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Vincent Larivière
Photo: Nathalie St-Pierre

La recherche s'internationalise


Photo: Istock.

Par Claude Gauvreau

Louis Pasteur, célèbre biologiste français, disait que la science n'avait pas de patrie. Chose certaine, la collaboration internationale entre les chercheurs, au Québec, au Canada et dans le monde, connaît une croissance soutenue depuis 25 ans et fait partie intégrante, désormais, de l'activité scientifique. Voilà ce que révèle une étude réalisée par Vincent Larivière, chercheur à l'Observatoire des sciences et des technologies (OST), qui s'est intéressé aux activités de collaboration internationale des chercheurs québécois et canadiens, entre 1980 et 2005.

Pour mesurer le phénomène de l'internationalisation de la recherche, le jeune chercheur a utilisé le nombre d'articles scientifiques répertoriés dans différentes bases de données et cosignés avec des chercheurs étrangers. «Cette méthode bibliométrique permet de fournir des indicateurs précis selon les pays et les disciplines scientifiques, souligne-t-il, mais ne doit pas conduire à sous-estimer l'ampleur et la diversité des formes de partenariats internationaux au sein de la communauté scientifique : organisation de colloques, publication de livres et de rapports de recherche, etc. On sait, par exemple, que les chercheurs en sciences sociales, contrairement à leurs collègues des sciences naturelles, publient davantage d'ouvrages en collaboration que des articles dans des revues.»

Des collaborations plus diversifiées

L'intensité des activités de collaboration internationale des chercheurs québécois varie selon les champs disciplinaires. En 2005, la part des articles de chercheurs québécois écrits en collaboration avec des collègues étrangers était de 45 % en sciences naturelles et en génie, contre 27 % en sciences sociales et humaines, différence qui s'observe dans plusieurs autres pays. Les taux varient encore davantage si on tient compte de chacune des disciplines. Ainsi, en mathématiques et en physique, deux articles sur trois sont cosignés avec des chercheurs étrangers, tandis que dans le domaine des humanités - arts, littérature, philosophie - c'est moins d'un article sur dix.

Les collaborations se sont également diversifiées entre 1980 et 2005, observe Vincent Larivière. «L'importance relative de la collaboration avec les chercheurs américains a diminué depuis les années 80, alors que celle avec les chercheurs européens a crû de façon significative», précise-t-il. Si, au Canada anglais, la plupart des chercheurs collaborent avec leurs homologues américains, en raison notamment de la proximité géographique et linguistique et de l'importance du rôle des États-Unis dans le monde scientifique, les chercheurs québécois en sciences sociales et humaines ont autant de liens avec des collègues européens qu'américains.

Trois mondes différents

Selon le chercheur de l'OST, «ce ne sont pas tous les objets de recherche qui se prêtent au travail d'équipe et à une collaboration internationale. On doit tenir compte de la spécificité des savoirs disciplinaires.» Les sciences naturelles, les sciences sociales et les humanités constituent trois mondes distincts, dit-il. Dans les humanités, la recherche se fait traditionnellement sur une base beaucoup plus individuelle. Quant aux sciences sociales, elles ne peuvent être mesurées à l'aune des sciences de la nature.

En sciences naturelles, les propriétés de l'électron ou le traitement du cancer du sein sont susceptibles d'intéresser des chercheurs de plusieurs pays, tandis que certains objets d'étude en sciences sociales, l'histoire du Québec par exemple, ont un caractère plus local, poursuit Vincent Larivière. «Les chercheurs en sciences naturelles utilisent beaucoup les méthodes d'analyse quantitatives, qui nécessitent une certaine division des tâches au sein d'une même équipe : collecte de données, analyse, rédaction, etc. Malgré l'apparition de controverses, ils sont aussi portés à travailler à l'intérieur d'un paradigme dominant. C'est moins le cas en sciences sociales où coexistent différentes écoles de pensée.»

L'étude de Vincent Larivière révèle enfin une autre grande différence. Les femmes, qui constituent environ 30 % du corps professoral dans les universités québécoises, ont moins d'activités de collaboration internationale que les hommes. L'écart s'est même creusé en sciences sociales et humaines. «Ces différences sont peut-être dues aux modes de collaboration propres aux spécialités disciplinaires (sciences humaines, santé) dans lesquelles les femmes ont tendance à se concentrer, dit le chercheur. On peut aussi faire l'hypothèse que leurs responsabilités familiales et leur plus faible intégration dans les réseaux informels de chercheurs limitent leurs chances d'établir des liens avec des chercheurs d'autres pays.»

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Sur internet

www.ost.uqam.ca/Portals/0/docs/articles/2007/Lariviere_ISQ_Collaboration.pdf

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 9 (12 janvier 2009)

Catégories : Sciences, Sciences humaines

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