UQAM - Université du Québec à Montréal
Entrevues
UQAM › Entrevues › Urbanisation futuriste
Micro

Photo: Nathalie St-Pierre

Urbanisation futuriste

L'exposition Infra-Eco-Logi-Urbanisme, présentée au Centre de design, réunit les derniers progrès en matière de recherche en urbanisme de l’agence d'architecture expérimentale RVTR.


Photo: Nathalie St-Pierre

Par Benjamin Tanguay

Merveille architecturale du monde contemporain, l'immeuble de 32 étages siège tranquillement au milieu de la rivière Détroit. Le gratte-ciel situé à la frontière entre le Canada et les États-Unis loge en son sein le Centre pour la gouvernance des Grands Lacs, un organisme où sont débattus les enjeux importants d'une région gigantesque s'étendant de Montréal à Minneapolis. Le pont sur lequel repose cette construction permet le passage de différents types de véhicules sur plusieurs étages. Surréaliste? «C'est un geste poétique», répond Geoffrey Thün, un des membres fondateurs du groupe RVTR, qui présente jusqu'au 14 avril au Centre de design de l'UQAM l'exposition Infra-Eco-Logi-Urbanisme.

Un demi-sourire aux lèvres, l'architecte qui enseigne à l'Université du Michigan, à l'Université de Waterloo, à l'Université Ryerson et à l'Université Dalhousie  admet volontiers que ce Centre pour la gouvernance des Grands Lacs, «un détail architectural» dans une exposition d'urbanisme, risque de ne jamais voir le jour. Peu importe, là n'est pas le but de l'exercice. Pour le collectif RVTR, cette exposition est l'occasion d'amorcer une réflexion à propos de la «mégarégion» des Grands Lacs (MGL) – un territoire englobant les villes de Chicago, Détroit, Toronto, Montréal, Buffalo, Toledo, Pittsburgh, Cincinnati, Milwaukee, Columbus, Indianapolis et St-Louis. «Nous croyons que la "mégarégion" est l'unité de développement la plus importante dans les processus d'urbanisation contemporains, lance Geoffrey Thün, mais encore très peu de réflexion se fait sur la façon dont l'environnement urbain est façonné à cette échelle. C'est un concept qui commence tout juste à émerger.»

Fruit d'une recherche de plus de trois ans menée par RVTR, qui est à la fois une société d'architecture et un cabinet spécialisé en recherche universitaire possédant des bureaux à Toronto et à Ann Arbor, au Michigan, le point de départ de cette exposition est une question toute simple : quel sera le futur de l'urbanisation dans la MGL alors que le monde se dirige vers une ère d'énergies renouvelables?

Interdépendance

Une grande partie de l'exposition est consacrée à l'exploration des interconnexions entre les villes de la MLG. Ces interdépendances sont affichées sur plusieurs cartes présentant chacune un enjeu différent. Mobilité, culture, technologie, énergie potentielle et exploitée, échanges marchands, agriculture ou écologie, peu d'aspects échappent à ce recensement des liens entre les villes de la MGL. «Même si chaque ville a sa propre identité, elles font tout de même partie d'une toile d'activités inter-reliées», note Geoffrey Thün.

L'analyse de ces interdépendances révèle, par exemple, que le réseau routier au sud de l'Ontario voit quotidiennement transiter 25 % du commerce bilatéral entre le Canada et les États-Unis. L'autoroute 401 dans la province est la plus chargée en Amérique du Nord, avec des embouteillages qui constituent une perte annuelle de PNB avoisinant les 5 milliards. On constate aussi que la MLG contient un énorme potentiel d'énergie éolienne. Quelque 320 gigawatts, soit 25 % des besoins énergétiques annuels aux États-Unis, pourraient être générés par des éoliennes plantées dans les Grands Lacs.

Intervention

La proposition du groupe RVTR prend acte de ces interdépendances et a pour point de départ la restructuration de l'ADN du réseau autoroutier. «Dans un monde sans carbone, quand on vise plus d'efficacité, une idée qui s'impose est de rassembler les services», explique Geoffrey Thün. D’un système primaire, monofonctionnel et monoaccessible, le réseau autoroutier est transformé en un système intelligent comprenant non seulement des voies séparées pour les voitures et les camions, mais aussi des canaux pour transporter l'énergie, l'eau fraîche, les déchets et l'information à haut débit. Ce plan comporte même un train à sustentation magnétique alimenté par des fermes d'éoliennes plantées dans les Grands Lacs. La création  d'une telle infrastructure catalyserait le développement futur de la région.

Quand cette projection d'avenir pourrait-elle se réaliser? Demain matin, répond du tac au tac Geoffrey Thün. «La technologie est disponible, souligne-t-il. C'est la volonté d'agir collectivement en tant que mégarégion qui n'est qu'un rêve.» Il espère tout de même que l'exposition permettra de susciter une discussion à propos de notre futur dans la mégarégion.

Séparateur

Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 11 (18 février 2013)

Catégorie : Recherche et création

Séparateur

Flèche Haut

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 18 février 2013