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La fierté à bout de bras


Marilou Dozois-Prévost  a soulevé 76 kg à l'arraché et 90 kg à l'épaulé-jeté lors des Jeux olympiques de Pékin.
Photo: Jung Yeon-Je/AFP/Getty Images

Par Pierre-Etienne Caza

Marilou Dozois-Prévost avait 13 ans la première fois qu'elle a soulevé une barre de 23 kg, sur l'heure du midi, à son école secondaire, après avoir assisté à une démonstration de la championne Maryse Turcotte. «Je n'ai pas choisi l'haltérophilie, c'est elle qui m'a choisie», raconte l'étudiante au baccalauréat en psychologie. Ce véritable coup de foudre a mené l'athlète de 22 ans jusqu'aux Jeux olympiques de Pékin, l'été dernier.

«Quand on débute en haltérophilie, on améliore sa technique à chaque entraînement. On soulève des charges de plus en plus lourdes, on en est fier et on ressent un besoin constant de se dépasser», explique Marilou, qui a participé à son premier championnat du monde junior en 2001, à l'âge de 15 ans. Aux Jeux du Commonwealth, en 2006, à Melbourne, elle a obtenu la médaille d'argent dans la catégorie des 48 kg, en soulevant 73 kg à l'arraché et 92 kg à l'épaulé-jeté.

À l'arraché, les haltérophiles soulèvent la barre au-dessus de leur tête, bras tendus, en un seul mouvement. Dans l'épaulé-jeté, elles soulèvent la barre jusqu'aux épaules, se redressent, puis jettent la barre à hauteur de bras au-dessus de leur tête. Les haltérophiles disposent de trois tentatives pour chaque mouvement et les points de leur meilleur arraché et de leur meilleur épaulé-jeté sont additionnés afin de déterminer les vainqueurs.

Marilou, qui n'a pas, à première vue, le physique de l'emploi, préfère l'arraché. «C'est un mouvement très technique, qui demande précision et vitesse, alors que l'épaulé-jeté requiert une force brute, explique-t-elle. J'ai connu des gens très forts qui étaient incapables de lever une barre à l'arraché, tandis que d'autres, à la silhouette élancée, établissent des records du monde. Soulever une barre à bout de bras en position accroupie, puis se lever en position debout, demandent énormément d'équilibre et de coordination.»

Vers les Jeux

Le parcours qui l'a menée aux Jeux olympiques, l'été dernier à Pékin, a été chargé d'émotions! «Je ne pensais pas y participer parce que je suis tombée enceinte en janvier 2007, raconte Marilou. J'avais 20 ans, j'étais avec mon copain (Simon Demers-Marcil, qui est également son entraîneur) depuis à peine six mois. Lui voulait garder l'enfant, j'hésitais.»

«J'ai réalisé finalement que je désirais cet enfant-là, dit-elle. J'envisageais même sereinement la possibilité de ne plus jamais faire d'haltérophilie.»

À la douzième semaine, une fausse-couche vient tout chambarder à nouveau. «J'ai recommencé à m'entraîner après quelques semaines, se rappelle-t-elle. Je n'avais pas vraiment la tête à ça, mais je devais me requalifier pour obtenir mes bourses. L'haltérophilie m'a aidée à faire mon deuil.»

Un cas de dopage au sein de l'équipe mexicaine, disqualifiée, a ensuite permis à l'équipe canadienne d'envoyer une troisième haltérophile à Pékin. Marilou a obtenue la place en devançant Maryse Turcotte, son modèle, qui se retirait progressivement de la compétition à ce moment-là. «Je suis fière d'avoir participé aux Jeux olympiques et j'en conserve de beaux souvenirs, mais j'aurais aimé performer davantage, dit Marilou, qui a terminé au dixième rang, en soulevant 76 kg à l'arraché et 90 kg à l'épaulé-jeté. Mon but était de lever le double de mon poids à l'épaulé-jeté, soit 96 kg, mais je n'y suis pas parvenue.»

L'athlète compte bien se reprendre à Londres, en 2012. D'ici là, le cycle d'entraînement reprend son cours, entrecoupé d'un mariage, sans doute à l'été 2010, car Simon lui a fait la grande demande à son retour des Jeux olympiques...

***

Le dopage

Lors des compétitions internationales, Marilou Dozois-Prévost côtoie parfois certaines athlètes à la morphologie douteuse et à la voix plutôt masculine, conséquences de l'absorption de produits interdits. Elle se garde toutefois de porter un jugement. «Au Canada, on parle de dopage de façon outrée et on le punit, mais ce n'est pas le cas partout. Dans certains pays, les athlètes qui remportent une médaille peuvent espérer jouir d'une retraite confortable - ce qui n'est pas le cas ici - alors tous les moyens sont bons pour gagner. C'est une autre mentalité, liée à un contexte socioculturel différent.»

Elle observe néanmoins depuis quelques années une diminution des cas de dopage. «Les records du monde tendent à se stabiliser et sont plus rarement fracassés, preuve que les programmes antidopage sont efficaces.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 9 (12 janvier 2009)

Catégories : Sciences humaines, Sports, Étudiants

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 12 janvier 2009