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Joanne Burgess.
Photo: Nathalie St-Pierre.

Des historiens socialement engagés


Boulevard Saint-Laurent, vers 1910. Collection Chrsitian Paquin.

Par Claude Gauvreau

Depuis sa création, en 2006, le Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal n'a pas chômé. Brochures sur l'histoire du quartier Sainte-Marie, parcours de découverte du quartier Hochelaga-Maisonneuve, recherche documentaire sur les conditions de logement à Montréal au tournant du XXe siècle, le Laboratoire a été impliqué dans une dizaine de projets de recherche, chaque fois en partenariat avec des organismes culturels, communautaires et gouvernementaux.

Cet ancrage dans le milieu est une caractéristique spécifique de l'histoire dite appliquée que propose le Laboratoire, approche qui permet aux historiens de mettre leurs compétences au service de l'éducation citoyenne. «Le Laboratoire vise le transfert de connaissances en établissant des liens avec des organismes qui possèdent déjà une expertise reconnue dans la vulgarisation et la diffusion de l'histoire et du patrimoine, explique sa directrice, la professeure Joanne Burgess, du Département d'histoire. Notre mission rejoint également les préoccupations du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, qui souhaite que la recherche universitaire ait un maximum de retombées sociales.»

Contribuer à l'histoire de Montréal

En collaboration avec le Service aux collectivités de l'UQAM (SAC) et la Table de concertation du Faubourg Saint-Laurent, le Laboratoire lancera au printemps un ouvrage d'une quarantaine de pages, intitulé Histoire illustrée du Faubourg Saint-Laurent. Il s'agit d'une synthèse qui, pour la première fois, propose une histoire du quartier, depuis la fondation de Montréal jusqu'à nos jours. Le Faubourg couvre tout le centre-ville est de Montréal et a subi de profondes transformations au fil des ans. Il abrite aujourd'hui de grandes institutions économiques et culturelles, des populations en difficulté et des projets ambitieux, comme ceux du CHUM et du Quartier des spectacles.

«L'ouvrage permettra de comprendre l'évolution du quartier, de mettre en valeur son patrimoine et de développer un sentiment d'appartenance au sein de sa population», souligne Joanne Burgess. L'Histoire illustrée du faubourg Saint-Laurent comprendra des chapitres thématiques portant notamment sur l'immigration, la culture et la santé, une centaine de photos et d'illustrations, anciennes et plus récentes, ainsi que des témoignages de résidants du quartier.

Un comité paritaire, composé de représentants de la Table de concertation, du Laboratoire et du SAC, a veillé à définir les enjeux de la recherche, tandis que la rédaction et les choix iconographiques se sont faits en équipe. Le projet, comme la plupart des recherches du Laboratoire, a permis par ailleurs d'impliquer des étudiants du profil histoire appliquée du programme de maîtrise en histoire. Ce profil, unique au Québec, vise à former des historiens capables de répondre aux besoins des organismes actifs dans la recherche historique.

Partenariats égalitaires

Le laboratoire participe également à une recherche pour enrichir le Répertoire historique des toponymes montréalais, accessible actuellement sur Internet, en collaboration avec le Bureau du patrimoine, de la toponymie et de l'expertise et la Section des archives de la Ville de Montréal. Le projet prévoit intégrer au Répertoire - déjà constitué de près de 6 000 noms (voies, places et parcs) - l'histoire d'une cinquantaine de rues à Montréal, choisies en fonction de leur importance historique et de leur place dans l'imaginaire des Montréalais (avenue du Mont-Royal, boulevard Saint-Laurent, rue Beaubien, etc.).

Joanne Burgess croit en l'engagement social des historiens. «L'engagement social n'entre pas en conflit avec la quête d'objectivité et de vérité propre à la démarche historique et ne signifie pas que l'historien doive adhérer à une vision politique ou à un projet de transformation de la société, dit-elle. Il renvoie plutôt à une entreprise de démocratisation du savoir historique, en favorisant la diffusion la plus large possible des résultats de la recherche.» Enfin, l'engagement est indissociable des partenariats égalitaires avec des acteurs sociaux qui s'intéressent eux aussi à l'histoire et au patrimoine. «Des tels partenariats supposent le partage de ressources et de savoirs, et un respect mutuel fondé sur la reconnaissance des expertises de chacun», conclut la chercheuse.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 11 (9 février 2009)

Catégories : Sciences humaines, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 9 février 2009