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Pour une industrie minière performante et responsable


Par Claude Gauvreau

«Le secteur minier compte plus de 1 000 entreprises au Canada anglais, contre seulement 80 au Québec. Si nous voulons que le Québec maîtrise son propre développement, en particulier dans le domaine des ressources naturelles, nous devons former plus d'entrepreneurs», lance Michel Jébrak, professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère.

Ce géologue de formation est l'un des deux titulaires de la Chaire UQAT-UQAM en entrepreneuriat minier, l'autre étant Suzanne Durand, de l'Unité d'enseignement et de recherche en sciences de la gestion de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Créée en novembre 2011, grâce à l'appui de la Conférence régionale des élus de l'Abitibi-Témiscamingue et à des subventions de 750 000 dollars sur cinq ans du gouvernement du Québec, la Chaire entend contribuer à accroître la participation québécoise dans l'industrie minière. Comment? En favorisant la création et la réussite d'entreprises dans le respect des communautés et de l'environnement.

Les travaux de recherche de la Chaire, financés à 80 % par des fonds publics, portent notamment sur l'évaluation des projets, les modèles d'affaires et de gouvernance les plus performants, les indicateurs de risque en matière d'environnement et le passage des entreprises d'exploration à la phase de mise en valeur, puis à celles de l'exploitation et, éventuellement, d'une première transformation.  

Former des entrepreneurs

La Chaire a créé cette année un programme de MBA spécialisé en gestion appliquée à l'industrie minérale et un microprogramme de deuxième cycle dans le même domaine, «une première dans le monde francophone», souligne le professeur. Offerts  présentement à l'UQAT, ces programmes proposent des cours sur l'économie et la géopolitique des ressources minérales, ainsi que sur les processus de développement de projets miniers et l'économie de l'environnement en contexte minier. L'objectif est de permettre à des diplômés du baccalauréat et à des professionnels du milieu d'améliorer leurs connaissances et habiletés de gestionnaires dans un contexte de globalisation des marchés et dans une perspective de développement durable.

Les géologues ont besoin de recevoir la formation la plus complète possible, affirme Michel Jébrak. «Ces derniers étaient formés auparavant pour casser des cailloux. Maintenant, on leur demande d'avoir une vision du développement local et international. Cela dit, l'expertise québécoise est de plus en plus reconnue internationalement. Le directeur d'exploration chez Barrick, une entreprise canadienne classée numéro un mondial dans l'extraction de l'or, est originaire de Verdun.»

Une industrie à hauts risques

La Chaire veut participer à l'amélioration des pratiques au sein des entreprises minières et les aider à développer de bonnes relations avec tous leurs partenaires. «Auparavant, quand une entreprise minière souhaitait s'installer dans une région, elle établissait le dialogue avec l'État parce que celui-ci représentait la population, rappelle le chercheur. Aujourd'hui, les modes de gestion et de gouvernance sont plus décentralisés et les municipalités, ainsi que les communautés locales, considèrent qu'elles ont un droit de regard.»   

Le Québec constitue un immense territoire regorgeant de richesses minières qui, en grande partie, restent à découvrir. «Trouver un gisement minier, c'est comme découvrir un nouveau médicament, on réussit une fois sur 100», observe Michel Jébrak. L'industrie minière est en effet une industrie à hauts risques, non seulement sur le plan géologique, mais aussi environnemental et social. Une étude de l'UQAT sur les changements survenus dans la ville de Malartic à la suite de l'implantation d'une mine à ciel ouvert révèle que 60 % des répondants avaient une vision positive du projet, tandis que 40 % considéraient que la qualité de l'environnement s'était dégradée. «Je suis certain qu'une partie de la population souffre du bruit et de la poussière, mais aussi que d'autres citoyens sont heureux d'avoir un bon niveau de vie grâce aux retombées de l'exploitation minière. Concilier développement économique, protection de l'environnement et respect des communautés locales n'est jamais simple, note le professeur. La génération d'entrepreneurs et de géologues québécois nés depuis les années 1970 est sensible à ces préoccupations.»

Connaître l'industrie

Michel Jébrak  a toujours maintenu des liens étroits avec l'industrie de l'exploitation minière. Il a contribué notamment au développement de deux structures de collaboration université-industrie au Québec, soit le Consortium de recherche en exploration minérale, en 2000, et le réseau Divex de recherche géoscientifique, en 2002. Aujourd'hui, des représentants d'entreprises minières siègent au comité de direction de la Chaire. «Les universités ne sont pas extérieures à la société, laquelle se compose, entre autres, d'entreprises, dit le géologue. Les gens que nous formons à la Chaire sont appelés à évoluer dans l'industrie et ils ont intérêt à bien la connaître pour en améliorer les pratiques.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 5 (31 octobre 2012)

Catégories : Sciences, Développement durable, Recherche et création, Professeurs

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