
Marie-Ève Major
Photo: Nathalie St-Pierre

Marie-Ève Major, croquée lors d'une compétition de demi-ironman, à Magog, en juillet 2007. Photo: Roger Denicourt.
Passion, détermination, persévérance et discipline. Ces mots ne sont guère surprenants dans la bouche d’une athlète comme Marie-Ève Major, qui participe à des compétitions de demi-ironman, un triathlon où elle nage d’abord pendant deux kilomètres, parcourt ensuite 90 kilomètres à vélo et couronne le tout par 21 kilomètres de course à pied, la plupart du temps en terrain montagneux! «Ce sont des mots qui s’appliquent autant au sport que je pratique qu’à mes études», précise cependant l’étudiante en ergonomie, qui voit poindre le fil d’arrivée de son doctorat, puisqu’elle termine cette année la rédaction de sa thèse.
Diplômée de la maîtrise en kinanthropologie, Marie-Ève Major est inscrite au doctorat en biologie, sous la direction de la professeure Nicole Vézina. Sa thèse porte sur les troubles musculo-squelettiques chez des travailleuses d’usines de transformation du crabe. L’une de ces usines est située sur la Côte-Nord, l’autre à Terre-Neuve.
Au cours des quatre dernières années, Marie-Ève s’est rendue chaque année aux deux endroits durant la saison de la pêche, pour une période d’un mois. «Mon échantillon compte huit travailleuses dans les deux usines, explique-t-elle, emballée par l’aspect pratique de ses recherches. Je devais être sur place pour comprendre leur travail et documenter ma recherche, avant d’élaborer des recommandations en partenariat avec les gens du milieu.»
On imagine sans peine les problèmes liés au travail à la chaîne de l’industrie de transformation du crabe. Empaquetage, pesage, cuisson et emballage provoquent des maux qui affectent surtout les membres supérieurs (épaules, cou, coudes, poignets), mais aussi le dos et les jambes, car le travail s’effectue debout, dans une posture statique et souvent dans le froid.
La problématique relève aussi de la nature saisonnière de l’emploi, un aspect peu documenté par les chercheurs et auquel l’étudiante s’est intéressée. «Les travailleuses doivent accumuler un nombre d’heures précis pour être éligibles à l’assurance-emploi, sans quoi elles n’ont pas de revenus le reste de l’année, explique Marie-Ève. Certaines travaillent plus de 90 heures par semaine, car elles souhaitent économiser pour que leurs enfants puissent étudier.»
Les stratégies développées pour poursuivre le travail malgré la douleur – par exemple la compensation par une autre partie du corps, qui est néfaste, ou l’entraide entre les travailleuses, qui est bénéfique – ont également fait l’objet d’une analyse de la part de la doctorante. «Lorsqu’elles se blessent, ces femmes ne sont pas portées à consulter un médecin, souligne la jeune chercheuse. Et si elles le font et que le problème est reconnu par la CSST, elles refusent de cesser le travail et de toucher des indemnités, car leurs heures non travaillées ne comptent pas dans le calcul de l’assurance-emploi. Elles demeurent donc au travail même blessées, ce qui a des répercussions sur leur état de santé, bien sûr, mais également sur la chaîne de production.»
En plus de ses visites annuelles, Marie-Ève a effectué un suivi téléphonique durant la saison morte, afin d’évaluer si la période de repos permet aux travailleuses de récupérer. «Le but de mon intervention était d’œuvrer de concert avec les employés, le syndicat et l’employeur afin de proposer des changements pour améliorer les conditions de travail, précise-t-elle. Au-delà de la recherche, ce fut une aventure humaine émouvante.»
En parallèle avec ses études, Marie-Ève participe chaque année à deux compétitions de demi-ironman, en plus de deux marathons, au printemps et à l’automne. L’été prochain, elle s’attaquera pour la première fois à un ironman, soit le double des distances auxquelles elle est habituée. Cette compétition aura lieu à Lake Placid, dans l’État de New York.
Sans surprise, l’entraînement occupe beaucoup de place dans sa vie, entre 15 et 25 heures par semaine, et ce, peu importe la saison. «Été ou hiver, je vais nager le matin et courir dehors, même dans la neige, dit-elle. C’est un style de vie et je ne pourrais plus m’en passer. L’entraînement aide à structurer ma pensée et les meilleures idées pour mes articles de doctorat surgissent souvent pendant que je cours ou que je nage.»
«C’est un défi de concilier l’entraînement pour trois sports, mais il y a un avantage, explique-t-elle. Si je développe des maux à cause de la course à pied, par exemple, je peux me rabattre sur l’une des deux autres disciplines pour varier les structures sollicitées.» L’ergonomie n’est jamais très loin...
Boursière de l'Institut Santé et société (ISS), de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité au travail et des Instituts de recherche en santé du Canada (pour un diplôme de 3e cycle en prévention des incapacités au travail qu'elle complète simultanément à l'Université de Sherbrooke!), Marie-Ève est également impliquée à titre de représentante étudiante à l'ISS, de même qu'au Comité permanent des affaires étudiantes du Fonds de recherche en santé du Québec. Cet emploi du temps chargé ne l'empêche pas de voir parents, amis et de partager du bon temps avec son amoureux. Son secret? «Mon conjoint participe aussi à des compétitions d'ironman, confie-t-elle. Nous partageons la même passion et nous nous entraînons ensemble. Sans oublier le soutien de ma famille et de mes amis, qui est précieux.»
Marie-Ève ne sait pas ce qui l'attend l'an prochain, une fois son doctorat obtenu. «Tous les aspects de l'ergonomie m'intéressent, dit-elle. La recherche, la formation en entreprise, l'enseignement universitaire. Ce qui est certain, c'est que je veux conserver un pied sur le terrain.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 7 (24 novembre 2008)
Catégories : Éducation, Sciences, Sports, Étudiants
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