
Jonathan Michaud-Lévesque.
Photo: Nathalie St-Pierre.
Quand un patient cancéreux reçoit une chimiothérapie, les médicaments qu’on lui injecte ont pour but de causer le plus de dommages possible aux cellules cancéreuses en multiplication rapide. Malheureusement, toutes les cellules qui se trouvent en processus de division rapide sont atteintes, y compris les cellules normales, ce qui explique les effets secondaires sévères de la chimio. Pour éviter ce problème, une nouvelle approche dans le traitement du cancer vise plutôt à couper l’approvisionnement sanguin des cellules cancéreuses. C’est dans ce domaine de recherche prometteur que s’inscrit la découverte du biochimiste Jonathan Michaud-Lévesque sur le rôle de la mélanotransferrine.
«Nous avons découvert que la mélanotransferrine joue un rôle dans la croissance des tumeurs et qu’il est possible de contrecarrer son action procancéreuse», déclare le jeune chercheur. Jonathan Michaud-Lévesque a fait cette découverte dans le cadre de son doctorat en biochimie mené sous la supervision du professeur Richard Béliveau, titulaire de la Chaire en prévention et traitement du cancer. Ses travaux ont conduit directement à l’élaboration d’un brevet scientifique en collaboration avec Valeo, l’organisme de valorisation des résultats de recherche auquel l’UQAM est associée.
«La mélanotransferrine est une protéine impliquée dans la vascularisation des tumeurs, c’est-à-dire dans la formation des nouveaux vaisseaux sanguins qui permettent à la cellule de se nourrir, d’obtenir de l’oxygène et de rejeter ses déchets, explique le biochimiste. C’est par ce processus de vascularisation, qu’on appelle l’angiogenèse, que la tumeur peut grossir.» Les données du chercheur sont les premières dans la littérature scientifique à établir un lien entre la mélanostransferrine et l’angiogenèse.
La mélanotransferrine est présente à la surface de la majorité des cellules, mais en très faible quantité. Elle est exprimée en beaucoup plus forte quantité par les cellules cancéreuses, contribuant ainsi à la croissance des tumeurs. «Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques qui pourraient cibler l’action procancéreuse de la mélanotransferrine», mentionne le chercheur.
En plus de cette percée, les travaux de Jonathan Michaud-Lévesque ont montré qu’une forme tronquée de la protéine – la mélanotransferrine soluble – permet de contrecarrer l’action angiogénique de la mélanotransferrine présente à la surface des cellules. Ces résultats signifient que l’administration de mélanotransferrine soluble pourrait contribuer de façon significative au traitement du cancer.
Les travaux de Jonathan Michaud-Lévesque ont également contribué à une autre demande de brevet par des chercheurs du laboratoire de Richard Béliveau. En effet, une technique qu’il a mise au point pour mesurer l’angiogenèse in vivo a été utilisée dans le cadre d’un projet de recherche portant sur la résistance aux médicaments qui a également donné lieu à l’enregistrement d’un brevet.
Avant même d’avoir soutenu sa thèse, en 2007, Jonathan Michaud-Lévesque avait déjà signé des articles dans des revues scientifiques de haut calibre, telles que Carcinogenesis et Experimental Cell Research. Il a participé à plusieurs colloques scientifiques et obtenu de nombreux prix, dont le Prix de la meilleure thèse dans la catégorie Sciences de la santé au concours 2008 des Prix d’excellence de l’Académie des Grands Montréalais. Il a également reçu la Médaille académique de la Gouverneure générale du Canada, l’une des plus prestigieuses distinctions offertes aux étudiants canadiens. Celle-ci lui a été remise le 1er décembre dernier, lors d’une cérémonie tenue à l’UQAM.
Chercheur post-doctoral à l’Université McGill, sous la direction de Stéphane Richard, du Département d’oncologie et de médecine de l’Institut Lady Davis pour la recherche médicale, Jonathan Michaud-Lévesque poursuit aujourd’hui ses recherches sur le cancer dans une autre direction. Ses travaux actuels portent sur les mécanismes régulant la transformation des cellules normales en cellules cancéreuses, et plus précisément sur les mécanismes de réparation de l’ADN. «On sait que certains cancers, comme le cancer de la peau, peuvent être causés par une accumulation de dommages à l’ADN, explique le chercheur. Ce qui m’intéresse dans ce projet, c’est de comprendre pourquoi certains dommages sont reconnus et réparés par la cellule, alors que d’autres sont irréparables ou mal réparés, ce qui accélère la série d’événements menant au cancer.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 8 (8 décembre 2008)
Catégories : Sciences, Diplômés
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