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Deux nouvelles professeures au Département de danse


Par Valérie Martin

Figure marquante de la danse contemporaine au Québec, la chorégraphe Danièle Desnoyers est reconnue pour ses œuvres épurées et poétiques au style théâtral. «Mon travail se situe au croisement de la musique, de la danse et des arts visuels», explique celle qui a fondé en 1989 sa propre compagnie de danse, Le carré des lombes, peu de temps après avoir terminé un baccalauréat en danse à l'UQAM.

La musique est très présente dans l'univers de la chorégraphe, qui a fait appel à des artistes comme Clara Furey, la diplômée Manon de Pauw ou Pierre Thibault pour lui créer un éclairage, une musique ou un décor. «Je m'imprègne de musique et de plusieurs formes d'art pour créer», dit-elle.

Durant ses études, la chorégraphe qui a créé Du souffle de sa tourmente, j'ai vu, Play it again! et Duo pour corps et piano fait la rencontre des artistes Daniel Léveillé et Jean-Pierre Perreault, pour qui elle a dansé. Le regretté chorégraphe a été une grande source d'inspiration pour elle. «Il était totalement investi dans son art.» Danièle Desnoyers se rappelle du Département de danse de l'époque comme d'un milieu très vivant. «J'y retrouve aujourd'hui la même effervescence à laquelle je suis ravie de participer de nouveau!»

Le souffle d'une créatrice

La praticienne souhaite partager son expérience avec ses étudiants et leur transmettre le goût de la création. «J'ai pour mandat d'enseigner la création chorégraphique et de continuer à créer», dit-elle.

Les pièces Là où je vis (2008) et Dévorer le ciel (2010) comptent parmi ses plus grandes réalisations. Dévorer le ciel a été montée de nouveau cet automne dans plusieurs salles de spectacle de la région métropolitaine et sera présentée dans une dizaine de villes européennes en mars 2013.

En janvier prochain, Danièle Desnoyers mettra la main à la pâte d’une nouvelle création du Carré des lombes pour neuf danseurs. Le projet, dont la première aura lieu en janvier 2014, est coproduit par le Théâtre national de Chaillot, à Paris, et le Centre national des arts d'Ottawa.

L'interprète réflexive

Formée en danse jazz, classique et contemporaine dans sa France natale, Johanna Bienaise termine présentement un doctorat en études et pratiques des arts, sous la direction des professeures du Département de danse Sylvie Fortin et Nicole Harbonnier Topin. Son sujet de thèse porte sur le travail de l'interprète. «Les danseurs d'aujourd'hui travaillent rarement pour une seule compagnie, observe la chercheuse. Ils sont amenés à changer constamment d'univers chorégraphique, à trouver de nouvelles manières de bouger. Chaque fois, c'est un défi de transformer leur corps.»

Johanna Bienaise s'intéresse plus spécifiquement à la notion d'adaptabilité du danseur à travers la modulation de son organisation gravitaire. «L'un des aspects fondamentaux que le danseur doit maîtriser est le travail du poids. Comment va-t-il bouger dans l'espace en fonction de sa relation avec la gravité? Sa manière de se mouvoir a tout à voir avec l’identité de l’interprète, avec son histoire personnelle, son éducation. Si on vient chaque fois chambouler cette organisation gravitaire, on risque de bousculer la vie personnelle et intime du danseur».

Celle qui se définit d'abord comme une interprète connaît bien son sujet : elle-même a travaillé pendant 10 ans à Montréal sur divers projets. Après s'être installée au Québec, en 2002, elle joint les rangs de la compagnie Flak, fondée par le chorégraphe montréalais José Navas, et participe entre autres à la pièce Adela mi amor. Elle devient membre, de 2006 à 2009, de la maison de production La 2e porte à gauche, où elle prend part à plusieurs créations comme Blind date : un rendez-vous chorégraphique (2007), et 91/2 à Part. (2009) et obtient en parallèle une maîtrise en danse à l'UQAM en 2007. «La 2e porte à gauche m'a donné l'occasion de toucher à plusieurs aspects du métier : j'ai été tour à tour chorégraphe, interprète, conceptrice, organisatrice», dit-elle. C'est d'ailleurs au sein du collectif qu'elle rencontre plusieurs artistes, valsant d'une création à l'autre, qui lui donnent l'idée de faire des recherches plus poussées sur le travail de l'interprète, un domaine émergent.

Sa thèse comporte également un volet création, «afin de tester le côté recherche». Le projet X3 consiste en trois soli : Brenda d’Anne-Marie Pascoli, Dysmorphic Delicious de George Stamos et Waypoints de Kelly Keenan, créés par des chorégraphes aux univers contrastés. «Je l'ai dansé une seule fois en entier et c'était un réel défi», lance-t-elle. Elle compte présenter le projet à Lille, en France, en mars prochain et prévoit sous peu adapter certains éléments de Dysmorphic Delicious pour en faire une autre création, en collaboration avec le musicien et professeur associé Owen Chapman, du Département de communication de l'Université Concordia.

La nouvelle professeure souhaite transmettre à ses étudiants le goût de la réflexion même dans la pratique d'un art aussi «physique» que la danse. «Il est important de développer une culture chorégraphique et de former des interprètes qui ne sont pas de simples exécutants, mais des danseurs capables de réfléchir et d'insuffler une énergie nouvelle à la danse.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 6 (12 novembre 2012)

Catégories : Arts, Recherche et création, Professeurs

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