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Maladies neurodégénératives : un autre pas de franchi


Le professeur Éric Rassart et la doctorante Sonia Do Carmo.
Photo: Nathalie St-Pierre.

Par Dominique Forget

Dans la marche vers la compréhension et le traitement des maladies neurodégénératives, chaque pas compte. Éric Rassart, professeur au Département des sciences biologiques, et son étudiante au doctorat Sonia Do Carmo viennent d'en franchir un nouveau, en élucidant le rôle de l'apolipoprotéine D, ou apoD, dans le cerveau. Leurs résultats ont été publiés dans les revues scientifiques Aging Cell et Journal of Neuroscience.

«Il y a une dizaine d'années, nous avions montré que l'apoD se retrouvait en concentration accrue dans le cerveau de patients décédés de la maladie d'Alzheimer», rappelle Éric Rassart, dont les travaux sont soutenus par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Son équipe avait aussi retrouvé la protéine en quantité importante dans des échantillons de cerveaux atteints par la méningoencéphalite, des accidents vasculaires-cérébraux, la maladie des neurones moteurs ou la démence vasculaire. D'autres équipes avaient fait des découvertes similaires pour le Parkinson, la sclérose latérale amyotrophique et la schizophrénie.

On aurait pu sauter aux conclusions et soupçonner l'apoD d'être à la racine de tous ces troubles neurodégénératifs. Des recherches plus poussées ont révélé le contraire. «Dans le cadre de recherches subséquentes, nous avons induit des lésions dans le cerveau de rats, par le biais de chocs électriques, explique le professeur. Nous avons constaté que la sécrétion d'apoD suivait immédiatement la lésion et correspondait parfaitement à la courbe de réparation des tissus. La protéine n'était donc pas à la source des maux. Elle jouait au contraire un rôle dans la protection et la réparation des neurones.»

Souris transgéniques

L'équipe est rapidement passée à l'étape suivante : créer des souris génétiquement modifiées qui surexprimaient, au niveau du cerveau, l'apolipoprotéine D. C'est ici que Sonia Do Carmo est entrée en jeu. «Le but de mes recherches consistait à vérifier si ces souris transgéniques résisteraient mieux que des souris normales aux maladies neurodégénératives», explique la jeune chercheuse.

Dans le cadre d'une première série d'expériences, elle a injecté à ses souris un coronavirus qui, chez les humains, cause le rhume, mais qui, chez la souris, induit une encéphalite. En d'autres mots, une inflammation du cerveau. «Les souris qui surexprimaient l'apoD survivaient en plus grand nombre que les souris du groupe contrôle, raconte Sonia Do Carmo. Nous avons aussi constaté que chez les souris transgéniques, il y avait moins de composants biologiques néfastes liés à l'inflammation dans le cerveau post-mortem.»

La doctorante a réalisé la même expérience avec un autre groupe de souris, knock-out cette fois. Le gène responsable de la synthèse de l'apoD avait été supprimé et ces rongeurs étaient incapables de sécréter la protéine, même en petites quantités. «Elles étaient encore plus sensibles à l'inflammation que les souris du groupe contrôle», résume Mme Do Carmo.

Au cours d'une deuxième série d'expériences, la chercheuse a administré aux rongeurs une dose de Paraquat, un herbicide couramment utilisé en agriculture. «Chez les souris, il provoque la mort des neurones. C'est un modèle utilisé pour étudier le Parkinson chez les humains.» Tout comme dans la première série d'expériences, Sonia Do Carmo a constaté que les souris qui surexprimaient l'apoD résistaient mieux au stress que les souris du groupe de contrôle. Ces dernières, à leur tour, s'en tiraient mieux que les souris knock-out.

«Probablement que sans l'apolipoprotéine D, les patients atteints de maladies comme le Parkinson, qui survivent dix ans par exemple, déclineraient et mourraient beaucoup plus rapidement», avance Éric Rassart.

Du labo au patient

Pourrait-on envisager un jour administrer aux personnes atteintes de maladies neurodégénératives des suppléments de la protéine? Les recherches n'en sont pas encore là. «Il y a encore beaucoup de questions sans réponse, précise le professeur Rassart. Par exemple, on ne sait pas si la protéine passerait la barrière sang-cerveau si elle était injectée à des patients par voie intraveineuse. Par ailleurs, l'apoD agit peut-être de concert avec d'autres protéines qu'il reste encore à identifier.»

Mme Do Carmo ajoute que la surexpression d'apoD chez les souris cause un problème de résistance à l'insuline. Ces résultats seront publiés prochainement dans la revue American Journal of Physiology-Endocrinology and Metabolism. «Il faut s'assurer de ne pas créer un second problème en voulant en régler un premier.» Dans le laboratoire de l'UQAM, les recherches se poursuivent pour élucider les mécanismes d'action de la fameuse protéine. On travaille sur la souris toujours, mais également sur des cellules neuronales cultivées en plats de pétri. «Nous voulons découvrir d'une part les signaux biochimiques qui déclenchent l'apoD et d'autre part sur quelles autres protéines l'apoD exerce son action», explique le professeur Rassart.

Sonia Do Carmo a défendu sa thèse en décembre dernier et plusieurs journaux québécois y ont fait écho. Elle envisage entreprendre prochainement un postdoctorat en entreprise privée. Mais dans l'immédiat, elle profite d'un succès bien mérité.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 10 (26 janvier 2009)

Catégories : Sciences, Étudiants, Diplômés, Professeurs

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