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Nathalie Bigras.
Photo: Nathalie St-Pierre.

Développement des enfants: tout se joue entre 18 et 24 mois!


Photo: istock.

Par Claude Gauvreau

Professeure au Département d'éducation et pédagogie, Nathalie Bigras est une pionnière de la recherche sur l'éducation à la petite enfance au Québec. À l'oeuvre dans ce domaine depuis 20 ans, elle a obtenu dernièrement une subvention du Conseil canadien sur l'apprentissage (CCA) pour effectuer une recherche auprès de 150 enfants, provenant de l'Île de Montréal et de la Montérégie, âgés de 0 à 3 ans, qui fréquentent des Centres de la petite enfance (CPE) en installation ou en milieu familial, ou qui demeurent à la maison avec l'un de leurs parents.

Cette étude s'inscrit dans la foulée d'une autre recherche amorcée en 2004, le projet Jeune enfant et son milieu de vie (JEMVIE), qui vise à comprendre le développement cognitif, moteur et socio-affectif des enfants ayant fréquenté ou non un service de garde depuis leur première année de vie. «Nous voulons examiner comment les caractéristiques sociodémographiques des familles à moyen et faible revenu atténuent l'effet de la fréquentation d'un service de garde sur le développement de l'enfant, et identifier les composantes de la qualité des services qui sont associées au  développement, explique Mme Bigras. Notre approche est originale parce qu'elle tient compte à la fois de l'environnement familial et de la qualité des milieux de garde, et parce qu'elle suit l'évolution des enfants sur une longue période.»

Importance de l'environnement familial

Entre 1997 et 2007, le Québec est la province canadienne qui a connu la plus forte croissance en matière de services de garde éducatifs, alors que le nombre de places disponibles est passé de 82 300 à plus de 200 000. Selon la chercheuse, les effets de la fréquentation de tels services sur le développement des enfants, notamment sur les plans moteur et socioaffectif, demeurent relativement peu connus au Québec et au Canada.

«Plusieurs études tendent à démontrer l'importance de la qualité de l'environnement familial dans le développement de l'enfant, en particulier pour ceux qui ne fréquentent pas un service de garde», souligne Mme Bigras. Selon les premiers résultats de sa recherche, le développement cognitif de tous les enfants de l'échantillon tend à augmenter entre 10 et 15 mois, puis à baisser entre 15 et 18 mois. Celui-ci augmente à nouveau entre 18 et 24 mois, sauf pour les enfants ne fréquentant pas un service de garde, dont la performance continue de chuter. Selon la littérature scientifique, ajoute la chercheuse, les enfants dans les CPE en installation présenteraient généralement un meilleur développement cognitif, alors que les enfants à la maison ont le niveau de développement le plus faible. Par contre, on ne constate aucune différence significative au chapitre du développement moteur, quel que soit l'environnement.

La qualité du service de garde : un facteur de protection

Une autre recherche à laquelle a participé Nathalie Bigras, et dont l'article a paru en 2008 dans la revue Psychoéducation, confirme que plus les familles cumulent des facteurs de risque - pauvreté, faible scolarité des parents, monoparentalité - moins elles ont tendance à utiliser un service de garde. Résultat, le développement cognitif des enfants en souffre. «On sait que le développement des enfants issus de milieux défavorisés est affecté positivement ou négativement selon que le service de garde est de bonne ou de mauvaise qualité, tandis que cette même variable a moins d'effet lorsque l'enfant provient d'un milieu privilégié. Un meilleur accès à des services de qualité peut atténuer certains effets des facteurs de risque et ainsi constituer un facteur de protection pour le développement», souligne la professeure.

Nathalie Bigras et son équipe, dont fait partie Liesette Brunson du Département de psychologie, poursuivront l'étude longitudinale pour vérifier si les différences observées entre les groupes se maintiennent dans le temps et analyseront les raisons pour lesquelles les parents choisissent un service de garde plutôt qu'un autre. Les résultats des recherches doivent servir les besoins des milieux de pratique, dit Mme Bigras. C'est pourquoi elle travaille en étroite collaboration avec des organismes comme l'Association québécoise des CPE, le Regroupement des CPE de l'Île de Montréal et de la Montérégie, et le Centre 1,2,3 GO!

L'étude n'est pas terminée, mais Nathalie Bigras peut déjà faire quelques recommandations : investir dans la qualité des services de garde, particulièrement ceux en milieu familial, augmenter l'accès aux services pour les familles qui le désirent, et s'assurer que les familles qui ne les utilisent pas reçoivent du soutien.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 4 (14 octobre 2008)

Catégories : Éducation, Professeurs

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