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Pierre Barrette
Photo: Nathalie St-Pierre

Téléréalité : la quête de l'authenticité


Les participants de l’émission Occupation double, édition 2012. Photo: Productions J

Par Claude Gauvreau

«La téléréalité attire de très gros auditoires, composés en grande partie de jeunes, notamment au Québec où les émissions Occupation Double et Star Académie, par exemple, sont des vedettes incontestées de la programmation des chaînes privées. Le succès surprise d'Un souper presque parfait a même contribué à faire de la chaîne V un joueur à part entière dans le paysage de la télévision généraliste», souligne Pierre Barrette, professeur à l'École des médias.

Souvent décriée pour son côté vulgaire et racoleur ou, plus rarement, vantée pour la démocratisation de l’espace télévisuel qu’elle consacre, la téléréalité est encore accueillie avec cynisme, sinon avec dédain,  par une majorité de commentateurs. «La téléréalité constitue  l'un des symptômes des mutations qu'a subies la télévision traditionnelle au cours des deux dernières décennies», affirme le professeur.

Membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), Pierre Barrette, dont l'approche relève de la socio-sémiotique, est l'un des rares spécialistes de la télévision. «Un chercheur qui s'intéresse au divertissement télévisuel, cela est suspect, remarque-t-il. Dans certains milieux, on se vantera bien plus souvent de ne jamais regarder la télévision, que de ne pas aller au théâtre ou de ne pas lire de romans.»

La téléréalité a pris son envol vers la fin des années 90 grâce au succès d'émissions comme Big Brother et Loft Story, qui mettaient en scène des groupes de personnes enfermées et filmées 24 heures sur 24, rappelle le professeur, qui a présenté une communication sur ce phénomène au dernier congrès de l'ACFAS. «Depuis, le tournage en direct est presque disparu des émissions de téléréalité et le dispositif de télésurveillance ne concerne plus qu’un petit nombre d'entre elles. Aujourd'hui, la téléréalité ne renvoie, formellement, à aucun genre précis et offre plutôt une constellation d'émissions aux formats très différents les uns des autres.»

Des avantages économiques

Selon Pierre Barrette, il est important de comprendre le contexte précis dans lequel a émergé le phénomène de la téléréalité : accroissement des possibilités de transmission et de l'offre de produits et de services; concurrence grandissante pour des revenus publicitaires avec l’arrivée d’Internet; déclin des chaînes généralistes au profit des chaînes spécialisées. «On a aussi observé de nouveaux comportements chez les téléspectateurs, notamment la migration des jeunes vers Internet et un certain engouement pour l'interactivité», remarque le professeur.

Les émissions de téléréalité sont très populaires auprès des producteurs et des diffuseurs en raison des avantages, notamment économiques, qu'elles leur procurent. «Leurs coûts de production sont peu élevés et elles génèrent des revenus publicitaires intéressants en étant diffusées à des heures de grande écoute, souligne Pierre Barrette. Elles s'adaptent aussi facilement à divers contextes nationaux et font place à l'interactivité en incitant le téléspectateur à juger des performances ou à prendre parti pour des participants, comme c'est le cas pour Star Académie et Occupation double

Voyeurisme ou transparence ?

L'effet téléréalité a contaminé les jeux télévisés et certains aspects de l'information et de la fiction, contribuant ainsi à la métamorphose du paysage télévisuel, soutient le chercheur. «Une série comme Tout sur moi, qui s'inspire de personnages et de faits réels, brouille les frontières entre la réalité et la fiction. On se trouve dans une logique où la réalité est mise en scène pour générer des effets d'identification.»  

Pierre Barrette rejette l'idée, fort répandue, selon laquelle la quête éperdue de célébrité ou le  voyeurisme généralisé suffisent à expliquer le succès de la téléréalité. «Le désir de voir ce qui se passe chez le voisin est un phénomène proprement humain. Évidemment, la multiplication des caméras et la présence d'Internet et des réseaux sociaux ont exacerbé cette curiosité. La téléréalité contient une promesse, celle de l’authenticité et de la transparence. Elle pousse au paroxysme cette prétention, propre à la télévision, d'une adéquation parfaite avec le réel.»

On utilise généralement deux images pour définir la télévision : la fenêtre ouverte sur le monde et le miroir de la société. «La télévision n'existe plus seulement pour rendre compte des événements, note le professeur. Certains événements, surtout ceux à caractère planétaire, existent en fonction de la télévision. Aux Jeux olympiques, par exemple, on a créé de nouvelles disciplines, comme le volley-ball de plage, parce qu'elles étaient télégéniques et donc susceptibles d'attirer des téléspectateurs.»  

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 6 (12 novembre 2012)

Catégories : Communication, Recherche et création, Professeurs

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