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La politique au quotidien

L'existence de comités de citoyens dans les quartiers favorise la démocratie participative.


Par Claude Gauvreau

Amorcés il y a quatre mois, les travaux de la Commission Charbonneau ont permis aux Québécois de prendre conscience de l'existence d'un vaste système de corruption et de collusion qui gangrène, entre autres, la vie politique municipale. Certains observateurs ne sont as sans craindre que ces révélations alimentent le cynisme des citoyens et minent leur confiance dans les institutions et les politiciens. Caroline Patsias, professeure au Département de science politique, ne partage pas cette inquiétude. «La méfiance envers les institutions et les leaders des partis politiques, dont certains semblent avoir perdu le sens du bien commun, n'est pas mauvaise en soi, dit-elle. Ceux qui détiennent un pouvoir ont toujours besoin d'être surveillés.»  

Embauchée en 2010 après avoir obtenu un doctorat en science politique de l'Université Laval et de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, Caroline Patsias s'intéresse à la façon dont la démocratie se construit à la base. «Deux de mes principaux thèmes de recherche concernent la démocratie participative et la manière dont les gens construisent au quotidien un rapport au politique, explique-t-elle. Sans nier l'importance de sa dimension représentative, il reste que la démocratie doit aussi s'exprimer par une large participation des citoyens aux processus de décision.»

Caroline Patsias dirige actuellement une étude financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) qui porte sur le rôle et le fonctionnement de quatre comités de citoyens montréalais. Deux sont situés dans les quartiers défavorisés de Parc extension et de Verdun, et les deux autres dans ceux, plus aisés, de Notre-Dame-de-Grâce et d'Outremont. «Je cherche à comprendre le processus de politisation de ces citoyens, à partir de leurs expériences au sein de leurs communautés.»

Espaces de délibération

Plusieurs démocraties occidentales sont confrontées à un faible taux de participation électorale, en particulier sur la scène municipale, pourtant réputée plus proche des citoyens. Dans certains pays européens, comme la France, des pouvoirs et des compétences ont été décentralisés vers les municipalités, où sont d'ailleurs représentés les partis politiques nationaux. «Au Québec, c'est le contraire, souligne Caroline Patsias. Les municipalités ont moins d'autonomie et sont confinées à offrir des services de proximité. Quant aux partis politiques municipaux, ils ne sont pas soumis aux mêmes exigences de transparence et de probité que leurs grands frères provinciaux, en raison notamment de l'absence d'une opposition citoyenne forte».     

Selon la chercheuse, on oublie trop souvent que plusieurs problèmes économiques, sociaux et politiques – pauvreté, sécurité publique, environnement, intégration des nouveaux arrivants – se posent d'abord à l'échelle urbaine. «C'est pourquoi il importe de créer des espaces de délibération dans les quartiers.» Diverses études révèlent que plus de 500 villes dans le monde, dont Toronto et Guelph, ont mis en place un dispositif participatif permettant aux citoyens de discuter d'enjeux locaux. «De 2006 à 2009, Montréal a connu, dans l'arrondissement du Plateau Mont-Royal, une seule expérience intéressante de  budget participatif – un  mécanisme de démocratie municipale apparu d'abord au Brésil», rappelle Caroline Patsias.

Améliorer le vivre ensemble

Les comités de citoyens auxquels s'intéresse la professeure ne sont pas des groupes militants, ni des groupes d’intérêts. «Les citoyens qui s'y trouvent ne poursuivent pas un objectif particulier, dit-elle. Ils nouent des liens de sociabilité et cherchent à influencer certaines politiques publiques, notamment en matière d'accessibilité aux services et équipements publics, de transport en commun, de logements sociaux et de fiscalité. Ces préoccupations témoignent de leur volonté d’oeuvrer à plus long terme à l'amélioration du vivre ensemble.»

Caroline Patsias mènera dans chacun des comités une «enquête qualitative», basée sur des entrevues semi-dirigées et sur  l'observation participante. Elle participera avec ses assistants à certaines activités des comités et assistera à leurs réunions. Les entrevues permettront, entre autres, de déterminer le profil sociologique des membres des comités et de comprendre leur conception du politique en cernant les raisons de leur engagement et les valeurs qui s'y rattachent. «Je m'intéresserai en particulier aux liens entre les demandes locales et la défense d'un projet de société plus global, ainsi qu'à la relation de confiance à l'égard des institutions politiques.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 10 (4 février 2013)

Catégories : Politique et droit, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 4 février 2013