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Delphine Vuattoux
Photo: Nathalie St-Pierre 

Réussite: une question de vocabulaire

Un programme d'enseignement du vocabulaire a été testé avec succès auprès d'enfants d'âge préscolaire en milieux défavorisés.


Par Claude Gauvreau

Des études ont démontré que les adultes qui peinent à lire, soit près de 50 % des Québécois, présentaient pour la plupart des lacunes à la maternelle ou durant la première année du primaire. «Les enfants issus de milieux défavorisés, par exemple, disposent d'un vocabulaire plus limité que les enfants de milieux plus aisés. Cet écart les prédispose aux difficultés d'apprentissage en lecture et réduit leurs chances de réussite scolaire», souligne Delphine Vuattoux, doctorante en psychologie, qui a participé à l'élaboration d'un programme d'enseignement du vocabulaire pour les enfants d'âge préscolaire. Intitulé Les aventures de Mimi et ses amis, ce programme a été testé avec succès auprès de 220 enfants, âgés de 4 ans, dans 22 Centres de la petite enfance (CPE) situés en milieux défavorisés à Montréal et dans les Cantons de l'Est.

Les résultats de l'expérience ont été publiés dans la réputée revue américaine Prevention Science. Les signataires de l'article sont Delphine Vuattoux ainsi que les professeurs Éric Dion et Christa Japel, du Département d'éducation et formation spécialisées, et Véronique Dupéré, de l'Université de Montréal. «L'objectif du programme est de faire en sorte que les enfants possèdent un vocabulaire plus étendu au moment d'entrer à l'école, explique la doctorante. Jusqu'à maintenant, les chercheurs ont consacré beaucoup de temps à documenter les difficultés d'apprentissage des enfants. Aujourd'hui, nous sommes à l'étape de comprendre quand et comment intervenir pour faire de la prévention.»

Le projet a germé à la suite de la publication, en 2005, d'une vaste étude sur la qualité des services de garde au Québec. L'étude démontrait que la qualité des activités éducatives, notamment en matière de stimulation du langage, laissait à désirer. «Les dimensions socio-affectives et psychomotrices sont importantes, mais il ne faut pas négliger pour autant le développement du langage, lequel nécessite des interventions ciblées et systématiques, en particulier auprès des enfants de milieux défavorisés», observe Éric Dion.

Programme clés en main

Les chercheurs ont d'abord constitué un corpus de mots utiles pour l'amélioration du vocabulaire – noms, verbes, adjectifs, adverbes – après avoir consulté des éducatrices dans des CPE et des enseignantes du primaire. Puis, ils ont rédigé 30 histoires racontant les aventures de Mimi l'abeille. «Il s'agit d'un programme clés en main, note Delphine Vuattoux. Les éducatrices disposaient d'un guide pédagogique contenant le plan détaillé d'intervention en groupe et les définitions des mots.» Quatre fois par semaine, durant 20 minutes, les éducatrices regroupaient les enfants et leur demandaient d'être attentifs à trois mots magiques pendant la lecture de l'histoire. Dès qu'un mot magique apparaissait, l'éducatrice donnait sa définition et les enfants devaient la répéter en pointant l'illustration correspondant au mot. Chaque histoire était suivie d'exercices visant le rappel, la discrimination et la généralisation des nouveaux mots, «une stratégie permettant aux enfants de mieux les mémoriser et d'en comprendre le sens», dit la doctorante.

Pour évaluer l'efficacité du programme, les chercheurs se sont basés sur un schème expérimental rigoureux  «Nous avons d'abord recruté au hasard des éducatrices pour participer à l'étude, puis les enfants ont été répartis entre un groupe contrôle et un groupe intervention», précise Éric Dion.

Un effet boeuf

Deux conclusions se dégagent de l'étude. «Par rapport aux enfants du groupe contrôle, ceux du groupe intervention ont fait en général des progrès plus marqués sur le plan du vocabulaire, souligne Delphine Vuattoux. Nous avons aussi constaté un effet bœuf dans les groupes où le programme a été implanté de façon systématique, tandis que les progrès ont été plus modestes dans ceux où l'implantation a été partielle, soit le quart des groupes. Malgré la formation reçue par les éducatrices avant l'application du programme, certaines d'entre elles étaient probablement moins sensibilisées à l'importance de leur rôle dans la stimulation du langage des enfants.»

Pour Éric Dion, un programme éducatif comme Mimi et ses amis constitue une nouveauté dans les services de garde. «Dans la culture des CPE, les éducatrices sont avant tout des animatrices et le développement des enfants repose essentiellement sur les activités ludiques et récréatives.  Évidemment, un CPE n'est pas une petite école, mais nous croyons que les éducatrices doivent jouer un rôle plus actif  dans le processus d'apprentissage des enfants, notamment en organisant des activités éducatives structurées qui soient en même temps distrayantes pour les enfants.»

Le professeur croit que Mimi et ses amis est appelé à connaître une large diffusion. «Afin de favoriser la réussite scolaire et prévenir le décrochage, le gouvernement Marois a annoncé son intention d'ouvrir un grand nombre de classes de maternelle à temps plein pour les enfants de 4 ans. Notre programme s'inscrit dans la même perspective.» 

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 15 (15 avril 2013)

Catégories : Éducation, Recherche et création, Étudiants, Professeurs

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