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Marie Larocque
Photo: Nathalie St-Pierre

Eaux souterraines : une ressource méconnue

Invisibles mais essentielles à la survie des écosystèmes, les eaux souterraines du Québec révèlent leurs secrets.


Miryane Ferlatte, étudiante à la maîtrise en sciences de la Terre, prélève un échantillon d'eau dans un milieu humide.

Par Claude Gauvreau

La majeure partie de l'eau douce disponible sur la Terre se trouve sous nos pieds. Ces eaux souterraines constituent des réservoirs d'eau potable indispensables au bien-être des humains. «Parce que les eaux de surface – lac, rivières, fleuves – sont particulièrement abondantes au Québec et au Canada, contrairement à d'autres régions dans le monde, nous avons longtemps négligé la connaissance des eaux souterraines et de leurs richesses», rappelle Marie Larocque, professeure au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère.

Cette hydrogéologue s'intéresse aux modes de circulation de l'eau souterraine et à ses interactions avec les eaux de surface, les milieux humides et l'environnement en général. Elle étudie les processus d'infiltration et d'évaporation de l'eau, les conditions atmosphériques, l'occupation du territoire, les sources de contaminations.

L'eau souterraine est essentielle à l'équilibre des écosystèmes aquatiques. «Comme les eaux souterraines sont un maillon du cycle de l'eau, leur écoulement alimente de façon constante le niveau d'eau des rivières, des lacs et des zones humides, particulièrement lors de sécheresses, explique Marie Larocque. Les poissons et autres espèces dépendent des eaux souterraines pour le maintien de leur habitat et de la qualité de l'eau. Les réserves d'eau souterraine servent aussi à irriguer les cultures, à abreuver le bétail et à alimenter plusieurs industries, en plus de fournir en eau potable la plupart des  municipalités du Québec, à l'exception des grands centres.»

Caractériser les formations géologiques

Vers le milieu des années 90, la Commission géologique du Canada a lancé les premiers projets exploratoires visant à caractériser les eaux souterraines dans certaines régions du Québec. Prenant la relève, le ministère québécois du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) a investi, en 2008, 7,5 millions de dollars dans le cadre du Programme d'acquisition de connaissances sur les eaux souterraines et demandé aux universités de lui soumettre des projets.

Dans la foulée de cette initiative gouvernementale, une équipe de chercheurs dirigée par Marie Larocque a reçu, en 2009, plus de 680 000 dollars du ministère pour réaliser la cartographie hydrogéologique du territoire couvrant la partie basse du bassin versant de la rivière Bécancour et les bassins versants de plusieurs autres rivières. En juin dernier, la professeure obtenait une autre subvention de près d'un million de dollars pour un projet similaire touchant la zone Nicolet de gestion intégrée des ressources en eau et la partie basse de la zone Saint-François du Centre-du-Québec. Les deux projets ont reçu l'appui de nombreux partenaires : conférences régionales des élus, municipalités régionales de comté, organismes régionaux de protection de l'environnement et de gouvernance de l'eau.

Les travaux consistent essentiellement à caractériser les aquifères, soit les formations géologiques constituées de roches, de sable et d'argile qui contiennent les eaux souterraines. «Si nous voulons préserver cette eau, il faut en connaître la quantité disponible, déterminer sa qualité, comprendre comment elle circule et évaluer sa vulnérabilité aux facteurs de stress environnementaux, observe Marie Larocque. En mars prochain, la moitié du territoire québécois, à l'exception du grand Nord, aura été couverte par les études, puis les trois-quarts en 2015.»

Des eaux exposées aux contaminants

Jusqu'à maintenant, les résultats des recherches montrent que les eaux souterraines sont plutôt de bonne qualité, dit la chercheuse. «On sait toutefois qu'elles sont exposées à diverses sources de contamination, notamment les cyanobactéries («algues bleues»), dont la prolifération est favorisée par l'épandage de fertilisants agricoles et de pesticides, le faible taux de précipitation et les températures élevées.»  

L'exploitation des gaz de schiste pourrait-elle affecter les eaux souterraines, comme se demandent plusieurs groupes de citoyens. «Théoriquement, oui, répond Marie Larocque. Mais, on ne connaît pas encore précisément le chemin par lequel les fluides d'hydrofracturation pourraient remonter et affecter les aquifères qui se trouvent à une centaine de mètres environ sous la surface.»   

Co-directrice du Réseau québécois sur les eaux souterraines (RQES) – un regroupement d'experts et de chercheurs de plusieurs universités québécoises, dont l'UQAM, qui cherche à faciliter le transfert des connaissances –, la professeure croit que les données recueillies par les différentes équipes de recherche permettront à long terme de créer une base de données globale pour tout le territoire du Québec. «Le ministère de l'Environnement vise à créer un portail de l'eau qui rendra l'ensemble des données accessibles à tous les intervenants : responsables locaux, industriels, agriculteurs et simples citoyens.»  

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 9 (21 janvier 2013)

Catégories : Sciences, Développement durable, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 21 janvier 2013