques rares et la modification d'anticorps monoclonaux dirigés contre des antigènes portés par les cellules tumorales.  En mars dernier, elle a signé une entente de plus de 300 millions de dollars avec la pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK). Selon cet accord, Angiochem utilisera sa technologie brevetée pour créer des enzymes de remplacement combinés à Angiopep, afin de restaurer les fonctions enzymatiques du système nerveux central. GSK, pour sa part, assumera la responsabilité du développement et de la commercialisation du produit issu de la recherche. «Grâce à notre plateforme technologique, nous nous attendons à ce que des protéines thérapeutiques comme les enzymes ou les anticorps monoclonaux, présentement exclus du cerveau, puissent désormais être utilisés pour traiter différents types de maladies», dit Jean-Paul Castaigne.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 5 (31 octobre 2012)

Catégories : Sciences, Santé, Recherche et création

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 31 octobre 2012