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Prévenir la détresse autochtone


Alex Cheezo, assistant de recherche pour le projet Wasena / Waseya, à Kwekogoni, près de la communauté du Lac Simon. Photo: Arlène Laliberté.

Par Marie-Claude Bourdon

Trente histoires de jeunes adultes autochtones qui ont mis fin à leurs jours, recueillies par une chercheuse d'origine algonquine, Arlène Laliberté, dans le cadre de ses recherches de doctorat, ont servi à monter le dossier de ce projet important, financé depuis 2006 par les Instituts de recherche en santé du Canada. Coordonné par Michel Tousignant, professeur au Département de psychologie, ce projet intitulé Wasena / Waseya («lumière après la tempête») vise la prévention du suicide, cette plaie à vif qui gruge les forces vives des communautés autochtones, où le taux de suicide des jeunes de 15 à 24 ans est cinq fois plus élevé que la moyenne nationale.

«Le thème central de ce projet est la famille, dit Michel Tousignant. On veut identifier les forces et les faiblesses des familles autochtones contemporaines, autant dans les villages que dans les centres urbains. Notre but est de construire peu à peu des stratégies de prévention du suicide à travers l'amélioration de la vie sociale dans les communautés autochtones.»

Ce projet d'équipe, qui met à contribution les professeurs Gilles Bibeau, du Département d'anthropologie de l'Université de Montréal, Louise Bujold, du Département des sciences infirmières de l'Université Laval, et Liesette Brunson, du Département de psychologie de l'UQAM, comporte trois volets. Dans le cadre du premier volet, on a adapté aux spécificités de la communauté attikamek un programme inspiré de l'art thérapie et de la philosophie pour enfants, utilisé auprès d'enfants réfugiés qui ont vécu des traumatismes de guerre. «Le programme utilise des mythes traditionnels, qui sont insérés dans des ateliers de discussion avec les enfants», explique Michel Tousignant.

Le deuxième volet de la recherche est axé sur les défis de la famille autochtone contemporaine. Des entrevues qualitatives sont menées à Montréal, mais aussi dans les petites villes à proximité des communautés, Joliette, La Tuque et Val d'Or, ainsi que dans le village autochtone du Lac Simon, situé à 35 kilomètres de Val d'Or. «Quand on dit famille, on parle généralement de la relation mère-enfants avec ceux qui l'entourent, que ce soit un père, un autre compagnon de la mère ou des grands-parents», précise le chercheur.

La déstructuration de la famille nucléaire traditionnelle n'est pas propre aux communautés autochtones. Ce qui les distingue, par contre, c'est le phénomène des très jeunes mamans. «Chez les autochtones, plus de 20 % des enfants naissent de mères adolescentes», indique Michel Tousignant. Un phénomène qui tend à se reproduire, encouragé, d'une certaine façon, par des parents jeunes, qui deviennent vite grands-parents. «C'est comme si les grands-parents se disaient qu'ils allaient réparer quelque chose, note le professeur. Leurs petits-enfants deviennent le sens de leur vie.»

La thèse de Nibisha Sioui, une étudiante au doctorat en psychologie d'origine huronne, portera spécifiquement sur les mécanismes de résilience dans les communautés. «Contribuer à la formation de jeunes chercheurs autochtones fait aussi partie de nos missions», mentionne Michel Tousignant.

Le troisième volet du programme vise une compréhension plus large, plus «écologique», de la famille autochtone. Son objectif est de dresser un portrait des familles du Lac Simon à partir de plusieurs sources de renseignements, entre autres les données des services sociaux, de la police et de l'école. «Un des dossiers chauds, en ce moment, concerne le placement des enfants, particulièrement en milieu non autochtone, dit Michel Tousignant. Certains se demandent si nous ne sommes pas en train de répéter l'erreur des pensionnats avec tous ces enfants qui sont retirés de leurs familles.»

L'épisode des pensionnats a sapé l'autorité traditionnelle des parents, rappelle le chercheur. «Une des volontés des autorités de l'époque était d'en finir avec la culture autochtone et, jusqu'à un certain point, elles ont réussi. Le problème, c'est qu'elles ont laissé un vide terrible. Tout est à reconstruire, y compris l'autorité parentale.»

Le programme de recherche qu'il coordonne va s'échelonner sur cinq ans. «Les problèmes sociaux sont aigus dans les communautés autochtones, il y a beaucoup de suicides. Mais il y a aussi de l'espoir. Il y a de la vie. Le taux de naissances est très élevé.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 5 (27 octobre 2008)

Catégories : Sciences humaines, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 27 octobre 2008