UQAM - Université du Québec à Montréal
Entrevues
UQAM › Entrevues › Au coeur de l'univers carcéral
Micro

Catherine Proulx, Charles-Robert Giguère et Karine Dubois.
Photo: Nathalie St-Pierre.

Au coeur de l'univers carcéral


Un corridor du pénitencier fédéral Archambault à Sainte-Anne-des-Plaines.
Photo: Charles-Robert Giguère.

Par Anne-Marie Brunet

«Détenus cherchent équipe désirant aider à mettre sur pied un projet vidéo». Des finissants en journalisme de l'UQAM ont répondu à cette invitation peu banale lancée sur Internet. C'était en avril 2006. Les hommes qu'ils ont rencontrés au pénitencier fédéral à sécurité moyenne Archambault, situé à Sainte-Anne-des-Plaines, se sont dits inquiets de voir la moyenne d'âge des nouveaux détenus s'abaisser de plus en plus. «Les gars nous ont expliqué qu'ils voulaient faire un film pour transmettre un message aux jeunes, leur dire de ne pas gaspiller leur vie et de ne pas se ramasser en prison», raconte Karine Dubois.

Le projet initial était d'informer les jeunes de 12 à 17 ans, en milieu communautaire et scolaire, et de confronter les préjugés véhiculés sur la vie en milieu carcéral. En cours de route, le projet a pris de l'ampleur. D'une durée de 52 minutes, le documentaire Un trou dans le temps est destiné à un public plus large. Six détenus qui purgent de lourdes peines y parlent de leur quotidien et de leur solitude. Le documentaire a été présenté pour la première fois en novembre 2008, dans le cadre de la 11e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal.

«Nous avons été très privilégiés de pouvoir entrer dans le quotidien des détenus avec une caméra. C'est très rare, je crois», dit Catherine Proulx, réalisatrice du film. Même si le projet avait l'appui d'un directeur-adjoint de la prison favorable à ce genre d'initiative, «les portes n'ont jamais été définitivement ouvertes ou fermées, précise Karine Dubois, productrice du documentaire. Nous avons toujours été dans un entre-deux, que nous forcions plus ou moins aux différentes étapes du projet.»

D'avril à novembre 2006, les membres de l'équipe ont rencontré Ziad, Michel, Léo, Gérald, René et André, les détenus-vedettes de leur documentaire, afin de mieux les connaître et d'établir des liens de confiance avec eux.

«Nous avons vécu quelque chose de vraiment unique pendant cette période», se rappelle Charles-Robert Giguère, caméraman. «Tu sors la caméra, et tout d'un coup, il n'y a plus de caméra. Tu es à quelques centimètres avec ton objectif de leur visage, mais les gars s'en fichent.»

Beaucoup de préjugés

Parallèlement aux rencontres avec les détenus, l'équipe a rencontré des jeunes du quartier Saint-Michel pour connaître leur perception de la prison. Les réponses étaient assez surprenantes. «Je pense qu'on oublie que les adolescents sont très intransigeants, très tranchés. C'est à peine s'ils ne nous disaient pas qu'il faudrait ramener la peine de mort pour les gens qui commettent des crimes ou encore : Moi si je me faisais prendre, je me tirerais une balle dans la tête ou Ça se peut pas faire 25 ans de prison, ça n'existe pas. Mais quand on leur montrait des bouts de notre vidéo, beaucoup de préjugés tombaient», explique Catherine Proulx.

Les propos des jeunes étaient rapportés aux prisonniers sous forme d'extraits vidéo. «Je pense que c'était bien pour les gars, parce qu'après 20-30 ans de détention, ils sont un peu déconnectés de la réalité des ados d'aujourd'hui. Alors, c'était une façon pour eux de réaliser à qui ils s'adressaient vraiment», note Karine Dubois.

Le film est porté par les détenus. L'équipe a décidé de leur donner toute la place sans narration, sans entrevue avec la direction du pénitencier, les agents correctionnels ou les victimes. «Nous allions suivre les six détenus et nous n'avions pas besoin de guide et puis il y avait assez d'ambiance», ajoute Catherine Proulx.

Un trou dans le temps sera diffusé à RDI au printemps 2009. Il a été sélectionné pour faire le tour des Maisons de la culture en 2009. Karine Dubois prévoit aussi de le faire circuler dans quelques festivals. Elle dit recevoir beaucoup de demandes d'intervenants qui souhaitent organiser des visionnements du film pour les jeunes.

Les quatre membres de l'équipe se sont rencontrés au moment de leurs études au baccalauréat en communication, profil journalisme. Geneviève Raymond, absente lors de l'entrevue, était assistante réalisatrice de Un trou dans le temps. Catherine Proulx est actuellement en train de travailler sur deux projets de films et son conjoint, Charles-Robert Giguère, songe à continuer à tenir une caméra. Quant à Karine Dubois, elle travaille en production documentaire. «Nous avons très envie de refaire d'autres films ensemble, dit-elle, mais pas sur le même sujet. Nous avons vécu pendant presque trois ans une expérience unique et très enrichissante, mais il est temps pour nous de passer à autre chose...».

Séparateur

Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 9 (12 janvier 2009)

Catégories : Communication, Diplômés

Séparateur

Flèche Haut

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 12 janvier 2009