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Magda Fusaro et Vivek Venkatesh
Photo: Université Concordia

Qui est le plus techno?


Photo: Nathalie St-Pierre

Par Pierre-Etienne Caza

Voilà une recherche qui déboulonne quelques idées reçues, c'est le moins qu'on puisse dire à propos de l'Étude sur les modalités d'apprentissages et les technologies de l'information et de la communication dans l'enseignement. Réalisée par l'entremise d'un sous-comité de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), cette étude révèle que ce sont les enseignants – et non les étudiants – qui connaissent et utilisent le plus les technologies de l'information et de la communication (TIC) en milieu universitaire!

Cette étude nous apprend également que les étudiants se soucient très peu des TIC lorsqu'ils ont à évaluer leur perception d'un cours réussi. «Ils préfèrent les défis intellectuels stimulants et les exposés magistraux utilisés à bon escient!», note avec étonnement Magda Fusaro, professeure au Département de management et technologie, qui a piloté cette étude en compagnie de son collègue Vivek Venkatesh, du Département d'éducation de l'Université Concordia. «C'est étonnant et, en même temps, très rassurant, car cela signifie qu'ils aiment apprendre et que nous, les enseignants, avons encore un rôle à jouer», poursuit en riant la chercheuse, titulaire de la Chaire UNESCO-Bell en communication et développement international à l'UQAM.

Ils ont été 15 020 étudiants de premier cycle et 2 640 professeurs et chargés de cours provenant de 12 des 18 universités québécoises à participer (par courriel) à cette étude. «C'est la première fois qu'une recherche aussi importante est réalisée au Québec sur deux populations universitaires – enseignants et étudiants –  et ce, de manière concomitante, souligne fièrement Vivek Venkatesh. C'est aussi la première fois que 12 universités acceptent de travailler avec le même outil de collecte de données.»

Principaux résultats

Sans surprise, l'ordinateur est omniprésent dans l'univers étudiant: 94 % l'utilisent souvent en classe ou hors des heures de classe. De façon plus surprenante, 94 % des enseignants se sont dit moyennement à très compétents en informatique. «Nous n'avions aucun enseignant qui se considérait comme novice», notent avec surprise les deux chercheurs.

Les TIC «usuelles», comme le courriel ou les logiciels de présentation, sont très utilisées, même si les enseignants ne les jugent que passablement efficaces. Les technologies «collaboratives» (wiki, blogue, journal de bord) sont assez peu utilisées, mais elles sont jugées assez efficaces par les enseignants. Enfin, les technologies «spécialisées» (logiciel d'analyse statistique et simulateur) sont les moins utilisées par les enseignants, mais ceux qui y ont recours les jugent très efficaces. «Il faut garder à l'esprit qu'il s'agit d'une étude de perception et non de validation du réel, précise Magda Fusaro. L'efficacité dont il est question n'a pas été corrélée, par exemple, avec la réussite académique. Les répondants ont simplement exprimé leurs opinions sur le sujet.»

Pour leur part, les étudiants sont moins enthousiastes en ce qui concerne les technologies usuelles, qu'ils considèrent moins efficaces que les enseignants. À l'inverse, ils sont plus élogieux en ce qui a trait à l'efficacité des technologies collaboratives et spécialisées. Les chercheurs ont par ailleurs été étonnés de relever que seulement 53 % des étudiants ont une attitude positive ou très positive par rapport à l'utilisation des TIC en milieu universitaire. Peut-être parce que les jeunes sont  déjà tellement habitués aux technologies, avance comme explication Vivek Venkatesh. «Si un prof utilise PowerPoint, est-ce que le niveau de satisfaction des étudiants va augmenter? Non, parce que ça fait dix ans qu'on utilise ce genre de TIC. D'un autre côté, un taux de satisfaction de 53 % pourrait également signifier que certains professeurs ne savent pas bien utiliser les TIC.»

Les enseignants connaissent davantage les applications utilitaires issues d'Internet, comme les outils de planification de rencontre (Doodle), de blogage (Blogger, WordPress) et de conférence Web (Skype). Non seulement les étudiants les utilisent moins, mais ils sont aussi plus nombreux à n'en avoir jamais entendu parler. En revanche, ils sont de plus grands utilisateurs d'applications de partage et d'échange, comme le réseautage social (Facebook) et le partage multimédia (Flickr, YouTube). «Les enseignants n'utilisent peut-être pas les applications préférées des étudiants, mais ils les connaissent, alors que le contraire n'est pas vrai», note Magda Fusaro.

Un indice de référence?

Les chercheurs aimeraient répéter l'étude dans le temps pour observer s'il y a variation dans les pratiques ou les usages des TIC. «Nous sommes en pourparlers pour voir s'il serait possible d'intégrer les cycles supérieurs dans les études ultérieures, ou même le réseau collégial», souligne Magda Fusaro. «Nous aimerions que notre étude devienne un indice de référence au Québec, comme l'est EDUCAUSE aux États-Unis», conclut Vivek Venkatesh.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 8 (7 janvier 2013)

Catégories : Gestion, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 7 janvier 2013