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La biomécanique du lanceur handicapé


Par Pierre-Etienne Caza

«Auparavant, les études biomécaniques appliquées à l'univers sportif se concentraient spontanément sur les athlètes valides. Il est bien plus intéressant d'étudier les athlètes ayant un handicap, car les interactions entre l'environnement et les équipements sont beaucoup plus critiques pour eux», souligne Laurent Frossard. Le professeur du Département de kinanthropologie sait de quoi il parle. Embauché à l'UQAM en 2010, il a passé les dix années précédentes au sein de l'équipe australienne d'athlétisme, à travailler avec les athlètes handicapés participant à des compétitions de lancer (poids, javelot et disque). Ses travaux de recherche, réunis au sein du projet PARASHOT – pour «paralympique» et shotput, lancer du poids en anglais – lui ont permis d'explorer l'univers biomécanique des athlètes et d'aider du même coup le sport dans l'établissement de ses règles et critères de classification.

C'est à titre de chercheur postdoctoral à la Queensland University of Technology, basée à Brisbane, en Australie, que Laurent Frossard a amorcé ce projet dans la foulée  des Jeux de Sydney. Il existe deux catégories de lanceurs parmi les athlètes ayant un handicap, précise le chercheur. La première est celle des lanceurs ambulants – avec ou sans prothèses – qui effectuent le lancer en position debout. La seconde, qui l'intéresse, est celle des lanceurs en fauteuils. Certains, atteints de lésions cérébrales, démarrent le mouvement assis et terminent le lancer debout. D’autres, avec des fonctions plus réduites – les paraplégiques ou les doubles amputés, par exemple – lancent uniquement assis.

«Je me suis intéressé au lancer, car j'ai réalisé qu'on manquait d'informations scientifiques pour prendre des décisions importantes pour le sport.» Un exemple ? La hauteur maximale du siège pour les athlètes qui participent au lancer du poids est fixée à 75 centimètres : «Les officiels se sont mis debout en position de lancer et ont évalué que la hauteur moyenne des genoux était de 75 cm. Ce n'est pas très scientifique !»

Son travail avec le projet PARASHOT a consisté à recueillir des données cinématiques dans les laboratoires (avec des capteurs et un système tridimensionnel d'images), pendant les entraînements et, surtout, pendant les compétitions. En association avec le Comité paralympique international (IPC), il a filmé tous les événements associés aux lancers – Jeux paralympiques et championnats du monde – depuis les Jeux de Sydney, en 2000, jusqu'au Jeux de Pékin, en 2008. Sa base de données, la plus importante du genre à ce jour, inclut plus de 300 événements, 1 200 participations d’athlètes et 15 000 lancers.

Les retombées

Les premiers à bénéficier des recherches de Laurent Frossard, qui ont donné lieu à plusieurs articles publiés dans la revue Prosthetics and Orthotics International, sont les entraîneurs et les athlètes. «Il est possible de prédire la performance grâce à la vitesse, à la hauteur et à l'angle d'éjection du poids, du javelot ou du disque, explique-t-il. Dans une catégorie donnée, les athlètes qui visent une médaille d'or peuvent donc savoir exactement les objectifs à atteindre pour y parvenir et prévoir leur plan d'entraînement en conséquence.»

Ses travaux servent aussi au Comité paralympique international pour l'établissement des catégories et la classification des athlètes. «Il faut être vigilant, dit-il. On a déjà vu des athlètes se présenter aux séances de classifications en fauteuil et ensuite marcher dans le village olympique !» Les mesures d’amplitude des mouvements et de la force de chaque articulation en cause durant les compétitions internationales empêchent les athlètes de tricher sur leur véritable potentiel. «Nombreux sont ceux qui tentent de tirer avantage de capacités amoindries pour être classés dans une catégorie qui leur sera plus favorable», affirme le chercheur sans détour.

Les données du professeur Frossard apportent une valeur ajoutée au cours de biomécanique offert dans le cadre du baccalauréat d'intervention en activité physique, profil kinésiologie. «Il est toujours plus intéressant pour les étudiants de travailler avec des données réelles», note le chercheur.

Dans des articles à paraître prochainement, Laurent Frossard se penche sur la conception des fauteuils des lanceurs. Actuellement, chaque athlète fait construire son fauteuil selon ses besoins, précise-t-il, et l'apporte lors des compétitions. «Or, l'IPC jongle avec l'idée d'un fauteuil universel, mais cela pose le problème des multiples accommodements qu’il faudra permettre pour ajuster les cale-pieds et le siège à chaque individu.» Le projet PARASHOT a permis de créer un fauteuil dont la configuration est ajustable. Ce fauteuil a été utilisé à Athènes par Hamish MacDonald, médaillé d'argent dans la catégorie F34. «Aux Jeux de Londres, l'été dernier, il y avait trois ou quatre athlètes qui avaient des fauteuils ajustables», note fièrement Laurent Frossard.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 6 (12 novembre 2012)

Catégories : Sciences, Santé, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 12 novembre 2012