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Réalisation télé : un fief masculin


Par Claude Gauvreau

Au cours des saisons automne 2010 et hiver 2011, une seule des émissions de télévision à l'antenne de Radio-Canada avait une femme à sa barre. Au réseau TVA, 66 % étaient réalisées par des hommes, tandis qu'une émission sur quatre avait été mise en scène par une ou des femmes à Télé-Québec.

Ces chiffres proviennent de l'étude Les réalisatrices du petit écran, rendue publique le 19 novembre dernier. Entreprise par le comité équité de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), en collaboration avec le Service aux collectivités de l'UQAM, la recherche a été menée par l'étudiante à la maîtrise Anne Migner-Laurin, sous la direction de la professeure Anouk Bélanger, du Département de sociologie.

Après 60 ans de télévision au Québec, les réalisatrices demeurent cantonnées dans certains genres – émissions sur la santé, la famille, la jeunesse et la mode –, alors que la réalisation des fictions et des émissions consacrées aux grands événements plus prestigieux est réservée aux hommes. Ainsi, trois fois plus d'hommes que de femmes réalisent des émissions dans le secteur des variétés et deux fois plus dans celui des dramatiques, souligne l'étude. Les créneaux où les réalisatrices sont reléguées demeurent les moins regardés et les moins payants. Parmi les 48 émissions les plus regardées entre 2007 et 2010, 81 % étaient réalisées par des hommes et aucune par une femme seulement.

Selon Anouk Bélanger, les transformations de l’industrie télévisuelle au cours des dernières années ont eu des impacts importants sur les conditions de travail des réalisatrices. «La prolifération des chaînes et des maisons de production privées, la tyrannie des cotes d'écoute, la précarisation du travail et l'incertitude générée par les compressions budgétaires ont créé un environnement où les décideurs et les employeurs prennent moins des risques et deviennent plus enclins aux biais et aux stéréotypes sexistes. Les conséquences sont claires : on préfère embaucher des personnalités connues, des hommes surtout, et la programmation est moins diversifiée et originale.»

La culture du boys club

Bien que les femmes soient majoritaires dans les programmes de formation universitaire en télé, à l'UQAM y compris, les réalisatrices ont plus de difficultés à faire reconnaître l'expérience accumulée au fil des ans, laquelle témoigne de leur savoir et de leur créativité. «Dans un milieu où prédomine la culture du boys club, les femmes doivent être deux fois meilleures que les hommes et n'ont pas droit à l'erreur», soutient la chercheuse.

Des démarches seront faites par l'ARRQ auprès des diffuseurs, des organismes gouvernementaux en matière culturelle et du Fonds des médias pour que des mesures soient prises afin de réduire les inégalités et d'accroître la présence des réalisatrices au petit écran. «Des formations de base et des programmes de mentorat pourraient être utiles, note Anouk Bélanger. Nous pouvons aussi nous inspirer de la Norvège et de la Finlande où il existe des quotas non coercitifs, favorisant l'embauche d'au moins 40 % de femmes, par exemple.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 7 (26 novembre 2012)

Catégories : Sciences humaines, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 21 novembre 2012