
Alain Steve Comtois
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Photo: Shutterstock / Morgan Lane
«À une époque pas si lointaine, l’exercice physique était proscrit chez les personnes atteintes de cancer, car on croyait que cela nuisait à leur santé en accélérant la prolifération des métastases, explique le professeur Alain Steve Comtois, du Département de kinanthropologie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et l’ouverture du Centre d’entraînement et de mieux-être Ville Marie dédié aux femmes atteintes d’un cancer du sein s’inscrit dans cette optique.»
Ce nouveau centre, inauguré le 19 novembre dernier, est situé au coin des rues Sherbrooke et Guy, dans l’édifice abritant le Centre médical Ville Marie (spécialisé dans le diagnostic et le traitement du cancer du sein), lequel finance l’initiative. Il est chapeauté par trois universités montréalaises : McGill, Concordia et l’UQAM. «Il s’agit d’un endroit où les femmes peuvent échanger avec des professionnels à propos de leur condition physique et des impacts du diagnostic et de la maladie dans leur vie», explique le professeur Comtois.
Le Centre d’entraînement et de mieux-être possède les équipements de base – ergocycles, tapis roulants, poids libres, etc. – mais il ne s’agit pas d’un centre de conditionnement, précise le chercheur. «Nous offrons d’évaluer la condition physique des patientes et de mettre sur pied un programme d’exercices personnalisé, qu’elles peuvent ensuite effectuer à la maison, explique-t-il. Nous assurons ensuite un suivi, car si les exercices ne sont pas effectués correctement, il n’y pas de progrès, le découragement s’installe et les risques d’abandon augmentent.»
L’intervention des spécialistes du conditionnement physique peut avoir lieu dès l’obtention du diagnostic pour les femmes qui le souhaitent, souligne M. Comtois. «Les exercices visent les membres supérieurs, afin de leur redonner force, mobilité et endurance musculaire, dit-il. Nous proposons aussi des exercices pour tenter de surmonter la fatigue inhérente aux traitements de chimiothérapie. Les exercices peuvent également être profitables aux femmes qui développent un lymphoedème, une complication qui survient à la suite de la biopsie.»
Une demande de subvention de recherche a été déposée auprès de la Fondation québécoise du cancer du sein pour le suivi d’un groupe de patientes qui décideront de suivre, durant une année, un programme de conditionnement physique, souligne le chercheur. Cette recherche reprendra la grille d’évaluation du seuil de la douleur dans les membres supérieurs mise au point par David Jones, thérapeute sportif à l’Université Concordia, qui a effectué sa maîtrise à l’UQAM sous la direction d’Alain Steve Comtois et qui a participé activement à la mise sur pied du nouveau Centre d’entraînement et de mieux-être. «David collabore avec le Centre médical Ville Marie depuis le début des années 1990, dit-il. Il a développé une vidéo d’exercices pour les femmes ayant subi une intervention chirurgicale liée au cancer du sein. Il a voulu poursuivre ses recherches dans le cadre de sa maîtrise, qu’il a complétée l’an dernier.»
L’équipe du nouveau centre compte une dizaine de spécialistes, parmi lesquels la professeure Catherine Sabiston, de l’Université McGill, qui s’est intéressée aux courses de bateaux-dragons auxquelles participent depuis quelques années des survivantes du cancer du sein. Selon l’une de ses études, menée dans le cadre de son doctorat à l’Université de la Colombie-Britannique et publiée en 2007 dans la revue Journal of Sport & Exercise Psychology, «les personnes qui ont survécu à un cancer du sein et qui ont participé à des courses en bateaux-dragons déclarent connaître un meilleur état de santé physique et mentale et avoir mieux surmonté le traumatisme de la maladie.»
L’exercice physique permet à coup sûr d’améliorer l’estime de soi, qui constitue un atout pour demeurer positif à travers l’épreuve que représente un cancer, ajoute Alain Steve Comtois. Le professeur espère que des étudiants seront intéressés à développer des projets de recherche en lien avec le nouveau Centre d’entraînement et de mieux-être. «Ce n’est pas facile d’effectuer des recherches dans un domaine où la maladie est parfois fatale, admet-il, mais nous pouvons améliorer la qualité de vie de plusieurs femmes. C’est ce qui nous motive.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 7 (24 novembre 2008)
Catégories : Éducation, Professeurs
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