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Antoine Ouellette
Photo: François L. Delagrave

Un drôle d'oiseau


Par Pierre-Etienne Caza

Saviez-vous que les quatre premières notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven reproduisent le chant du bruant jaune? Beethoven lui-même aurait révélé à des proches avoir entendu ce chant dans les parcs de Vienne. «Tous ceux qui discernent dans ces quatre notes le lourd présage du destin ont donc tout faux», dit en riant Antoine Ouellette (Ph.D. études et pratiques des arts, 06), qui s'intéresse depuis plusieurs années à la parenté entre la musique des humains et les chants d'oiseaux.

Chargé de cours au Département de musique, Antoine Ouellette est un passionné d'ornithologie et de botanique qui a d'abord obtenu un baccalauréat en biologie avant d'entreprendre des études musicales. «Mon sujet de doctorat m'a donné l'occasion de faire la jonction entre la musique et la biologie», raconte-t-il. Au début de l'année 2008, l'éditeur Triptyque a publié Le chant des oyseaulx, l'adaptation grand public de sa thèse. Unique en son genre, cet ouvrage qui relève de l'ornithologie, de l'écologie, de la musicologie et de la création musicale nous mène de l'étude des caractéristiques des chants d'oiseaux à leurs liens dans l'histoire avec la musique humaine.

«Les oiseaux ne chantent pas instinctivement, ils apprennent à chanter de leurs parents», explique Antoine Ouellette, qui n'hésite pas à tracer un parallèle entre la communication humaine et les chants d'oiseaux. La grive des bois ou le cardinal rouge, par exemple, chantent pour affirmer leur présence sur un territoire donné, tandis que les chants d'amour du roselin familier et du bruant des neiges s'apparentent à nos chansons d'amour. Certaines espèces, comme le goglu des prés et le pic mineur, possèdent même leur «version» de Siffler en travaillant!

À la fin de son livre, le musicologue s'interroge : si les oiseaux font de la musique, font-ils de l'art? «Certains de leurs chants, comme les chants d'aurore, ne semblent pas motivés par un besoin utilitaire», explique-t-il. Ces chants libres, qui paraissent spontanés, seraient-ils l'expression d'une émotion esthétique? «Cette question ouvre la discussion sur la notion de culture chez les animaux, une idée qui aurait été balayée du revers de la main il y a quelques années à peine, lorsque j'étudiais en biologie, mais qui est aujourd'hui prise au sérieux par plusieurs scientifiques», affirme Antoine Ouellette.

Le chant des oyseaulx recense quelque 120 pièces du répertoire occidental inspirées des oiseaux ou contenant des motifs de leurs chants, parmi lesquelles le Treizième concerto pour orgue et orchestre de Haendel, La flûte enchantée de Mozart, Les quatre saisons de Vivaldi, le Sacre du printemps de Stravinski et même deux pièces du jazzman Charlie Parker (dont le surnom était Bird!) «La transcription des chants d'oiseaux en notation musicale est un exercice difficile, car ils échappent à toute pulsation, explique Antoine Ouellette. Il est très rare qu'une espèce d'oiseau chante en mesure... sauf dans les films d'animation, où l'effet est comique.»

Directeur d'un choeur de chant grégorien d'une vingtaine de personnes dans le quartier Petite-Patrie, à Montréal, M. Ouellette compose depuis l'âge de 12 ans. Il a écrit à ce jour plus de 40 oeuvres pour instrument solo, musique de chambre ou orchestre. Ses dernières créations ont été inspirées de la musique du sud de l'Inde et de la danse Bharatta Natyam, qu'il pratique depuis deux ans. «J'aime les musiques sans rythme pulsé, comme les chants d'oiseaux, le chant grégorien et les musiques orientales, car elles me rapprochent du chaos de la nature.»

Sa thèse de doctorat comportait la création d'une pièce symphonique reproduisant les chants de onze espèces d'oiseaux du Québec! «L'un des membres de mon jury avait affirmé que certains passages de ma pièce n'étaient pas jouables», se rappelle-t-il, fier d'avoir assisté, l'été dernier, à la première interprétation intégrale de sa Joie des grives, au Festival de Lanaudière.

Conférencier invité dans les clubs d'ornithologie, mais aussi dans les camps de jour, Antoine Ouellette constate que son sujet de prédilection fait mouche à tout coup. «J'ai adoré mon expérience auprès des jeunes, auxquels j'apprends à reconnaître les chants d'oiseaux, dit-il. Partout, le sujet intéresse ou intrigue les gens, qui n'hésitent pas à partager leurs observations avec moi.» Voilà un chercheur qui a su faire son nid!

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Source : Magazine Inter-, Automne 2008 - Volume 06 - Numéro 02

Catégories : Arts, Diplômés

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 20 novembre 2008