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Jean-Marc Bourassa
Photo: Nathalie St-Pierre

Tel père, tel fils


Par Pierre-Etienne Caza

Son père a exercé le même métier que lui pendant une trentaine d'années à l'usine Kruger, à Montréal, et son grand-père aussi, dans une usine de textile à Shawinigan. Sans compter un oncle et trois de ses cousins! «Mon grand-père, décédé à 98 ans, pelletait le charbon dans les chaudières à vapeur. C'était plus forçant que ce que je fais aujourd'hui», note avec un sourire le chef d'équipe des mécaniciens de machines fixes du Complexe des sciences Pierre-Dansereau, Jean-Marc Bourassa. Il est vrai qu'à l'UQAM, le gaz naturel a remplacé le charbon... et qu'il se rend «tout seul» à la chaudière.

«Nous sommes les employés les plus présents à l'UQAM, mais aussi les moins connus», poursuit Jean-Marc. Le travail des mécaniciens de machines fixes est indispensable. Ce sont eux qui veillent à l'entretien des équipements électromécaniques - les systèmes de chauffage et de refroidissement, entre autres - des différents pavillons du campus. Des appareils sous pression qui valent plusieurs millions de dollars, comme les immenses chaudières du pavillon des Sciences biologiques (SB).

Les laboratoires du Complexe des sciences, on s'en doute, requièrent des conditions optimales. Outre le chauffage, la ventilation et l'humidification des lieux, l'équipe de Jean-Marc Bourassa s'occupe des systèmes d'osmose, c'est-à-dire la production de l'eau pure dont on se sert dans les laboratoires, et aussi de la récupération de l'eau grise, l'eau de pluie récupérée et utilisée dans les toilettes du pavillon SB.

Une journée type comprend la vérification des appareils de chauffage (en hiver) et des refroidisseurs (en été), la vérification des principaux systèmes de ventilation, des bassins de neutralisation (le retour d'eau des laboratoires), des systèmes d'osmose, des compresseurs d'air pour les laboratoires, des compresseurs à vide et des génératrices. Cette routine de vérification permet de s'assurer qu'aucun incident fâcheux ne survienne. «Il y a toujours au moins deux mécaniciens de machines fixes à l'UQAM (pour les deux campus), et ce, chaque jour de la semaine, explique-t-il. La Régie du bâtiment du Québec nous y oblige.»

À l'époque de son grand-père, le métier était plus dangereux. «Il n'y avait rien d'automatisé, tout était manuel et cela pouvait exploser à tout moment, dit Jean-Marc, à l'emploi de l'UQAM depuis neuf ans. Aujourd'hui, des règles strictes encadrent le métier et ne le pratique pas qui veut.»

Des préoccupations environnementales

Un tatouage attire l'attention sur son avant-bras droit. L'inscription, en caractères japonais, signifie kyokushinkai, un style de karaté qu'il pratique depuis l'âge de 13 ans et qui est réputé être le plus exigeant physiquement et mentalement. Un petit tour sur Internet permet de visionner certaines démonstrations et certains combats, plutôt violents mais encadrés, eux aussi, par des règles très strictes. «C'est un sport qui développe la discipline, la confiance en soi et qui améliore la capacité de concentration», explique-t-il.

Chef d'équipe depuis deux ans, Jean-Marc a également mené des combats au travail, afin de modifier certaines façons de faire. Son but : que l'UQAM rejette le moins possible de produits nocifs à l'égout. Il a par exemple proposé d'utiliser les surplus inutilisés d'eau osmosée pour alimenter les chaudières à vapeur. C'est une eau plus propre que celle de la ville, précise-t-il, et dont le traitement visant à prévenir la corrosion et les dépôts de minéraux dans les tuyaux nécessite moins de produits chimiques : 250 ml par jour suffisent comparativement à 20 litres auparavant! «C'est bon pour l'environnement et c'est bon pour nous, puisqu'il y a moins de produits chimiques dans l'air que nous respirons, ajoute-t-il. Sans compter des économies de quelques milliers de dollars.»

Il apprécie l'appui de son patron, Yvon Crevier, qui le soutient dans ses projets, comme l'utilisation d'un appareil de traitement par ultrasons pour enlever les bactéries dans les tours d'eau des refroidisseurs, ce qui permet de réduire l'utilisation d'algicides et de biocides dans l'eau. Ou encore l'utilisation de méthanol pour hiverner les systèmes de refroidissement, à la place du glycol, un antigel toxique rejeté à l'égout, qui se vend environ 600 $ le baril, contre 150 $ le baril pour le méthanol. «Les pavillons SB et Président-Kennedy utilisent désormais du méthanol et la procédure sera sans doute étendue aux autres pavillons du Complexe des sciences l'an prochain», conclut-il fièrement.

L'histoire ne dit pas toutefois s'il y aura une autre génération de mécaniciens de machines fixes dans la famille...

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 9 (12 janvier 2009)

Catégories : Sciences, Employés

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 12 janvier 2009