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Jean-François Gagnon
Photo: Nathalie St-Pierre

Sommeil pathologique

Jean-François Gagnon étudie les liens entre les troubles du sommeil et certaines maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy.


Par Claude Gauvreau

Le sommeil a beau occuper le tiers de notre vie, il demeure un monde obscur et difficile à étudier. Jean-François Gagnon, professeur au Département de psychologie, est l'un des rares chercheurs au Canada à analyser les troubles du sommeil. «Née il y a environ quarante ans, la médecine du sommeil suscite de plus en plus d'intérêt, dit-il. Grâce à elle, nous savons maintenant que les perturbations du sommeil, de plus en plus fréquentes avec l'âge, affectent différentes parties de notre organisme, comme les systèmes neurologique et cardiovasculaire.»

Embauché en 2010 après ses études de doctorat en neuropsychologie à l'UQAM, Jean-François Gagnon est rattaché au Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, le seul centre de recherches dans ce domaine au pays.  Ses travaux, financés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ), portent sur les liens entre les troubles du sommeil et certaines maladies neurodégénératives.

Parler, crier, donner des coups…

Le chercheur s'intéresse notamment au trouble du comportement en sommeil paradoxal. La plupart des rêves, notamment ceux les plus chargés d'images et d'émotions, surviennent tardivement au cours de la nuit, pendant la phase du sommeil paradoxal. Le cerveau est alors plus actif, la respiration et le rythme cardiaque augmentent et les muscles se relâchent. «Les personnes souffrant du trouble du comportement en sommeil paradoxal ont des comportements moteurs inhabituels et fréquents, explique Jean-François Gagnon. Elles parlent, crient, s'assoient, sautent du lit et donnent des coups.» Risquant de blesser leur conjoint, ou de se blesser elles-mêmes, ces personnes vont chercher de l'aide à la clinique du sommeil de l'hôpital du Sacré-Cœur.

Le trouble du comportement en sommeil paradoxal est considéré par les spécialistes du sommeil comme un facteur de risque pour le développement de la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy. Cette dernière est la forme de démence la plus répandue chez les personnes âgées, après la maladie d'Alzheimer. Progressant rapidement, elle se manifeste par des hallucinations visuelles répétées et par un déclin progressif de la mémoire et de l'attention.

Les troubles du sommeil se répartissent en deux grandes catégories : les parasomnies, qui incluent le trouble du comportement en sommeil paradoxal, et les dysommnies (insomnie, hypersomnie, narcolepsie), qui affectent la quantité et la qualité du sommeil. «Le trouble du comportement en sommeil paradoxal touche principalement des hommes âgés entre 40 et 60 ans. Certains d'entre eux risquent de développer la maladie de Parkinson ou la démence à corps de Lewy après cinq ans, d'autres, plus nombreux, après 10 ans, d'autres encore, après 15 ou 20 ans», observe le professeur, qui est aussi membre de Neuroqam, un centre de recherche basé à l'UQAM regroupant des chercheurs universitaires et des milieux hospitaliers spécialisés en neurosciences.

«On observe dans certaines régions du cerveau de ces patients, particulièrement actives pendant le sommeil paradoxal, la présence de lésions vasculaires ou de petites tumeurs qui entraînent la perte de neurones, note le chercheur. La mort neuronale progressive observée chez les gens atteints de la maladie de Parkinson ou de la démence à corps de Lewy s'amorce également dans ces mêmes zones du cerveau. C'est pourquoi le trouble du comportement en sommeil paradoxal est considéré comme un signe précurseur de maladie neurodégénérative.»

Repérer les patients à risque

Jean-François Gagnon cherche à identifier des marqueurs permettant de repérer les patients les plus à risque de développer une maladie neurodégénérative. «Il s'agit de signes, souvent précoces, d'une dégénérescence neuronale : troubles cognitifs de l'attention et de la concentration, troubles olfactifs, atteintes du métabolisme du cerveau et du système nerveux.» Outre les examens neurologique et neuropsychologique, le chercheur utilise différents outils tels que l'enregistrement du sommeil en laboratoire, l'électroencéphalographie et autres techniques d'imagerie cérébrale. «Si on veut freiner ou stopper la progression de la maladie de Parkinson et de la démence à corps de Lewy par des traitements de neuroprotection, les patients souffrant du trouble du comportement en sommeil paradoxal présentent un grand intérêt, même s'ils ne manifestent pas encore des signes cliniques de maladie neurodégénérative», souligne Jean-François Gagnon.   

Jusqu'à maintenant, peu de chercheurs se sont intéressés aux troubles du sommeil.  «Comme nous sommes peu nombreux, les connaissances évoluent plus lentement, bien que des progrès aient été accomplis au cours des dix dernières années, remarque le neuropsychologue. Il est donc important que les différents groupes de chercheurs – 15 à 20 équipes dans le monde – partagent leur expertise.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 11 (18 février 2013)

Catégories : Sciences humaines, Santé, Recherche et création, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 18 février 2013