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La musique adoucit la fin de vie

Le musicien Matthieu Léveillé, boursier BMP Innovation du FRQSC et doctorant en études et pratiques des arts, a fait d'une unité de soins palliatifs son lieu de pratique artistique.


Matthieu Léveillé et une patiente.
Photo: courtoisie.

Par Valérie Martin

Chaque jour, Matthieu Léveillé (B.A. musique, 2008) fait sa tournée des chambres en poussant son chariot. Il n'a ni stéthoscope au cou ni dossiers médicaux en main, mais pour seuls outils sa guitare et ses partitions. Matthieu Léveillé n'est pas un musicien comme les autres. Depuis 2011, il joue pour les malades de l'unité de soins palliatifs de l'Hôpital de Verdun. «J'ai été embauché au sein d'une équipe composée entre autres de médecins, d'infirmières et de psychologues, raconte le lauréat 2000 du Festival international de la chanson de Granby. L'objectif est de rendre le séjour des patients en fin de vie plus humain.» Il avait de l'expérience dans le domaine puisqu'il avait déjà donné des concerts dans des maisons de soins palliatifs. «Le docteur Robert Marchand, chef du service des soins palliatifs, et Nicole Beaulieu, p.-d.g. de la Fondation de l'hôpital, m'ont proposé de joindre leur équipe après avoir vu mon spectacle offert dans le cadre d'une conférence sur le cancer.»

Au fil des journées passées au chevet des malades, le musicien a développé sa propre méthode de travail afin de mieux répondre aux besoins de la clientèle. «Comme je participe aux réunions de l'équipe de soins, je dispose d'une foule de renseignements sur les patients qui m'aident à me préparer. Je peux ainsi privilégier une approche différente en fonction de la maladie ou des problèmes de chacun, explique-t-il. L'approche n'est pas la même selon que l'on joue pour une personne souffrant d'un cancer ou celle souffrant de problèmes cognitifs. Il faut aussi savoir s'adapter aux conditions du patient et à ses réactions.»

Matthieu Léveillé ne se définit pas comme un musicothérapeute pour autant. «Je suis un performeur, un artiste, qui évolue dans le milieu de la santé, précise-t-il. J'ai toutefois une certaine responsabilité envers les patients. Si l'un d'eux est déprimé, je peux, par exemple, le référer rapidement à un spécialiste de mon équipe.» La rencontre avec le musicien commence bien souvent par une liste de chansons proposée par le patient, précise celui qui possède une formation en guitare classique et dont le vaste répertoire va du pop au jazz en passant par le country. «C'est lui qui décide de la durée et de la fréquence des rencontres. La vedette du spectacle, c'est lui, pas moi!»

Selon le musicien, il n'existe pas de projets similaires dans les hôpitaux de la province. «On retrouve des musiciens qui visitent les hôpitaux sur une base ponctuelle, mais, à ma connaissance, il n'y a pas d'autres musiciens intégrés à une équipe de soins.» D'où l'idée de documenter sa pratique et d'en faire le sujet d'une thèse dans le cadre de ses études doctorales en études et pratiques des arts amorcées à l'automne 2012. «Il y a toute une stratégie et une réflexion derrière chaque rencontre musicale avec un patient, explique le récipiendaire d'une prestigieuse bourse de troisième cycle BMP en innovation du Fonds de recherche du Québec - Société et culture (FRQSC), d'une valeur de 27 000$ par année pendant trois ans. J'ai pour objectif de décrire entre autres mon approche et ma méthode d'intervention. Je vais aussi tenter de mieux comprendre les éléments qui font le succès d'une telle approche ainsi que les retombées pour les patients. J'espère que mon témoignage pourra inspirer d'autres musiciens ou aider des équipes cliniques à tenter l'expérience.»

Matthieu Léveillé se dit privilégié de vivre de tels moments avec «ses» patients. «Il se passe toujours quelque chose. La musique a des répercussions sur les patients, mais aussi sur les familles et sur le personnel. Certains patients sont même décédés au son de leur musique préférée», confie-t-il.

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 29 juillet 2013